Il ne s’agit pas seulement d’avoir le pouvoir de fabriquer le cristal clé pour alimenter des processeurs de très haute capacité. Il s’agit également de pouvoir les intégrer dans des systèmes de communication et de détection des menaces, de traiter d’énormes flux de données et de signaux dans des temps de décision minimes, et ainsi de pouvoir faire fonctionner des radars au sol, des capteurs de chasseurs dans les airs, des guides de missiles lancés depuis la mer… C’est une image des besoins pour la défense du futur, pratiquement du présent, en réponse à laquelle les ministères de la Défense et de la Science et de l’Innovation tentent de promouvoir l’industrie ; et la dernière initiative d’Indra s’y inscrit.
L’entreprise technologique espagnole poursuit un projet qui porte le nom du composant essentiel de son propre nom industriel : GIGaNTE. Nous parlons ici de GaN, acronyme avec lequel chimistes et ingénieurs simplifient le nom du nitrure de gallium, un élément dont la maîtrise est l’objectif d’une des discrètes courses mondiales au réarmement. L’Espagne est l’un des neuf seuls pays capables de réaliser des développements avec cette technologie, aux côtés de l’Italie, de l’Allemagne, de la France, de la Corée du Sud, des États-Unis, de la Chine, de Taiwan et du Japon.
L’objectif est que l’Espagne ne dépende de personne pour fabriquer de nouveaux circuits électroniques de grande capacité, capables de traiter à une température plus élevée, avec une tension plus élevée et avec une bande passante plus grande, un flux d’informations de plus en plus important, principalement dans les antennes et les radars. Indra a rendu public ce lundi qu’elle travaille en alliance avec trois entreprises espagnoles dans GIGaNTE : l’usine d’éléments GaN SPARC Foundry, l’entreprise technologique Televes Corporación et l’entreprise d’électronique RBZ Robot Design.
Alliance
De l’usine SPARC, projet galicien né d’un groupe de scientifiques formés à l’Université de Vigo, Indra a récemment acquis 37% du capital, étant actuellement l’associé majoritaire d’une entreprise qui aspire à devenir la principale usine de puces et de semi-conducteurs photoniques et radiofréquences, largement applicables aux systèmes de défense dans divers domaines, y compris l’aérospatiale.
Envoi et réception de données dans un poste de commandement de l’Armée déployé en manœuvres. / Jésus des Rois/DECET
Indra connaît déjà les deux autres sociétés depuis longtemps. L’alliance, confirment des sources de l’entreprise technologique espagnole, est basée sur « la complémentarité technique qu’elle apporte », mais aussi sur la collaboration dans le cadre de l’un des projets stratégiques de relance et de transformation économique, le Perte CHIP.
En matière de défense, Televés s’engage dans une autre rupture technologique ambitieuse. Dans ce cas, il s’agit d’un projet européen. Il s’appelle ARROW et rassemble les technologies de neuf entreprises, dont deux de La Corogne, pour développer un navire de guerre autonome. Le drone marin prévu est un bateau rapide de 12 mètres, modèle hydroptère, un de ceux qui s’élèvent au-dessus de la surface et naviguent à plus de 45 nœuds sans à peine toucher l’eau sauf avec son gouvernail.
En 2028, le premier de ces drones naviguera dans les eaux frontalières. Parmi les entreprises européennes impliquées dans ARROW, les deux entreprises galiciennes participant au projet, Maxwell Applied Tech et D3 Applied Technologies, appartiennent à Televes Corporación.

La Défense tente de réduire la dépendance espagnole à l’égard de certains capteurs d’armes à l’étranger. Sur l’image, un soldat travaille avec le radar nord-américain AN MPQ de la batterie de missiles espagnole Patriot déployée à Adana (Türkiye) / ET
Pour la robotique RBZ, GIGaNTE est le premier projet ayant des implications en matière de défense. Il s’agit d’une entreprise spécialisée dans l’intégration de solutions électroniques dans d’autres appareils et dans leur fonctionnement dans des conditions très exigeantes. Parmi cette forte demande figure celle qui implique le travail électronique des systèmes anti-missiles, des radars et des systèmes de défense embarqués sur des plates-formes prêtes à agir sur le front.
Capacité critique
Il y a neuf millions d’euros disponibles pour GIGaNTE. Le souffle du CDTI est derrière. Le Centre de Développement Technologique et d’Innovation dispose d’un véhicule de subvention inclus dans l’appel MISIONES. La recherche de la souveraineté espagnole dans la fabrication de superprocesseurs y est soutenue.
Le GaN permet la transmission avec la lumière et, en termes de radiofréquence, il multiplie les performances de systèmes qui, au combat, doivent pouvoir acquérir beaucoup d’informations très rapidement, car c’est ce qui repose sur la création d’une « connaissance de la situation » pour les militaires et les machines dans des environnements très complexes. Les cristaux de nitrure de gallium sont à la base de ce nouveau pouvoir.
C’est un de ces projets qui rassemblent entreprises et scientifiques ; C’est pourquoi le GIGaNTE il y a aussi des universités. Il y a ceux de Salamanque et de Vigo, l’École Polytechnique de Madrid et le Centre Technologique des Télécommunications de Galice, GRADIANT. Sa contribution est la recherche sur les architectures GaN et l’intégration de circuits.
Puisque le GaN va transformer la puissance des armes et des capteurs militaires, en créant une nouvelle génération de systèmes, Indra considère cet élément comme faisant partie du « développement de capacités technologiques critiques de l’Espagne ». C’est ce que dit Joaquín Ponz, responsable du portefeuille et de l’innovation chez Indra Group. L’horizon du projet est « d’avancer vers des systèmes de radar, de guerre électronique et de communication beaucoup plus puissants, efficaces et fiables », a-t-il expliqué.