Xavier Antich : « Le Gouvernement peut compter sur Òmnium pour inverser le déclin du catalan »

Le président d’Òmnium Cultural, Xavier Antich (La Seu d’Urgell, 1962) accueille EL PERIÓDICO au siège de l’entité, en attente de rénovation pour agrandir son espace et l’ouvrir au public. Antich tend la main au nouveau gouvernement de Salvador Illa pour inverser le déclin de l’usage social du catalan, critique lui-même la désunion indépendantiste et accuse les juges de ne pas avoir appliqué la loi d’amnistie aux personnes impliquées dans le « processus ».

Quelle relation Òmnium entretiendra-t-elle avec le nouveau Gouvernement ?

Respect de l’institution, prise de conscience des différences. Òmnium est indépendantiste, mais nous reconnaissons que la plus haute institution du pays va au-delà de la personne et du parti qui l’occupe. Nous n’allons pas renoncer à peser politiquement sur les grands consensus : le droit de décider, la langue, la culture et la cohésion sociale. Nous le ferons qui commande.

Avez-vous un rendez-vous pour rencontrer Illa ?

Le président a exprimé sa volonté de nous rencontrer et nous cherchons une date. Ce sera sous peu.

Nous recherchons une date pour rencontrer Illa

Comment évaluez-vous qu’il existe un département pour le catalan ?

Positivement. C’est un geste. Reconnaît l’importance de la langue pour structurer le pays. Le déclin de l’usage social de la langue est une préoccupation très répandue, qui dépasse le mouvement indépendantiste. Nous comprenons qu’il ne s’agit pas seulement d’une reconnaissance symbolique, mais aussi d’une tentative de réponse à l’urgence linguistique.

En matière linguistique, le Gouvernement peut-il compter sur l’aide d’Òmnium ?

Bien sûr. Pour Òmnium, inverser le déclin social de la langue est stratégique. Le fait qu’il existe désormais un Département de politique linguistique, qui renforce la volonté du gouvernement d’œuvrer dans ce domaine, est un bon signe. Il faut voir quelle est leur capacité à influencer les autres secteurs du gouvernement. Nous sommes prudents, nous attendrons de voir comment cela se concrétisera et deviendra concret.

Nous entendons Illa parler beaucoup plus catalan depuis qu’il est président.

La personne fait le travail. Il est normal que le président soit le premier à déclarer que le catalan est parlé en Catalogne. Lors de son investiture, il a parlé de la langue comme de l’épine dorsale de la nation. Si telle est, au-delà de la partie déclarative, l’orientation de politiques spécifiques, nous sommes sur la bonne voie.

Illa a parlé de la langue comme de l’épine dorsale de la nation. Si telle est l’orientation des politiques, nous sommes sur la bonne voie

Entretien avec Xavier Antich, président d’Omnium / Ferran Nadeu

Comment se fait-il qu’après 14 ans de gouvernements indépendantistes, il y ait un tel revers ?

La bataille pour la langue n’admet ni ne tolère qu’elle ne soit pas considérée comme une priorité. Et cela n’a pas été le cas au cours des dernières décennies. Il y a eu une inconscience sociale. Le pays et le monde ont changé. Il y a 20 ans, les réseaux sociaux n’existaient pas et constituent désormais le principal canal de consommation culturelle. Il n’y a pas eu de réaction rapide aux changements en cours. Il n’existe aucun rapport qui affirme que le catalan a cessé d’être parlé parce qu’il est considéré comme une revendication d’indépendance.

Il y a eu une inconscience sociale avec le catalan

Concernant le référendum, comment Òmnium peut-elle influencer le Gouvernement ?

Il existe un gouvernement clairement non indépendant, ce qui signifie qu’Òmnium doit moduler sa capacité d’influence, mais nous ne renonçons pas à la responsabilité que nous avons en tant que principale organisation de la société civile. Ce sera un point clair dans les conversations avec le gouvernement, de voir comment il compte transmettre ce grand consensus.

Cela fait maintenant 7 ans depuis 1-O, anniversaire auquel le mouvement indépendantiste arrive sans majorité au Parlement.

2024 n’est pas 2017. Nous devons sortir de la phase de stagnation et de découragement et être constructifs et déterminés. L’histoire fonctionne par cycles. Dans trois ans, nous en aurons 10, il est temps de se mettre au travail et de regarder vers l’avenir. Ce qui a caractérisé le succès de 1-O était la somme articulée de quatre piliers : les partis, les institutions, les citoyens mobilisés et la société civile organisée.

Nous sommes à la fin d’un cycle de démobilisation, il faut restructurer la société civile

Des alliances peuvent-elles être nouées en 2024 avec les mêmes dirigeants de 2017 ?

Òmnium a considéré que le renouvellement du leadership était essentiel et l’a mis en œuvre. Sur les 30 personnes que nous composons aujourd’hui au conseil d’administration, il n’y en a plus que trois de 2017. Et sur les 52 présidents de territoire, il n’en reste que cinq ou six. La rénovation est pratiquement terminée. À partir de là, chacun devrait faire ce qu’il croit être le mieux, non pas pour son organisation, mais pour le mouvement et le pays.

Vos relations avec l’ANC se sont-elles améliorées depuis que Lluís Llach est à la présidence ?

Les relations sont très cordiales, constantes, fluides et loyales. Le fruit de cette bonne relation fut la Diada. Pour la première fois, la manifestation a été convoquée par six organisations et un manifeste convenu a été lu.

Et pourtant, c’était l’un des moins fréquentés.

Nous sommes à la fin d’un cycle de démobilisation. Nous ne pouvons pas être satisfaits. Ce n’est pas la cause du problème, c’est le symptôme. Nous devons restructurer la société civile et faire prendre conscience que l’indépendance impliquera des améliorations dans la vie quotidienne des gens. Il y a eu une abstention croissante, mais aucun changement dans la composition. Il faut s’attaquer aux causes du découragement.

Òmnium sera le dernier pont qui restera dans ce pays quand il n’y en aura plus

Entretien avec Xavier Antich, président d'Omnium

Entretien avec Xavier Antich, président d’Omnium / Ferran Nadeu

Junts propose la création d’une « entité parapluie » pour rassembler le mouvement indépendantiste. Qu’en penses-tu?

On ne connaît pas le texte, il faut voir la proposition. Depuis 2018, chez Òmnium nous n’avons cessé de promouvoir des espaces de parole et de parvenir à une stratégie partagée avec peu de chance, sauf avec l’amnistie. C’est notre ADN. Òmnium sera le dernier pont qui restera dans ce pays lorsqu’il n’y en aura plus.

Quelle devrait être la position face à l’Aliança Catalana ?

C’est un parti comparable à l’extrême droite européenne, c’est une ligne rouge que nous ne franchirons jamais. La Catalogne doit affirmer clairement qu’elle ne compte pas sur elle dans son aspiration à l’émancipation nationale.

Aliança Catalana est comparable à l’extrême droite européenne ; La Catalogne doit affirmer clairement qu’elle ne compte pas sur elle dans son aspiration à l’émancipation nationale

Quel bilan faites-vous de l’application de l’amnistie ?

Nous analysons cause par cause. La loi a été une grande réussite, mais nous avons constaté une anomalie : les juges, au lieu de faire respecter la loi, sont responsables de sa non-application. Il existe deux poids, deux mesures. La loi est appliquée aux policiers de manière presque automatique et massive, tandis que dans le cas des violations des droits, elle est appliquée au compte-goutte et en utilisant des astuces pour la retarder.

Avez-vous des calculs préliminaires?

Nous estimions que plus de 1 500 personnes pourraient bénéficier de cette loi, mais celle-ci n’a été appliquée que dans des dizaines de cas. Elle finira par s’appliquer à tout le monde, mais elle n’est pas viable si elle n’est pas mise en œuvre rapidement. L’exécutif et le législatif ne peuvent rester passifs face à un non-respect flagrant.

Selon vous, que peut faire Pedro Sánchez ?

Il existe des instruments qui dépendent directement du gouvernement, comme le parquet ou le ministère public. Il est anormal que le pouvoir judiciaire se rebelle contre une loi approuvée.

Abonnez-vous pour continuer la lecture