Emmanuel Macron ne lâche rien dans son combat pour interdire l’utilisation des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Après le veto du texte par le Conseil constitutionnel, puis son approbation par l’Assemblée nationale, le président français envoie désormais une version révisée à Bruxelles pour s’assurer que la proposition respecte le droit européen.
Dans son idée d' »aller au bout » de ce combat, Macron a demandé au Premier ministre, Sébastien Lecornu, de « trouver une issue » cohérente à la fois avec les observations de la Cour constitutionnelle et les exigences du droit européen après la censure de la mi-août. Le Conseil constitutionnel a justifié son veto en estimant que le texte approuvé constituait une « atteinte disproportionnée » à la liberté d’expression et de communication des adolescents, allant même à l’encontre de la réglementation européenne. Il a toutefois reconnu « l’obligation constitutionnelle de protéger l’intérêt supérieur du mineur ».
Un mois plus tard, Macron revient dans la mêlée avec un nouveau texte qui, comme le confirme une source exécutive à Le Figarocherche à surmonter les obstacles européens. Le gouvernement propose désormais de dresser une liste d’une dizaine de « fonctionnalités » nuisibles ou « addictives » pour les jeunes, comme la lecture automatique de vidéos, les notifications nocturnes ou la communication avec des comptes inconnus. Ces fonctions permettraient aux réseaux sociaux concernés d’adapter leurs contenus aux mineurs, sans affecter la réglementation européenne.
Une « priorité européenne »
Pour l’Exécutif français, la régularisation des réseaux sociaux doit être une « priorité européenne », après avoir considéré que certains problèmes des jeunes, comme la montée des violences chez les mineurs ou le cyberharcèlement, découlent en partie des contenus qu’ils consomment sans contrôle sur ces plateformes.
C’est pourquoi Macron a écrit fin août à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, pour lui faire part de la nécessité de créer « un texte européen » établissant « l’interdiction de l’accès aux plateformes de réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans » dans toute l’Union européenne. Suite à ces premières étapes, von der Leyen devrait présenter ses propositions mercredi lors de son discours d’ouverture au Parlement européen.
« Grâce à la détermination du président de la Commission, des parlementaires et au soutien de nombreux Etats européens qui partagent cette exigence avec nous, je me réjouis que la protection des mineurs en ligne soit désormais une priorité pour notre Europe, au cœur des orientations de cette rentrée. La France apportera tout son soutien, avec exigence et détermination », a écrit Macron ce lundi sur son compte X.
Sur le sentier de la guerre contre TikTok et X
Dans cette bataille pour protéger les plus petits de la maison, la France a ouvert fin 2025 une enquête pénale contre TikTok, sur fond de soupçons selon lesquels ses algorithmes favorisent des contenus préjudiciables aux mineurs. Une procédure pénale appuyée par plusieurs rapports présentés par Amnesty International et par le Sénat français lui-même, qui soulignent les dangers de ce réseau social.
Cette enquête est également née après le procès contre TikTok intenté par plusieurs familles françaises, dans lesquelles elles accusaient le réseau social d’avoir favorisé le suicide de plusieurs jeunes en raison du manque de contrôle de son algorithme. La plateforme, pour sa part, a refusé de faire toute déclaration sur ces rapports, bien qu’elle ait insisté dans un bref communiqué sur le fait qu’elle investit « de manière significative dans des expériences sûres et adaptées à l’âge des adolescents ».
La même chose s’est produite récemment avec X. Son fondateur, Elon Musk, fait l’objet d’une enquête des autorités françaises pour « complicité de diffusion de pédopornographie » via son réseau social. En plus d’utiliser son propre modèle d’intelligence artificielle pour créer contrefaçons profondesc’est-à-dire des images ultra-réalistes sexuellement explicites d’étrangers, sans aucun consentement. Une enquête qui a conduit à l’enregistrement du siège de la plateforme dans le pays et à une crise diplomatique entre Washington et Paris.