Le Centre National d’Intelligence (CNI) a fait état des risques liés à l’immigration lors de contacts avec des interlocuteurs de l’écosystème de sécurité de Ceuta de deux côtés : depuis janvier dernier, de manière générique sur la pression migratoire ; et depuis le 9 juillet, de manière plus opérationnelle sur le danger spécifique pour la ville.
C’est la version que soutiennent des sources de la Défense, 24 heures après que l’affrontement entre ce ministère et le ministère de l’Intérieur ait été très évident quant à savoir s’il y avait eu ou non un avertissement préalable à « l’avalanche » – le mot vient de la ministre Margarita Robles – d’étrangers. Les avis les plus opérationnels ont été au nombre de sept et, selon ces sources, ils ont circulé de trois manières : note écrite, information verbale lors des réunions et commentaires par messagerie téléphonique, leurs émetteurs étant des personnels parmi les 25 membres du CNI qui opèrent dans la ville autonome.
Dans tous ces messages – toujours selon la version des sources de la Défense susmentionnées, que l’Intérieur nie – il était question d’une prévision d’une augmentation notable des entrées illégales à Ceuta par voie maritime. Aucun d’entre eux n’a parlé d’« agression », mais ils ont parlé d’un phénomène massif, sans toutefois en préciser précisément l’ampleur.
Dans le dernier message avant le déluge humain, le 29 juillet, le CNI avertissait que, dans un intense mouvement sur les réseaux sociaux marocains qui convoquait les gens pour le 30, le principal compte Facebook, lié à un grand chat WhatsApp sous le nom de « Tous à Ceuta », avait enregistré « une augmentation exponentielle du nombre de followers », disent les sources susmentionnées : du coup, la veille, il avait dépassé les 180 000.
Délégation gouvernementale
La délégation gouvernementale à Ceuta a démenti avec force ce mardi, mais ces sources de la Défense proches des services secrets insistent sur le fait que le personnel de ce bureau gouvernemental était « au courant et régulièrement informé depuis le 8 juillet ». À cette date, la Cour suprême a rendu illégal le retour immédiat des migrants entrés sur le territoire espagnol par la mer, sans violer les barrières ou obstacles officiels.
La Délégation Gouvernementale, à son tour, selon cette version, « a partagé ce qu’elle savait » lors des réunions de coordination de la sécurité dans la ville.
Les soldats de la Légion se préparent à partir en patrouille à Ceuta. Réduan EFE / Reduan Dris EFE
La colère s’est accrue dans l’affrontement entre les ministères gouvernementaux, et la délégation gouvernementale à Ceuta est l’épicentre brûlant de la confrontation. De manière officieuse, les zones de défense susmentionnées soulignent que, malgré les informations disponibles et malgré le fait que la délégation gouvernementale et les forces de sécurité disposent d’un plan d’action coordonné contre le risque d’entrées massives et irrégulières à Ceuta, « rien n’a été fait ». A l’Intérieur, on objecte : « Comment pourrions-nous ne rien faire ? » si les informations dont ils disposaient auparavant étaient exactes et cohérentes.
A l’intérieur, je ne m’y attendais pas
Interior n’a pas jugé les informations diffusées par le CNI comme suffisantes, mais plutôt génériques et peu spécifiques, voire « évidentes ». C’est la version qui est expliquée par ce ministère. C’est pourquoi le ministre de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, réitère qu’il ne disposait d’aucun rapport qui prévoyait ce qui allait se passer dans sa véritable ampleur. L’un des avis du CNI parvenu à la Garde Civile – rapportent des sources de l’Intérieur – les agents de cet organisme n’ont pas accordé plus d’importance, car ce qu’on leur a dit, ils le connaissaient déjà comme l’organisme chargé de la surveillance des frontières.

Un des messages sur les réseaux sociaux marocains ayant circulé avant le 30 juillet. Il est écrit « 30 juillet ». Urgent. L’Espagne est sur le point de fermer la porte à la régularisation des immigrants. La date limite est le 30 juillet 2026′ / Le journal
Le 27 juillet, le commandement de la Garde civile de Ceuta avait soumis un rapport à la chaîne de commandement de l’institut armé avec un décompte cumulé de plus de 1.000 entrées de nageurs au cours du mois de juillet sur la plage de Tarajal. Il s’agissait de l’importante retombée qui s’était produite à mesure que la décision de la Haute Cour espagnole devenait populaire de l’autre côté de la frontière.
Mais ce rapport de comptage n’a pas non plus provoqué une mobilisation particulière des forces de sécurité à Ceuta, puisque le taux d’augmentation du nombre de nageurs avait déjà été observé en 2024 et 2025, « même avec des chiffres pires ».
Ces chiffres tournent généralement autour d’un millier d’inscriptions à la natation au mois de juillet. Les nageurs immigrés profitent des nuits sans lune et des brumes marines estivales qui tombent sur l’eau d’El Tarajal pour tenter de rendre leur voyage autour de la digue plus inaperçu.
Ordre de la Garde Civile
Cette raison pourrait être à l’origine du fait qu’à l’approche de la date du 30 juillet, les grands bateaux ne sont pas arrivés à temps et les vacances des agents de la Garde Civile de Ceuta ont été suspendues. Il s’agit d’une boîte de Pandore qu’on ne voulait pas ouvrir : « Cela implique de sérieux problèmes pour recruter ensuite le personnel de toutes les sections », explique une source de Benemérita.

A l’instant de l’installation de la barrière flottante El Tarajal, le 1er août. / Réduan EFE
Toutefois, compte tenu de la décision de la Cour suprême, la Garde civile a décidé d’agir. Le 9 juillet, la direction générale de l’institut armé a ordonné, selon des sources de l’Intérieur, un « renforcement de la surveillance maritime, le déploiement de moyens navals supplémentaires, la préparation de renforts en personnel pour le Service Maritime Provincial de Ceuta » et « le début d’études pour localiser des solutions techniques, efficaces, conformes au cadre légal et susceptibles d’être mises en œuvre dans les plus brefs délais ».
Il s’agit des barrières flottantes dont l’installation a été ordonnée par le secrétaire d’État à la Sécurité le 1er août dans une instruction urgente – 9/2026 -, qui « auraient été installées au milieu de ce mois » en vertu de cet ordre de la direction de la Garde civile, dit-on à l’Intérieur, si la tragique inondation humaine du 30 juillet n’avait pas été anticipée.
Le Maroc savait
Mardi dernier, tôt le matin, après la réunion du Conseil National de Sécurité, le Gouvernement a estimé que les divergences de versions entre l’Intérieur et la Défense allaient s’atténuer, mais cela ne s’est pas produit. Le ministre Marlaska a décidé de répondre publiquement à son collègue Robles alors qu’il préparait la conférence de presse après le Conseil des ministres et l’a entendu en direct à la télévision du Congrès en déclarant que le CNI avait averti en temps opportun, mais pas nécessairement par écrit.
Le conflit est profond, mais à mesure qu’approche la comparution attendue de Marlaska au Congrès, la grande question change dans les prévisions qui pèsent sur cette comparution du ministre de l’Intérieur : il ne s’agit plus tant de savoir s’il y a eu un rapport préalable ou non, mais plutôt ce qui a été fait, quelles prévisions ont été faites, quelles mesures préventives ont été prises… et qui était encore en vacances ou non.
Pour les sources de la Défense consultées, il ne s’agit pas de prévoir l’ampleur de ce qui allait se passer : « Rien n’a été fait ni pour une entrée massive, ni pour une entrée moins massive, ni pour une entrée moyennement massive. » Et pour les sources de l’Intérieur, aucun avertissement ne permettait de prévoir pour le 30 une vague migratoire de l’ampleur et de l’ampleur qu’elle a finalement eu.
Les deux côtés du gouvernement s’accordent sur un point : aucun rapport ne parle d’« agression »… et sur un détail crucial : il n’y a pas eu de silence total au Maroc sur la crise. Les interlocuteurs du CNI à Mehania (forces auxiliaires de sécurité du Maroc) ont reconnu aux Espagnols, avant le 30 juillet, une augmentation notable des arrivées à Castillejos, la ville voisine de Ceuta d’où partaient les nageurs. Et des services d’information de la police marocaine, des commentaires sont parvenus à l’Intérieur faisant état d’une multiplication de messages sur les réseaux sociaux émanant de baigneurs souhaitant entrer à Ceuta.