Une semaine après la fin de l’année scolaire 2025-2026, marquée par un profond malaise pédagogique face à une situation que les enseignants considèrent comme « totalement insoutenable », la Fundació Equitat.org -anciennement Fundació Bofill- a présenté ce lundi l’Annuaire de l’Éducation en Catalogne 2026. Le rapport, réalisé par Miquel Àngel Alegre et Francesc Pedró et préparé par une cinquantaine de professionnels, propose une radiographie du système éducatif système catalan qui confirme, avec de nombreuses données, le diagnostic alarmant que les enseignants dénoncent dans la rue depuis des mois. Les chiffres témoignent d’une chronique des inégalités et de mauvais résultats scolaires, plaçant le pays à un « point critique ». Face à ce scénario, la fondation soutient qu’« une profonde refonte » des politiques éducatives est nécessaire pour garantir le droit de tous les étudiants à des opportunités vitales. L’annuaire confirme également que l’évolution positive de certains indicateurs du parcours scolaire – comme les laissez-passer de l’ESO et l’abandon scolaire – a stagné, voire commencé à régresser.
L’annuaire organise et analyse des données déjà connues, comme celle entre 2015 et 2022, les tests internationaux PISA (qui évaluent les garçons et les filles de 15 ans) reflètent une baisse comprise entre 30 et 40 points en compréhension écrite, en mathématiques et en sciences, ce qui équivaut à la perte de près d’une année scolaire. Ou que le pourcentage d’élèves ayant de faibles niveaux de compétence a augmenté de plus de 10 points.
Cette dégradation s’observe également dans les premières étapes : dans les tests PIRLS et TIMSS pour la quatrième année, la compréhension écrite est passée de 522 à 507 points entre 2016 et 2021. Les indicateurs dits de « progrès des jeunes » suivent cette piste négative : le taux d’obtention de diplômes à l’ESO est passé de 93 % à 87 % entre les années académiques 2019-2020 et 2023-2024. De même, le décrochage scolaire (AEP), qui avait été considérablement réduit, stagne autour de 13,5% en 2025.
Au-delà des mauvais résultats globaux, les auteurs du rapport – données en main – affirment clairement que l’origine sociale continue d’être le principal déterminant de la réussite éducative en Catalogne. « Le poids de l’origine familiale, de qui vous êtes et d’où vous venez, est beaucoup plus important en Catalogne que dans d’autres pays », souligne Mònica Nadal, directrice de recherche à Equitat.org. Les données parlent d’elles-mêmes : l’écart entre les élèves issus de familles à revenus élevés et faibles équivaut à trois niveaux scolaires dans les résultats du PISA, soit une ampleur supérieure à la moyenne de l’OCDE. En ce qui concerne l’abandon scolaire précoce, alors que chez les jeunes les plus riches, il est presque résiduel (3,8%), chez le quartile de revenus le plus bas, il atteint 25,3%. Un sur quatre.
L’origine sociale continue d’être le principal déterminant de la réussite scolaire en Catalogne
Si les auteurs du rapport voulaient faire passer un message clair, c’est que la vulnérabilité éducative est devenue « systémique ». Et cela s’est produit, détaillent-ils, en raison de trois facteurs clés. Le premier, l’augmentation de la vulnérabilité détectée : le nombre d’élèves ayant des besoins éducatifs pour des raisons socio-économiques (NESE B) a doublé en trois ans, passant de 155.726 à 304.736 élèves, ce qui représente 32,1% du total des cycles obligatoires.
Deuxièmement, en raison des interruptions du temps non scolaire. L’exclusion persistante des secteurs vulnérables dans les activités extrascolaires (en 2024, les enfants des classes supérieures consacraient deux fois plus de temps à ces activités que les enfants des classes populaires). Enfin, les auteurs de l’annuaire pointent la ségrégation scolaire persistante malgré les accords en vigueur.
Nadal insiste sur l’urgence d’une école primaire « plus robuste », afin qu’aucun enfant ne termine la sixième année sans les compétences instrumentales de base pour pouvoir poursuivre ses études avec succès.
Une croissance économique insuffisante
Face à cette situation, même si le budget du Département a augmenté de 33% entre 2020 et 2025, pour atteindre 7,926 millions d’euros, l’investissement reste encore insuffisant pour couvrir l’explosion des besoins. La Catalogne consacre 3,8 % de son PIB à l’éducation (2024), un chiffre loin des 4,5 % de la moyenne espagnole et des 6 % fixés par la loi catalane elle-même sur l’éducation. « Notre chiffre d’investissement actuel est encore inférieur à celui d’il y a 15 ans », rappelle Pedró.
Le pourcentage d’élèves ayant de faibles niveaux de compétence a augmenté de plus de 10 points entre 2015 et 2022
Aux yeux du chercheur, la disproportion est « évidente » : alors que le nombre total d’étudiants a diminué de 5,5 % depuis 2019, le volume d’étudiants ayant des besoins spécifiques a augmenté de 130 %. Cela se traduit par des ratios qui ne s’améliorent pas substantiellement : à l’ESO, le ratio d’élèves par classe en 2024-25 est supérieur à celui d’il y a 15 ans (28,6 contre 27,5).
Pedro donne des exemples. En Catalogne, il y a 888 élèves NESE B (ayant des besoins éducatifs particuliers pour des raisons socio-économiques) par éducateur social.
Les politiques publiques à l’étude
Le rapport analyse également les réponses politiques actuelles, soulignant les lumières et les ombres. Le Cadre pour l’amélioration du langage et des mathématiques (2025-2028), bien que engagé en faveur de l’équité, ne consacre que 0,2 % du budget total du Département à des mesures spécifiques de ce type. En revanche, des outils tels que le PMOE-PROA+ souffrent d’une instabilité financière et d’une charge administrative excessive.
La fondation insiste sur l’urgence d’une école primaire « plus robuste », afin qu’aucun enfant ne termine la sixième année sans les compétences instrumentales de base pour pouvoir poursuivre ses études.
En contrepoint positif, ils soulignent la promotion de la Formation Professionnelle (FP), avec une augmentation de 12.400 places l’année dernière, et le déploiement de « sacs à dos économiques », qui garantissent la gratuité du matériel et des sorties à 189.000 étudiants vulnérables.
17 propositions de changement structurel
Pour sortir de cette stagnation, l’Annuaire propose « un tournant vers l’équité structurelle » s’appuyant sur plusieurs axes. Le premier, un soutien direct aux apprentissages : élargir le « sac à dos économique » pour financer deux ou trois heures par semaine de soutien pédagogique et inclure un « sac à dos périscolaire » de 300 euros par an pour des activités hors centre.
L’écart entre les élèves issus de familles à revenus élevés et faibles équivaut à trois cours de différence dans les résultats du PISA, une ampleur supérieure à la moyenne de l’OCDE.
La seconde, mettre en œuvre un modèle de formule de financement qui répartit les ressources en fonction des besoins réels de chaque centre. Ils proposent également de convertir les « zones éducatives » en infrastructures de gouvernance collaborative dotées de la capacité d’allouer des ressources territorialement. Les auteurs du rapport recommandent également de créer 8 000 nouvelles places de formation professionnelle de base pour retenir les étudiants non diplômés de l’ESO et de concevoir leur propre politique de bourses qui couvre tous les jeunes en situation de pauvreté, avec des montants allant jusqu’à 4 000 euros par an.
Enfin, le vaste document présenté ce lundi – la 20e édition de l’annuaire – souligne la nécessité d’institutionnaliser l’évaluation des politiques éducatives, en rendant la responsabilité obligatoire dans tous les programmes dépassant un budget de 500 000 euros.