Le gouvernement s’occupera uniquement des enquêtes menées en Espagne et dans l’UE sur les causes de l’entrée massive de migrants à Ceuta. Suite à la communication du ministère marocain des Affaires étrangères selon laquelle il enquêtait sur les événements, la réponse de l’Exécutif a été que sa propre enquête était déjà en cours, selon des sources de la Moncloa. « Ils mènent leur enquête, nous menons la nôtre », affirment-ils. Ces derniers jours, la méfiance s’est accrue et Pedro Sánchez lui-même a durci sa position avec Rabat jeudi dernier au Congrès pour avertir qu’il serait ferme si des preuves claires de sa responsabilité apparaissaient. Un tournant diplomatique de cette envergure, aux conséquences imprévisibles, doit être pleinement soutenu, affirment-ils.
Pour l’instant, des signes apparaissent, notamment en ce qui concerne l’inaction des autorités marocaines. Les sources de la Moncloa abondent contre les accusations de complaisance de la part de l’opposition et de ses partenaires selon lesquelles Sánchez aurait toujours été « courageux en matière de politique étrangère ». La visite du Roi à Ceuta et Melilla dans « les prochaines semaines » qu’organisent Casa Real et Moncloa renforce ce message.
En l’absence d’enquêtes qui se dessinent, notamment dans la procédure menée par le Tribunal national, l’Exécutif avance déjà l’intention de demander à Bruxelles de revoir les accords de coopération avec Rabat pour renforcer le contrôle aux frontières. On cherche des garanties qu’un afflux massif d’immigrants comme celui des 30 et 31 juillet ne se reproduira pas.
Sánchez tente ainsi de réorienter la crise à Ceuta, le Congrès et l’opinion publique critiquant sa prétendue complaisance à l’égard du pays voisin. Même au sein du Conseil des ministres, la pression monte dans le même sens. Les ministres de Sumar remettent collectivement en question le fait que le Maroc ne soit pas visé, tandis que certains ministres socialistes reconnaissent que la position défendue publiquement est intenable.
« C’est du bon sens. Tout le monde le voit. La population est majeure », a démissionné un membre du gouvernement après le débat au Congrès jeudi dernier. L’opposition et les partenaires d’investiture et de coalition ont convenu de tenir le Maroc pour responsable. À la Moncloa, on demande du temps pour que « tout soit étudié ».
Malgré la distance avec les partenaires d’investiture, aucun n’a osé montrer sa volonté de laisser tomber le gouvernement, à l’exception de Junts, qui voit Sánchez « disqualifié » de gouverner. Pour le moment, et malgré la stratégie consistant à se démarquer alors que la législature est dans son dernier parcours politique, les menaces ne se sont pas intensifiées.
Les doutes des partenaires sur la rupture
À Sumar, on se retrouve toujours sans candidat après le départ de la deuxième vice-présidente, Yolanda Díaz. En outre, ils s’efforcent d’avancer dans leurs propositions en matière de logement afin de hisser ce drapeau électoral. Le décret est toujours en attente de négociation et sans date en raison des vetos croisés et de l’émergence de la crise de Ceuta qui a concentré l’activité du gouvernement ces dernières semaines.
Pour ERC, il est essentiel de pouvoir mener à bien la réforme du système de financement régional convenue avec le gouvernement. Après avoir franchi la première étape ce premier vendredi avec son approbation au Conseil de Politique Fiscale et Financière, il ira au Conseil des Ministres et sera ensuite envoyé au Congrès pour commencer son traitement parlementaire. Le Trésor s’est fixé un horizon temporel pour l’approuver définitivement avant la fin de l’année. Pour ce faire, le gouvernement doit obtenir au moins une abstention de la part de Junts. Le modèle final présenté par le gouvernement maintient la plus forte augmentation de ressources pour l’Andalousie et la Catalogne, avec respectivement 4 846 et 4 686 millions d’euros supplémentaires.
Le PNV doit encore négocier le dernier paquet de transferts de pouvoirs du pouvoir législatif. Parmi eux, le régime économique de la Sécurité Sociale et les ports d’intérêt général. Sans date fixée pour la tenue de la commission bilatérale, l’Exécutif se limite à montrer son engagement pour que cette future réunion « aboutisse à un agenda à contenu politique qui se matérialise dans de nouveaux accords ». Une série de dossiers en suspens qui réduisent les incitations des principaux partenaires à précipiter une rupture avec le gouvernement. Cependant, Lehendakari Imanol Pradales a haussé le ton pour avertir que la législature sera « totalement terminée » si Sánchez ne résout pas cette crise.