Tel sera l’avenir des retraites en 2045 et 2070, selon l’économiste Manuel Álvarez : « La génération du « baby-boom » arrive et l’orientation sur 20 ans est insuffisante.

Le débat sur la viabilité du système public de retraite est confronté à un changement de paradigme temporaire. La vision traditionnelle sur 20 ans (horizon 2045) a cédé la place à une approche à moyen et long terme, jusqu’en 2070, promue par des organisations telles que l’Union européenne et l’AIReF.

L’économiste Manuel Álvarez met en garde dans son livre « Retraites : la promesse non tenue » sur l’insuffisance des calculs à court terme face à la retraite imminente du « baby-boom » et aux grandes divergences dans les estimations démographiques et de productivité.

L’insuffisance de l’horizon 2045

Historiquement, l’analyse de la sécurité sociale s’est concentrée sur la durabilité sur deux décennies, période marquée par le Pacte de Tolède qui fêtera ses 30 ans de validité en 2025.

Selon Manuel Álvarez, cette approche, bien qu’utile, s’est révélée insuffisante.

L’arrivée imminente de l’importante génération du baby-boom dans le système de retraite et le vieillissement accéléré de la population nécessitent une perspective beaucoup plus large.

Ne pas avoir sérieusement pris en compte les périodes plus longues a été, de l’avis de l’économiste, une erreur qui a empêché une réflexion approfondie sur la viabilité future du système.

Vers l’horizon 2070 : le nouveau cadre de durabilité

Ces dernières années, la gestion des systèmes a adopté un deuxième horizon clé : l’année 2070.

Certains retraités se détendent dans le parc, sur une image d’archive. / ALBERT BERTRAN – ARCHIVES

Cette vision à long terme, partagée par la Sécurité sociale, l’AIReF et l’Union européenne à travers l’influence Rapport de vieillissementcherche à éviter les politiques à court terme (telles que l’augmentation des dépenses ou la diminution des contributions immédiates) qui compromettent la stabilité financière.

Il Rapport de vieillissement de la Commission européenne est le cadre de référence central, utilisé pour la coordination des politiques économiques et l’évaluation de la durabilité.

Ses projections sont cruciales, car elles permettent d’analyser l’impact du vieillissement non seulement sur les dépenses de retraite, mais aussi sur le marché du travail, la santé et la croissance potentielle.

Les grands défis : productivité, migration et longévité

Les projections jusqu’en 2070 sont fondamentales, mais souffrent d’importantes limites en raison de la grande incertitude de leurs variables.

Álvarez souligne que, même si les estimations démographiques (par exemple atteindre 16 millions de personnes de plus de 65 ans) convergent entre l’INE et Eurostat, il existe d’autres facteurs qui ne sont que de « simples estimations » :

  • Productivité. La Sécurité sociale prévoit une augmentation annuelle de la productivité de 1,5%, ce qui permettrait une croissance soutenue du PIB. Cependant, l’économiste considère qu’il s’agit d’une prévision sans « robustesse suffisante », puisque l’impact réel des futurs progrès technologiques ou géopolitiques qui justifient une croissance de l’emploi de ce calibre est inconnu.
  • Flux migratoires. Il existe une divergence notable entre les estimations des soldes migratoires. Prédire la migration dans 50 ans est hautement spéculatif, car elle dépend de facteurs imprévisibles tels que la volonté politique, la croissance économique ou les conflits militaires. La longévité est un autre point de friction : certaines projections, comme celles d’Europop, prévoient que les retraités vivront plus longtemps que ne l’estiment les institutions nationales, ce qui accroît les coûts projetés.
  • Retraite efficace. Un facteur clé est la décision volontaire de retarder la retraite. Même s’il serait positif pour l’équilibre du système, le modèle de la Sécurité sociale estime que l’impact de la récente réforme sera limité. D’ici 2050, seul un travailleur sur trois devrait prendre sa retraite à 65 ans (contre un sur deux aujourd’hui), le reste prenant sa retraite à 67 ans. Cet effet résiduel suggère un impact plus faible que ce qui aurait pu être souhaité sur l’âge effectif de la retraite.

En conclusion, le système de retraite fonctionne selon une double vision temporelle.

Si la perspective 2070 est idéale pour la planification et la coordination européennes, elle soumet les comptes publics à une marge d’erreur importante à partir de 2030, soumise à l’évolution réelle de la productivité et des mouvements de population.