Il est 19h00. un jour donné. Après une journée de travail, d’école et d’activités extrascolaires, la famille est réunie à la maison. Ils sont ensemble, mais ils ne parlent pas. Les adolescents s’enferment dans leur chambre et, dans le meilleur des cas, communiquent via leur téléphone portable ou les réseaux sociaux. D’autres jouent avec les écrans. La scène n’est pas seulement domestique. Cela se répète dans la rue : des groupes de jeunes assis ensemble qui n’interagissent pas verbalement entre eux. Le regard fixé sur le mobile. Tête baissée, téléphone en mains et pas un mot. Ils sont ensemble, mais ils ne parlent pas et ils communiquent par messagerie ou partage de contenus vus sur les réseaux sociaux. Peut-être qu’ils rient en même temps, mais ils ne se regardent pas.
Ils les appellent « la génération silencieuse » : ils ne parlent pas, ils tapent. Et c’est là que réside le paradoxe. Plus nous semblons connectés, plus nous nous déconnectons de la réalité. « Nous sommes à un moment très compliqué dans les relations sociales et familiales. Les jeunes générations perdent l’habitude de communiquer, Ils ne parlent pas, et je ne dis pas de ne pas parler au téléphone, c’est juste qu’ils ne parlent pas en général. Julio García Gómez, expert en compétences de communication et stratégies linguistiques à la Fondation Casaverde, analyse ainsi cette réalité et ses conséquences négatives.
Gómez insiste pour ne pas abandonner la communication verbale, orale et gestuelle et souligne que des moments comme les vacances de Pâques, où les familles partagent plus de temps, sont particulièrement propices à l’exercice de ce dialogue qui, dans de nombreux cas, a été perdu.
Selon l’analyste et professeur de communication, si les jeunes perdent l’habitude de dialoguer, ils auront des difficultés face, par exemple, à un entretien d’embauche, à une présentation publique d’un projet ou à une opposition qui comprend une interaction orale. Et la solution se concentre sur la communication familiale « car la première école est la maison ». « S’il y a une bonne communication, tout se passera bien », ajoute-t-il.
Pour une coexistence stable
Parmi les clés pour améliorer la communication à la maison, Julio García Gómez met en avant quelque chose de simple : partager le quotidien. Commenter le déroulement de la journée, parler de ses préoccupations ou partager ses objectifs permet de renforcer la relation familiale et de créer un climat de confiance. « Une bonne communication implique une meilleure relation », résume-t-il.
Cet échange, ajoute-t-il, permet de mieux comprendre les besoins de chaque membre de la famille, explique l’expert. Quelque chose d’aussi basique que de prendre quelques minutes en fin de journée pour en parler évite les malentendus et les conflits, même entre couples. « Si vous ne parlez pas, vous ne savez pas où tout le monde va », prévient-il. Le dialogue est donc la clé d’une coexistence plus stable.
« Quand ces garçons et ces filles sont dans leur chambre et que la seule chose qu’ils font est d’accéder à un jeu vidéo, à Internet ou à utiliser leur téléphone portable, nous créons des personnes qui vont avoir des problèmes plus tard dans leur développement personnel et professionnel »
Le dialogue permet de détecter les problèmes et de les éviter. Une étude de l’Université CEU Cardenal Herrera (CEU UCH) révèle qu’un manque de communication familiale aggrave l’impact des traumatismes de l’enfance, augmentant ainsi le risque de développer des symptômes psychotiques à l’adolescence. « Nous entrons là dans un chapitre très important, celui de la solitude non désirée », déclare Julio García. « Quand il n’y a pas de communication, quand on se sent isolé, quand ces garçons et ces filles sont dans leur chambre et ne font que jouer à un jeu vidéo, sur Internet ou utiliser leur téléphone portable, nous créons des gens qui vont avoir des problèmes plus tard dans leur développement personnel et professionnel », dit-il. « Il faut l’éviter. Comment ? Très simple, pratiquer la communication et le dialogue entre les membres de la maison. »
Le schéma se répète même si le scénario est modifié. « Si nous allons voir nos grands-parents et que nous passons toute la journée sur notre téléphone portable et que nous ne leur parlons pas, cela n’a aucun sens de leur rendre visite. » C’est pourquoi elle insiste sur la promotion du dialogue dans tous les domaines : entre parents et enfants, au sein du couple ou avec les aînés. « C’est quelque chose de simple : demander, écouter et répondre. C’est là que commence la communication. » Et ce n’est pas seulement une question de mots. Le geste compte aussi. « Notre apparence, la façon dont nous accompagnons ce que nous disons avec nos mains… tout cela aussi communique et ne doit pas se perdre », conclut-il.
Cet impact a aussi un impact sur demain et permet de nous éduquer au numérique à savoir rationaliser l’usage des technologies et ne pas remplacer le dialogue, souligne-t-il. De plus, cette base est transférée à l’extérieur du foyer : à l’école, à l’institut et, plus tard, au lieu de travail. « Quiconque grandit dans un environnement où les gens parlent et écoutent, conserve cette façon d’interagir dans d’autres espaces », dit-il.
Face à la Semaine Sainte
Bien qu’ils soient souvent pointés comme responsables, le problème ne vient pas de l’écran lui-même, mais de son utilisation. « Le risque, c’est qu’ils absorbent tout le temps », prévient l’expert. C’est pourquoi elle insiste sur la pose de limites claires : établir des horaires, doser son usage et créer des espaces sans mobile à la maison, notamment lors des repas ou des moments partagés. « Vous pouvez même laisser le téléphone dans une boîte à l’extérieur du salon en cas d’urgence, mais pas pour l’utiliser », souligne-t-il.
La clé, conclut-il, est de maintenir une stratégie ferme pour éviter les abus des écrans.
Julio García Gómez voit les prochains jours de la Semaine Sainte comme une opportunité de renforcer la communication familiale. « On peut profiter des vacances pour être ensemble et pratiquer une communication plus efficace entre tous », souligne-t-il.
Pour ce faire, il propose ces cinq activités simples :
- Dialogue en fin de journée : on présente le sujet de conversation, chaque membre parle pendant 40 secondes, puis on débat. Nous programmons 10 minutes de débat, enregistrons sur notre mobile puis regardons pour observer : ce que nous avons pensé de l’intervention de chacun et comment chacun l’a fait.
- Vieille boîte de photos : avec nos aînés, nous jouerons également à une série de jeux qui consisteront à leur montrer une photo de leur jeunesse et à parler une minute de l’image : quand elle a été prise, qui apparaît sur la photo. De cette façon, nous encourageons les grands-parents à communiquer avec nous et nous avec eux.
- Jouer à la radio : c’est très bon pour briser la timidité. Cela implique par exemple qu’un membre de la famille en interroge un autre et qu’il enregistre tout sur son téléphone portable pour observer et commenter la façon dont il a communiqué.
- Jouer l’actualité : ce sont des exercices devant la caméra mobile dans lesquels un membre de la famille explique aux autres ce qu’il pense sur un sujet. Nous enregistrons et voyons le résultat sur l’écran.
- Jeux d’imitation entre enfants pour améliorer la communication verbale et non verbale : des exercices ludiques dans lesquels on peut demander aux petits et aux adolescents de mettre brièvement en scène un changement de rôle et d’imiter le père ou la mère, par exemple.
« Ce sont des lignes directrices simples qui peuvent être appliquées de nos jours et maintenues par la suite », explique-t-il. La clé, conclut-il, est de travailler sur trois aspects fondamentaux : la voix, l’image et le langage non verbal. « Savoir communiquer influence l’environnement familial, mais aussi le développement personnel et professionnel. Une grande partie de la réussite que nous aurons dans notre vie en dépendra. »