Plus d’un mois après l’entrée massive de migrants à Ceuta, le gouvernement commence à cerner les causes de la crise. La principale conclusion est que la pression migratoire avec environ 72 000 entrées entre le 30 et le 31 juillet aurait été produite par la diffusion de canulars via les réseaux sociaux. Suite à un récent arrêt de la Cour suprême sur les soi-disant retours à chaud, on aurait pu croire qu’il était légalement impossible d’expulser toute personne entrant dans la natation. Il s’agirait de ce que Moncloa définit comme des « attaques hybrides » liées à la manipulation d’algorithmes. Même dans le processus d’enquête, l’Exécutif assure qu’il travaille ensemble sur cette ligne avec Bruxelles pour continuer « à détecter les comptes qui ont contribué à cela et à les clôturer ».
Les ministres de la Présidence et de la Justice, Félix Bolaños, et celui des Affaires étrangères, José Manuel Albares, ont commencé à mettre cette version sur la table lors de la ronde d’explications au Congrès la semaine dernière. Pedro Sánchez a mis l’accent sur ce sujet ce lundi lors d’une interview sur « Cadena Ser », plaçant derrière ces réseaux la Russie, Israël et « l’extrême droite internationale ». Après les démentis des deux gouvernements, l’Exécutif a brandi des rapports internes des Affaires étrangères ou les références de la Commission européenne du 6 août désignant la Russie comme le foyer de la désinformation sur ce qui s’est passé à Ceuta.
« Ce gouvernement travaille toujours avec des preuves », a déclaré la porte-parole, Elma Saiz, ce mardi à l’issue du Conseil des ministres, déchargeant une nouvelle fois le Maroc de ses responsabilités. Bien qu’aucun type d’action ne soit exclu quant à la possibilité d’ouvrir une procédure pénale, à Moncloa, on fait allusion à une procédure déjà en cours devant le Tribunal national et à la complexité d’une affaire qui affecte la sécurité nationale. De là, le rôle des algorithmes de déstabilisation est influencé. Une nouvelle réalité à laquelle la plupart des grands pays, avertissent-ils, doivent encore se préparer.
Le président du gouvernement souligne depuis quelques temps la nécessité de renforcer la régulation des grandes plateformes. À la Commission Justice du Congrès, une règle est en train d’être présentée qui, entre autres mesures, propose de punir pénalement les plateformes dotées d’algorithmes qui amplifient les contenus illicites et de tenir leurs dirigeants pour responsables. Dans le même temps, le gouvernement a mis davantage l’accent sur les cybermenaces et sur les ressources de renseignement destinées à les combattre.
L’Exécutif ne verrait pas comme justifiée une réaction négative de Rabat à la visite du Roi à Ceuta : « C’est un territoire espagnol »
La défense de la « collaboration » du Maroc dans la gestion de la crise et sa disculpation dans ce qui s’est passé est l’un des principaux points de friction entre le gouvernement et le reste des groupes parlementaires. Quelques critiques sur la complaisance à l’égard de Rabat que l’exécutif tente désormais d’équilibrer en organisant une visite du roi à Ceuta et Melilla.
Accélérer les rapatriements
Le gouvernement assure ne pas s’inquiéter de la réaction du pays voisin à cette future visite pour laquelle il n’y a toujours pas de date. Ils soulignent même qu’une réponse négative ne serait pas justifiée car il s’agit d’un « territoire espagnol » et que l’Espagne est un pays souverain. Après la dernière visite du désormais roi émérite, il y a vingt ans, le Maroc a répondu en retirant son ambassadeur en Espagne. Ce que le gouvernement a reconnu, c’est que le contexte des élections législatives du 23 septembre au Maroc alimenterait les références à Ceuta et Melilla comme territoires « occupés » par les dirigeants marocains.
Au-delà des divergences sur la position avec le Maroc, Sánchez pourra se présenter au Congrès ce jeudi avec sous le bras un plan d’aide à Ceuta qui mobilisera jusqu’à 16% de son PIB pour le reste de l’année et, surtout, avec la création de nouveaux lieux d’accueil des migrants qui restent encore dans la rue. L’étape préalable indispensable pour commencer à retrouver la normalité dans la ville autonome avec l’identification des migrants qui restent encore dans la rue et l’ouverture ultérieure des dossiers.
La priorité est le rapatriement, y compris celui des mineurs via la relocalisation familiale. Le ministre de la Politique territoriale à la tête du commandement unique, Ángel Víctor Torres, s’est fixé pour objectif de « raccourcir les délais » habituels dans ces procédures et affirme avoir la volonté expresse du Maroc même pour le retour des mineurs migrants.