La Turquie a annoncé ce mercredi l’interception par l’Otan d’un missile balistique dans une région proche de la frontière syrienne et de la base de l’Alliance atlantique d’Incirlik, dans la province turque d’Adana. La base abrite des soldats espagnols, ainsi qu’un système de défense aérienne espagnol Patriot destiné à la Turquie pour plusieurs années.
« Un missile lancé depuis l’Iran, qui a traversé l’espace aérien de la Syrie et de l’Irak et se dirigeait vers notre territoire depuis la région de Hatay – à côté de la frontière avec la Syrie – a été détruit par les systèmes de défense aérienne de l’OTAN. Un fragment d’un missile de nos défenses est tombé dans le district de Dörtyol à Hatay, sans aucune perte de vie ni de blessé », a déclaré le ministre turc des Communications, Burhanettin Duran.
Ankara n’a pas précisé quelle pourrait être la cible du missile iranien, mais la trajectoire est cohérente avec celle d’un projectile lancé depuis l’ouest de l’Iran vers la base militaire d’Incirlik, principal point d’appui des autres alliés de l’Otan et abritant également des unités américaines.
Jusqu’à présent, la Turquie était le seul pays allié des États-Unis au Moyen-Orient à ne pas avoir été attaqué par l’Iran, en guerre contre Washington et Israël depuis l’attaque surprise des deux pays contre la République islamique samedi dernier. Ce jour-là, lors de sa première attaque surprise, Tel Aviv réussit à assassiner le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.
La Turquie, comme l’Espagne, n’a pas permis aux États-Unis d’utiliser leurs installations sur leur propre territoire pour attaquer l’Iran ces derniers jours. « Nous avons mis notre disponibilité et notre capacité en état d’alerte pour garantir la sécurité de notre pays et de nos citoyens. Nous sommes également prêts à défendre, par toute mesure ou initiative, l’intégrité de notre territoire. Et nous rappelons notre droit de répondre pour garantir notre sécurité », lit-on ce mercredi dans un communiqué le ministère turc de la Défense, dans lequel il assure qu’Ankara est en contact constant avec les autres pays de l’OTAN.
La Turquie possède actuellement la plus grande armée de la région, ainsi que l’une des plus avancées technologiquement, avec Israël. Selon les experts en sécurité, la Turquie n’avait pas été attaquée par l’Iran jusqu’à présent en raison de la crainte de Téhéran de générer une réponse turque, pays bien plus capable de nuire à l’Iran que les petits pays du Golfe, objectif prioritaire de l’Iran jusqu’à ce mercredi.
Condamnation de l’OTAN
« Nous condamnons le ciblage de la Turquie par l’Iran. L’OTAN se tient fermement aux côtés de ses alliés, y compris la Turquie, alors que l’Iran poursuit ses attaques aveugles dans la région. Notre position en matière de défense reste forte dans tous les domaines, en particulier en ce qui concerne la défense aérienne contre les missiles », a déclaré la porte-parole de l’alliance, Allison Hart.
Quelques minutes après la confirmation de l’attaque, le ministère turc des Affaires étrangères a rapporté que le ministre des Affaires étrangères du pays anatolien, Hakan Fidan, avait déposé une plainte officielle auprès de son homologue iranien, Abbas Araghchi.
Pour sa part, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a exclu que l’incident soit suffisant pour activer la clause de défense collective de l’Alliance, stipulée dans l’article 5 du Traité de Washington et selon laquelle si un pays de l’OTAN est attaqué, il sera répondu comme s’il s’agissait d’une attaque contre tous. Ce scénario signifierait une dangereuse escalade du conflit qui s’étend à toute la région.
« 10 ans à défendre des intérêts majeurs »
Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, a fait référence ce mardi précisément au système espagnol Patriot dans la base turque censée être la cible du missile iranien. Plus précisément, il a rappelé que cette batterie antiaérienne « défend les principaux intérêts américains en Turquie depuis 10 ans » et a souligné le « soutien clé » que fournissent des alliés comme l’Espagne « qui ne fait pas partie de la campagne, mais qui a à voir avec l’accès logistique » dans la campagne militaire que Washington et Tel-Aviv ont entreprise contre Téhéran.