Pedro Sánchez a mis en garde devant un panel de l’ONU sur l’intelligence artificielle contre la « concentration du pouvoir » dans une « oligarchie » technologique qui « répond à ses seuls et exclusifs intérêts » et qui est située aux États-Unis. « Seules cinq entreprises concentrent 60 % du marché mondial de l’IA générative, toutes cinq originaires du même pays », a-t-il dénoncé lors de l’inauguration de la première réunion du Groupe d’experts des Nations Unies sur l’IA, tenue ce mercredi au Congrès. Un « colonialisme silencieux qui existe partout, y compris dans l’Union européenne », a-t-il souligné en estimant l’investissement de ce secteur privé dans l’IA à 286 milliards de dollars, « 14 fois plus que l’UE et 23 fois plus que la Chine ».
Le directeur général s’est demandé « qui guide la direction que devrait prendre l’intelligence artificielle (IA) ? » regretter que « ce n’est pas décidé par le pouvoir législatif. Ce n’est pas décidé par les gouvernements. Ce n’est même pas décidé par le marché, mais seulement par un petit groupe d’entreprises ». « Nous parlons de concentration du pouvoir. Ce n’est pas un marché. Nous assistons à la construction d’une oligarchie », a-t-il réitéré. Face à cela, il a souligné la nécessité d’une gouvernance de l’IA « entre les mains du peuple et non d’un petit groupe de personnes ».
Partant du principe qu’« aucune technologie n’est neutre », mais plutôt « cela dépend de qui la contrôle, de la manière dont elle est réglementée et à quoi elle sert », Sánchez a appelé non seulement à une plus grande réglementation de la part des gouvernements, mais aussi à le faire de manière multilatérale et en étroite collaboration avec la science. « Nous avons besoin d’une réponse multilatérale mondiale où toutes les nations se sentent sur un pied d’égalité et où existe une alliance entre les entreprises, le monde universitaire, le monde scientifique, les pouvoirs législatif et exécutif », a-t-il assuré.
Une réponse coordonnée « non pas pour arrêter l’innovation, mais pour la canaliser dans des paramètres et un cadre dans une perspective humaniste et morale », a-t-il noté. En ce sens, il a déclaré aux panélistes que « la vocation de l’Espagne n’est pas de participer à la course à l’IA mais de contribuer humblement à une IA responsable et humaniste, pour le bénéfice de tous ».
Pour le chef de l’exécutif, nous serions à un moment clé de la révolution technologique, qu’il a comparé aux changements produits par la révolution industrielle. Il a donc appelé à « défendre le bien commun et toutes les vertus d’une technologie qui va changer le destin du monde. C’est à nous que ce changement soit pour le bien et pour le bien de l’humanité ».
Sánchez a également qualifié les réseaux sociaux, contre lesquels il propose un ensemble de mesures réglementaires, comme l’interdiction d’accès aux mineurs de moins de 16 ans, d’« État défaillant ». Non seulement, il les a accusés de disposer de « plus de ressources et de capacités économiques » pour nuire à la démocratie et saper la coexistence de la société.
Pack de mesures
En février dernier, le Conseil des ministres a activé la première mesure du paquet visant à renforcer la régulation des plateformes numériques. À cette fin, le Conseil des ministres a invoqué l’article 8 du Statut organique du ministère public pour lui demander d’enquêter sur « les délits que X, Meta et TikTok pourraient commettre en raison de la création et de la diffusion de pédopornographie à travers leurs IA ».
Pour accélérer le reste du paquet de mesures juridiques visant à renforcer la régulation des plateformes numériques, le gouvernement cherche un raccourci parlementaire qui lui permettrait de raccourcir les délais. Il tenterait de profiter du projet de loi sur la protection numérique des mineurs en cours en commission Justice pour inclure la responsabilité pénale des gestionnaires de plateformes et la pénalisation de la manipulation algorithmique et de l’amplification de contenus illégaux.