En juin dernier, l’Espagne est passée de 2,3 millions de chômeurs. Depuis 2008, date de l’éclatement de la bulle immobilière et financière, les listes Sepe ne comportaient plus de chiffres inférieurs à cette limite symbolique. Le marché du travail espagnol, malgré de multiples turbulences, continue de croître et de générer des emplois.
Au moment même où prend fin l’extraordinaire régularisation des migrants, qui donnera des permis de travail à des centaines de milliers de personnes – plus d’un million l’ont demandé dans tout le pays – l’Espagne continue de générer des emplois et de réduire son taux de chômage.
L’impact de ce processus, qui vient de se terminer et qui n’a pas encore permis d’obtenir des permis de travail pour une grande partie des personnes concernées, commence déjà à se constater dans les statistiques : deux fois plus d’emplois ont été créés en juin parmi les personnes nées hors d’Espagne que le même mois de l’année dernière et deux contrats signés sur trois l’ont été par des migrants.
Les données mises à jour ce jeudi par les ministères de l’Inclusion et du Travail reflètent une augmentation notable de l’affiliation à la Sécurité sociale. Le nombre de cotisants actifs a augmenté en juin par rapport à mai de 128.533 personnes, pour atteindre un total de 22,46 millions de travailleurs actifs ; Il représente un nouveau maximum historique d’adhésion et le meilleur mois de juin en termes de création d’emplois depuis 2021.
D’autre part, le chômage a diminué en juin par rapport à mai de 28.739 personnes, pour un total de 2,29 millions de chômeurs formellement enregistrés au Sepe. Depuis le début de la fin de la crise économique déclenchée par le Covid, l’Espagne a réduit son taux de chômage, sans interruption, d’année en année.
Effet de régularisation
La régularisation extraordinaire des migrants récemment achevée faussera inévitablement ces statistiques. Avec l’émergence de centaines de milliers de travailleurs qui travaillent aujourd’hui « en B », le nombre de cotisants va vraisemblablement augmenter. Selon les premières données fournies par la Sécurité sociale, au total 159.097 bénéficiaires de régularisation cotisent déjà et 77% d’entre eux ont un contrat à durée indéterminée.
Ce mois de juin, on constate déjà une brusque accélération des créations d’emplois : le taux de croissance interannuel est passé de 2,5% à 2,8% en un seul mois. Mais le nombre de chômeurs inscrits pourrait également augmenter, car tous ne trouveront pas immédiatement un emploi formel.
Quel sera le bilan final n’est pas clair. Airef, par exemple, prévoit que l’Espagne ajoutera un demi-million de personnes employées et 90 000 chômeurs avec la régularisation des migrants. Il prévoit également que l’incorporation de ces personnes ne précarisera pas les conditions de ceux qui travaillent déjà, même si elle ne générera pas d’augmentation significative du PIB ou des revenus.
Indépendamment de ce que révèleront les données officielles pour les mois à venir, les données du chômage de ce mois de juin pourraient donner une idée à cet égard. Le nombre de chômeurs inscrits a diminué de juin à mai de 28.739 personnes, alors qu’un an auparavant, il avait enregistré la même baisse de 48.920 personnes.
Cette diminution est moins intense que les années précédentes et cela peut être dû au fait que, malgré la création d’un plus grand nombre d’emplois, il y a également un plus grand nombre de personnes inscrites au chômage. Pour l’instant, la régularisation est compatible avec la tendance à la baisse du chômage.
En ce qui concerne la création d’emplois, la contribution des personnes nées hors d’Espagne est importante et l’effet positif de la régularisation, du moins en termes quantitatifs, est évident. Deux emplois sur trois créés en juin dernier ont été occupés par des personnes nées hors d’Espagne.
Ce groupe de migrants, avant même que le gouvernement n’annonce sa régularisation, était l’un des moteurs de la croissance de l’emploi dans le pays. Depuis juin 2019, c’est-à-dire avant le covid, l’Espagne a gagné 2,94 millions de cotisants, dont 1,26 sont nés à l’étranger.
Le nombre et le poids des migrants dans l’affiliation totale ont donc augmenté et aujourd’hui, 3,4 millions de personnes cotisent, soit plus de 15% du total des travailleurs actifs ; juste avant le covid, ils étaient 11 %.
Santé et construction
Les données de juin indiquent que la croissance de l’emploi ce mois-ci s’explique essentiellement par l’embauche dans le commerce et l’hôtellerie. Comme c’est l’habitude lors de la campagne estivale, ces activités sont celles qui génèrent le plus d’emplois, et non celles qui offrent les meilleures conditions de travail.
Cependant, si l’on regarde la photo dans son ensemble et au-delà des pics temporaires, au cours des 12 derniers mois, les activités qui ont généré le plus d’emplois sont la santé (+84.977 employés l’année dernière) et la construction (+78.073), deux métiers aux profils différents et qui confirment la croissance à double vitesse que l’économie espagnole maintient depuis un certain temps, combinant des activités hautement qualifiées avec d’autres à salaires modérés ou bas.
Un autre syndicat qui, en pourcentage, connaît une croissance très intense est celui des agents immobiliers (+6% sur un an), qui explique le « boom » de la construction et les attentes de croissance future de celle-ci. De l’autre côté de la balance, le commerce (+1,2%) et l’industrie manufacturière (1,7%), deux importants pourvoyeurs d’emplois, continuent de croître, mais à un rythme nettement inférieur à la moyenne (2,8%).