Un média aussi prestigieux que « The Economist » a récemment publié un rapport sur la génération des « baby-boomers » une fois arrivés à l’âge de la retraite. On dit que les personnes de plus de 55 ans constituent la « nouvelle génération problématique », car elles entretiennent les mauvaises habitudes de la jeunesse dans la vieillesse imminente qui les attend. Les mauvaises habitudes, en général, sont de boire, de se droguer, de ne pas faire grand-chose d’autre, d’avoir des relations sexuelles, de danser, de manger et donc, en général, d’échapper à la réalité. Il est évident qu’une affirmation aussi forte (celle de « génération problématique ») dépend beaucoup de la latitude où l’on vit et du fait de bénéficier ou non des avantages du premier monde.
Ils donnent l’exemple d’une communauté de « baby-boomers » qui vivent dans une sorte de « resort » où, en Floride et en Caroline du Sud, ils imitent le style de vie qu’un chanteur américain nommé Jimmy Buffett a décrit dans une chanson que je n’avais jamais entendue et qui, apparemment, est très célèbre. Elle s’appelle « Margaritaville » et est l’emblème d’un genre que les encyclopédies définissent comme « l’évasion insulaire ». Pour se comprendre : ne nous énervez pas, car ici, dans la retraite hédoniste, loin des inconforts et des misères du monde, il fait très bon vivre.
Il paraît que tous ces gens (de mon âge) boivent jusqu’à épuisement, multiplient par six le nombre moyen de maladies sexuellement transmissibles et sont dépendants des pilules contre la dysfonction érectile. S’ils ont atteint la soixantaine vivants (c’est-à-dire en couple), ils divorcent désormais (pas ceux de la communauté, mais les « baby-boomers » en général), ils s’inscrivent à des applications de rencontres pour hommes et femmes d’âge mûr et ils attendent l’arrivée de la maladie d’Alzheimer sans penser à la décrépitude. La vérité est que cette Margaritaville est terrifiante. C’est comme un de ces films de science-fiction où tout le monde vit heureux dans un quartier heureux, sans pleurs, sans chagrin et sans cervelle. Enlevé par une fiction. C’est peut-être une métaphore du monde dans lequel nous vivons. L’idée selon laquelle vivre dans une imitation insensée (et déshumanisée) de la réalité est une option plausible et souhaitable.