Inquisition numérique, par Carles Francino

« La peur garde la vigne » est l’un des dictons les plus précis pour comprendre pourquoi on arrête de faire quelque chose, n’importe quoi, par peur des conséquences. Ce renoncement peut bien sûr avoir des effets positifs, car la peur fonctionne comme un signal d’alarme et nous permet d’éviter les dangers. La peur nous invite à nous éloigner d’une falaise ; ou ne pas s’approcher d’une rivière avec des crocodiles ; même pas de traverser au feu rouge. Là, c’est presque synonyme de prudence, alors bienvenue. C’est une autre affaire lorsque cette peur nous empêche de nous exprimer librement et d’exprimer nos idées. Et la vérité est que l’histoire accumule des moments où parler est synonyme de risque extrême ; L’Inquisition en est peut-être l’un des exemples les plus retentissants, avec ses milliers de victimes en Europe, parmi lesquelles le pauvre Giordano Bruno, rôti vif comme « hérétique, impénitent et obstiné ». Les Rois Catholiques étaient des étudiants remarquables de ce que la France avait mis en œuvre des siècles auparavant pour préserver l’orthodoxie catholique ; et sa poussée initiale a permis à ces désastreux tribunaux ecclésiastiques qui ont persécuté, torturé et assassiné des centaines de personnes de rester opérationnels pendant trois cent cinquante ans. Pour sa tâche répressive, l’Inquisition disposait d’un instrument fondamental : les dénonciations anonymes.