Google développe un outil d’intelligence artificielle (IA) capable d’estimer le pourcentage de graisse corporelle d’une personne à partir de photographies prises avec un téléphone portable. Le système, baptisé PhotoScan, analyse des images conventionnelles prises avec un smartphone pour obtenir différents indicateurs de composition corporelle et étudier leur éventuelle relation avec le risque cardiométabolique.
La société a présenté les résultats le 17 août via Google Research, où elle définit PhotoScan comme un « cadre d’apprentissage en profondeur en phase de recherche ». Le projet cherche à démontrer si les photographies prises avec un téléphone peuvent être utilisées pour obtenir des informations sur la composition corporelle sans recourir aux tests cliniques actuellement utilisés.
IMC
L’étude scientifique sur laquelle repose le projet, publiée dans ArXic sous le titre « Au-delà de l’IMC : composition corporelle utilisant le phénotypage des smartphones pour l’évaluation des risques cardiométaboliques », explique que l’indice de masse corporelle (IMC), bien qu’il s’agisse d’une mesure accessible, est un indicateur imprécis de la santé cardiométabolique.
Le système de mesure tente également de déterminer où la graisse s’accumule à l’aide de deux indicateurs : le rapport entre la graisse androïde et gynoïde (A/G) et le rapport entre la graisse viscérale et sous-cutanée (V/S).
La première compare la quantité de graisse située dans le tronc avec celle accumulée dans les hanches et les cuisses, tandis que la seconde fait la différence entre la graisse trouvée autour des organes et celle stockée sous la peau. Ces paramètres peuvent fournir des informations supplémentaires sur la composition corporelle que l’IMC seul ne fournit pas.
Comment l’outil a-t-il été formé ?
Pour entraîner le système, les chercheurs ont initialement utilisé les données de plus de 35 000 participants de la base de données biomédicale du Royaume-Uni, UK Biobank. Au cours de cette première phase, le modèle a appris à relier les images corporelles aux données de composition corporelle obtenues par IRM et DXA, une technique utilisée comme référence pour mesurer la composition corporelle.
Le modèle a ensuite été ajusté à partir de photographies réelles prises avec des smartphones de plus de 600 adultes. Pour ce faire, des images correspondant à certaines positions et angles du corps ont été automatiquement sélectionnées.
Enfin, le système a été testé sur un autre groupe indépendant de 130 participants qui ont effectué des mesures en utilisant la DXA, la bioimpédance, une méthode rapide qui mesure la composition du corps humain grâce à un courant électrique très faible ; l’anthropométrie, qui comprend la science qui mesure les dimensions, les proportions et la composition du corps humain ; et des analyses de sang.
résistance à l’insuline
Le projet Google ne s’arrête pas à l’estimation de la graisse corporelle. Les chercheurs ont étudié si les données de PhotoScan pouvaient être utilisées pour identifier la résistance à l’insuline, l’un des principaux facteurs associés au risque métabolique.
L’étude scientifique considère que les images obtenues à l’aide d’un smartphone peuvent fournir des signaux pertinents sur le risque métabolique qui ne se reflètent pas uniquement dans l’IMC.
« Une solution intermédiaire prometteuse »
Bien que la DXA soit l’une des méthodes de référence pour obtenir une mesure détaillée de la composition corporelle, elle nécessite actuellement un équipement spécialisé et n’est pas destinée à un suivi de routine aisé.
Les chercheurs proposent une alternative intermédiaire possible entre ces tests cliniques et les dispositifs portables : « Notre méthode PhotoScan offre une solution intermédiaire prometteuse. »
C’est encore un prototype
Malgré les résultats, Google précise que PhotoScan n’est pas encore un outil commercial ni une fonctionnalité médicale disponible sur les smartphones. L’équipe de recherche elle-même prévient qu' »il s’agit encore d’un prototype de recherche ».
Ainsi, le système ne permet actuellement à aucun utilisateur de prendre une photo et d’obtenir un diagnostic de son pourcentage de graisse corporelle ou de son risque de résistance à l’insuline.
L’enquête se poursuit
Google prévoit désormais de continuer à étudier la combinaison de PhotoScan avec d’autres sources d’informations, telles que les données obtenues grâce à des appareils portables, l’évolution du glucose et certains biomarqueurs sanguins. L’objectif est de développer des systèmes capables d’offrir une vision plus complète de l’état métabolique d’une personne.
Pour l’instant, une photographie prise avec un téléphone portable ne remplace pas un test clinique de composition corporelle. Mais les résultats de PhotoScan montrent qu’une caméra de smartphone, combinée à l’intelligence artificielle, pourrait estimer certains paramètres du corps avec une précision qui se rapproche de celle de certaines techniques cliniques.