La classe sociale est un facteur déterminant dans les conséquences d’une mauvaise utilisation des réseaux sociaux chez les mineurs, au point que les jeunes issus des classes défavorisées ont un impact psychologique négatif 10 % plus élevé. Ceci est confirmé par une étude de l’UAB et du Centre d’Estudis Demogràfics coordonnée par le sociologue Pablo Gracia sur 43 pays inclus dans le Rapport sur le bonheur mondial des Nations Unies. La recherche prévient que l’utilisation problématique des réseaux chez les adolescents est liée à un plus grand nombre de plaintes psychologiques et à une moindre appréciation de la vie.
L’importance de l’État-providence
L’étude indique que dans les régions du monde dotées d’États-providence plus forts et de moins d’inégalités, comme les pays nordiques et certains États d’Europe occidentale, « la relation entre l’utilisation problématique des médias sociaux et le bien-être pourrait être relativement peu affectée » par le statut socio-économique des familles, puisque « le soutien institutionnel peut partiellement compenser les désavantages familiaux ». En revanche, dans les contextes anglo-celtiques avec une forte composante individualiste et plus d’inégalités, avec un État-providence plus faible, les mineurs qui utilisent les réseaux de manière problématique peuvent être plus lésés.
Les familles ayant un niveau socio-économique élevé disposent de plus de ressources pour amortir partiellement les effets négatifs d’une utilisation problématique des médias sociaux.
Dans le cas de l’Espagne et des pays méditerranéens, des recherches indiquent que « des liens familiaux plus forts et des réseaux de soutien informels peuvent protéger partiellement les adolescents des effets négatifs d’une consommation problématique, malgré l’incertitude économique ».
Réseaux et mal-être, une relation éprouvée
La recherche considère comme « cohérente », prouvée, la relation entre l’utilisation problématique et inappropriée des réseaux sociaux et le moindre bien-être des adolescents, un plus grand nombre de plaintes psychologiques et une moindre évaluation de la vie. Parmi les 43 pays analysés (appartenant à l’Europe, au Canada, à la zone caucasienne et à la mer Noire ainsi qu’à l’Angleterre, à l’Écosse et au Pays de Galles), ceux qui présentent le plus grand lien entre l’utilisation abusive des réseaux et la pire situation psychologique des mineurs sont la Hongrie, la Lettonie, l’Estonie, la Macédoine, la Grèce et les Pays-Bas. L’Espagne occupe la quatrième place, après le Kazakhstan, la Géorgie et la Norvège.
En ce qui concerne l’évaluation de la vie des mineurs ayant une utilisation problématique des réseaux, les pays où la relation entre une problématique et une autre est la plus grande sont la Hongrie, la Suède et la Lettonie, suivies par l’Estonie et le Canada. L’Espagne occupe une place intermédiaire dans une liste dans laquelle l’Azerbaïdjan, la Géorgie et le Kazakhstan occupent les « meilleures » places. Mais en tout cas, selon l’enquête, la relation entre abus des réseaux et mal-être est évidente dans tous les pays, à des degrés plus ou moins élevés.
Les 11 et 12 ans, les plus touchés
Dans le rapport entre l’utilisation excessive de TikTok, Instagram ou d’autres réseaux et le pire état psychologique, les mineurs sont les plus touchés. Autrement dit, les enfants de 11 et 12 ans subissent un impact plus négatif que les enfants de 15 et 16 ans (les plus âgés de cet échantillon). « Les adolescents plus âgés semblent relativement plus résilients, peut-être en raison d’une plus grande régulation émotionnelle, d’une plus grande expérience numérique ou de stratégies d’adaptation », indique la recherche, qui propose de prêter attention aux mineurs par rapport aux réseaux sociaux.
Les classes défavorisées, les plus vulnérables
Mais si cette étude met en évidence quelque chose, c’est bien la relation directe entre une moins bonne perception de la situation de vie des mineurs et la situation socio-économique de leur famille : « Les adolescents issus de milieux socio-économiques plus défavorisés sont plus lésés par le PSMU (utilisation problématique des réseaux) en termes de plaintes psychologiques, et notamment d’évaluation de la vie, que les adolescents issus de groupes socio-économiques plus élevés. » En effet, selon l’étude, « les familles ayant un niveau socio-économique élevé ont une plus grande capacité à mobiliser des ressources » telles que le soutien familial, « les stratégies parentales numériques et les compétences numériques » pour amortir partiellement les effets négatifs d’une mauvaise utilisation des réseaux.
La situation des mineurs espagnols
Mais les différences sont notables selon la région du monde dans laquelle l’étude a été réalisée. C’est dans la région anglo-celtique (Canada, Angleterre, Écosse, Irlande) que le lien entre la situation socio-économique et les plaintes psychologiques liées à l’utilisation problématique de la technologie par le mineur, tandis que dans d’autres régions, la différence n’est pas statistiquement significative. Dans la comparaison entre les 42 pays analysés, l’Espagne est l’un des pays où l’on détecte le plus de différences par classe sociale, tant en ce qui concerne leur plus grand inconfort que leur moindre valorisation de la vie, s’ils abusent des réseaux. Les mineurs ayant un statut élevé présentent de meilleurs indicateurs malgré les abus sur les réseaux.
Les chiffres empirent pour tout le monde
L’étude conclut également que par rapport aux données de 2018, celles de 2022 : « La détérioration du bien-être des adolescents associée à une utilisation problématique des réseaux entre 2018 et 2022 semble refléter un changement général qui touche tous les groupes socio-économiques. Une explication de cette aggravation générale, selon l’analyse, pourrait être la pandémie, qui « a considérablement accru la dépendance des adolescents aux technologies numériques (…) a réduit les interactions en face à face et a élargi le temps libre en ligne ». C’est ce facteur qui a aggravé la situation psychologique sans altérer la structure socio-économique de vulnérabilité.
Alphabétisation et santé mentale dans une perspective socio-économique
Les chercheurs concluent en recommandant que les gouvernements « investissent dans le soutien aux familles, dans les programmes d’alphabétisation numérique dans les écoles et dans les services de santé mentale accessibles qui tiennent compte des disparités socio-économiques », étant donné que, au vu des résultats, « en combinant les efforts au niveau de la famille, de l’école et des politiques, les sociétés peuvent œuvrer vers un environnement numérique plus équitable où tous les jeunes, quelle que soit leur origine, peuvent interagir avec les réseaux sociaux de manière à promouvoir, plutôt qu’à nuire, leur bien-être ».
L’alerte dans d’autres études
Les sept autres études du rapport mondial mettent en garde contre l’effet des réseaux sociaux. Le plus percutant est celui du controversé psychologue social américain Jonathan Haydt (auteur du best-seller controversé « The Anxious Generation »), qui affirme ouvertement que les réseaux sociaux ne sont pas sûrs pour les enfants et les adolescents. Et il tire une conclusion convaincante, comme il l’a fait dans « The Anxious Generation » : l’adoption rapide des médias sociaux permanents par les adolescents au début des années 2010 a-t-elle contribué à l’augmentation des maladies mentales au niveau de la population qui s’est produite au milieu des années 2010 dans de nombreux pays occidentaux ? (…) la réponse à la question des tendances historiques est « oui ».
L’adoption rapide des médias sociaux a-t-elle contribué à l’augmentation des maladies mentales ? (…) la réponse à la question des tendances historiques est « oui »
Les chercheurs Zeynep Ozkok, Jonathan Rosborough et Brandon Malloy ont également analysé la relation entre une plus grande utilisation quotidienne d’Internet et un moindre bien-être, en particulier dans ce qu’on appelle la génération Z. L’utilisation d’Internet est plus nocive lorsque l’environnement est plus saturé de réseaux sociaux. Cass R. Sunstein alerte sur le poids de la dépendance sociale lorsqu’il s’agit de comprendre la raison de l’usage intensif des réseaux sociaux. Il cite une étude menée auprès d’étudiants américains : ils demanderaient de l’argent en échange d’un abandon d’Instagram ou de TikTok pendant quatre semaines si leurs camarades de classe continuaient à les utiliser. Mais ils paieraient pour fermer ces réseaux à tout le monde.
Le World Happiness Report 2026 est une publication internationale des Nations Unies promue par le Wellbeing Research Center de l’Université d’Oxford, en collaboration avec Gallup et le Réseau de solutions de développement durable des Nations Unies.