L’IREC (Institut de Recerca en Energia de Catalunya) étudie depuis des années comment faire de la transition énergétique une réalité. Joan Ramon Morante, directeur de cette institution qui conseille la Generalitat en matière énergétique, prévient qu’il est « urgent » que le secteur des transports cesse de produire des émissions polluantes.
Considérez-vous qu’il est viable d’électrifier 40 % des transports au cours des cinq prochaines années comme l’envisage le plan du gouvernement ?
Ce sera très compliqué, mais cela est nécessaire pour atteindre les objectifs de décarbonation. 45 % de l’énergie finale consommée en Catalogne est destinée au transport, et la majeure partie au transport routier.
Énergie issue du pétrole, principalement.
Oui, c’est pour cette raison que lorsque nous parlons de stopper les émissions, nous devons prêter attention aux transports et pas seulement à l’industrie.
« Les stations-service doivent être transformées en bornes de recharge rapide ou ultra-rapide pour recharger le véhicule en quelques minutes »
Est-il plus difficile de réduire les émissions du transport que celles de l’industrie ?
Peut-être que oui.
Parce que?
Parce qu’il n’y a pas beaucoup de grandes entreprises derrière ce projet et qu’il est plus diffus, il n’y a donc pas de lobby qui réclame unanimement plus d’électricité pour ce secteur.
Qui devrait le faire ?
L’Administration et les employeurs.
« Si on n’améliore pas les réseaux, l’électrification ne peut pas avancer »
Quelles mesures seront nécessaires pour électrifier les transports ?
Les stations-service doivent être transformées en bornes de recharge rapide ou ultra-rapide, pour pouvoir recharger la voiture en une heure ou quelques minutes et disposer d’une autonomie considérable.
Cela nécessite de l’énergie.
Exact. Il faut des ampères industriels et les stations basse tension ne suffisent pas. Davantage de sous-stations électriques sont nécessaires. Et à l’heure actuelle, le réseau électrique de la zone métropolitaine de Barcelone n’est pas suffisant pour rendre cela possible. Si 30 % des transports étaient électrifiés d’ici 2030, il n’y aurait pas assez de bornes de recharge rapides, faute d’électricité.
Comment résoudre la situation ?
Il faudra davantage de points de connexion et de nouveaux réseaux, mais il faut tenir compte du fait que ces travaux sont lents et durent plus de cinq ans. C’est un poisson qui se mord la queue. Si nous n’améliorons pas les réseaux, l’électrification ne peut pas progresser. Et s’il n’y a pas une forte demande d’électrification des transports, de nouveaux réseaux ne seront pas construits.
La planification électrique 2025-2030 est-elle inutile ?
La planification actuelle apparaît dans un contexte de saturation et les distributeurs alertent sur cet effondrement. Nous avons de nombreux projets industriels qui souhaitent être électrifiés mais qui sont sur liste d’attente.
Le projet comprend le port de Barcelone, les zones industrielles et l’usine pétrochimique de Tarragone.
C’est vrai, mais c’est une politique réactive. Lorsque les gens le demandent, nous parlons d’infrastructure. Le défi est de planifier en prévision de ce qui va arriver. Si tous les renforcements de réseau ont déjà des clients, il restera très peu d’énergie disponible. Cette situation nous inquiète.
Certaines entreprises confirment déjà qu’on leur refuse l’électricité qu’elles demandent pour se décarboner.
Aux entreprises et même aux particuliers et aux indépendants. Je connais un chauffeur de taxi qui souhaitait acheter une voiture électrique et la recharger chez lui pour aller travailler. Cela nécessitait une quantité d’énergie importante pour le faire et le distributeur a dû dire non car la zone où il avait le garage était saturée. Finalement, il a proposé d’installer la borne de recharge dans le garage de ses parents et a obtenu l’autorisation. Nous ne pouvons pas nous permettre des cas comme celui-ci.
Dans l’électrification des transports, quel rôle devraient jouer les flottes de camions et de bus ?
Ils sont essentiels, la logistique représente 15 % du PIB de la Catalogne. Les flottes de bus sont très anciennes et nécessitent un renouvellement. Quand on renouvellera le parc, s’il n’y a pas d’infrastructures, il faudra choisir des véhicules fossiles ou hybrides. Quelle entreprise participera à un appel d’offres avec des bus électriques ? Ce serait sauter dans la piscine sans eau.
Et le biométhane ou les carburants verts sont-ils une alternative ?
Ils peuvent servir, mais il n’y aura pas assez de carburant synthétique pour toutes les flottes.
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