L’affaire Talgo avance enfin vers une solution. La clé pour le débloquer était de parvenir à un accord avec les banques pour le refinancement de la dette, qui s’élevait à environ 400 millions. Une opération que toutes les sources considèrent comme close, comme le démontre la clôture du rachat du consortium dirigé par José Antonio Jainaga, président de Sidenor, auquel participent les fondations basques BBK et Vital et le fonds public basque Finkatuz. Avec ce déblocage, Jainaga prend le contrôle de 29,7% du constructeur ferroviaire en l’rachetant à son précédent actionnaire principal, le fonds britannique Trilantic, ratifiant ainsi le pré-accord signé le 14 février et avalisé en juillet au plus haut niveau entre les présidents du gouvernement central, Pedro Sánchez, et du gouvernement basque, Imanol Pradales, qui se sont également mis d’accord sur l’entrée de Sepi au capital avec un peu moins de 8%.
La pièce définitive pour compléter ce puzzle a été la Compagnie espagnole d’assurance-crédit à l’exportation (CESCE par son acronyme). CESCE, donc l’État, qui contrôle 50,25% du capital, mais auquel participent également Banco Santander, BBVA et Banco Sabadell (trois des banques impliquées dans l’opération), garantira contre d’éventuels défauts de paiement 50% de la nouvelle dette du constructeur basé jusqu’ici à Madrid. Et en quoi consiste exactement l’accord ? Au fond, Talgo obtient un financement bien plus important, en fait il le triple presque, et il est aussi largement garanti par l’État.
Comme l’a détaillé l’entreprise dans sa dernière présentation des résultats semestriels, CESCE couvrira la moitié des 650 millions d’euros qu’un « pool » de banques accordera à Talgo, ce qui permettra d’allonger la durée des 296 millions de dette actuellement tirés. Cet organisme garantira également la moitié des 500 millions de garanties que les banques accorderont pour participer aux appels d’offres pour la fabrication du matériel roulant. Par ailleurs, une ligne de fonds de roulement de 120 millions est accordée avec une maturité de trois ans avec prolongation automatique de deux ans supplémentaires. Au total, un financement de 1 270 millions qui devrait être utilisé par Talgo pour sous-traiter des usines qui lui permettront de réaliser rapidement ses engagements de fabrication et de commencer à construire ou adapter de nouvelles usines.
Restez fidèle aux comptes Talgo
Justement, Sidenor, dans un communiqué, a assuré vendredi dernier qu’il est « indispensable de procéder au transfert définitif des actions et au début d’une nouvelle étape à Talgo pour approuver la nouvelle structure de financement de l’entreprise », ce qui doit être ratifié lors de la prochaine assemblée générale extraordinaire qui sera convoquée prochainement et se tiendra dans les prochaines semaines, dans le but de suspendre l’opération avant Noël. Il ne reste plus que quelques émissions à clôturer avec certaines institutions financières créancières, parmi lesquelles la Banque européenne d’investissement, ainsi que Santander, BBVA, CaixaBank, Sabadell, Kutxabank, Bankinter et Barclays.
Le sauvetage financier de Talgo par le gouvernement à travers le CESCE est complété par une injection de 75 millions de SEPI dans le cadre d’une augmentation de capital et d’une émission de dette convertible, des étapes qui surviennent alors que le gouvernement lui-même était sur le point de finaliser les comptes du fabricant. À la fin de l’année dernière, Renfe, dépendant du ministère des Transports, a décidé d’imposer une sanction de 116 millions d’euros à l’entreprise d’origine basque pour les retards accumulés dans la fabrication et la livraison des trains S-106 (populairement connus sous le nom d’Avril). Cette amende a dû être provisionnée par la société cotée, qui a déclaré des pertes de 107 millions d’euros sur l’année, des chiffres rouges qui se sont poursuivis au premier semestre, d’environ 66 millions, en l’occurrence en raison d’un ajustement d’une commande de l’opérateur allemand Deutsche Bahn.
Ce qui n’est pas résolu pour le moment, c’est la situation de Talgo en bourse. Depuis le début de l’année, la société a subi une baisse de plus de 11 % et ses actions se négocient à 2,98 euros, avec une capitalisation de 368 millions d’euros. Il convient de noter que le prix convenu par le consortium basque pour l’achat de 29,7% du capital de Trilantic est de 4,25 euros, très loin de la valeur boursière actuelle. Cette différence a également constitué à l’époque un frein à la décision de Jainaga, qui a également vu ses actions entravées par la plainte déposée devant la Cour nationale pour prétendument avoir fait des affaires avec une société israélienne.
Abonnez-vous pour continuer la lecture