Olivier Keraval, directeur éditorial B-Sensory : « Je suis extrêmement surpris par la puissance de l’écriture féminine dans l’érotisme »

3 mois ago Sex High Tech 0

Dossier B-Sensory : chapitre 3

Olivier Keraval est directeur éditorial chez B-Sensory. C’est lui qui est en charge de sélectionner et adapter les textes érotiques proposés sur la plateforme. L’occasion de faire le point à la fois sur l’engouement pour la littérature érotique aujourd’hui, la différence entre l’écriture masculine et féminine et les critères de sélection pour être publié et connecté.

Sexhightech : Comment expliquez vous cette explosion de l’offre de textes érotiques sur internet ? C’est le syndrome « 50 Nuances de Grey », c’est la facilité pour tout le monde de s’auto-publier ?

Olivier Keraval : C’est en effet une conjoncture. Les maisons d’éditions voyant arriver “50 Nuances de Grey », 40 millions d’exemplaires vendus et la manne financière derrière ont bien compris qu’il y avait une demande. La personne qui aime écrire se dit qu’il y a une possibilité de gagner de l’argent. Le nombre de maisons d’éditions augmente, l’auto-publication n’a jamais été aussi simple, on peut le faire en quelques clics sur Amazon par exemple. Tout est devenu en effet beaucoup plus simple. Il ne faut pas oublier qu’au départ, « 50 Nuances de Grey » est du numérique. Sans oublier non plus la communication numérique qui est aussi très simple. Tous les auteurs sont sur les réseaux sociaux, ils se regroupent en communauté, pour partager les avis, leurs impressions sur les éditeurs, ils se soutiennent entre eux. Cela vaut pour tous les domaines de l’écriture, pas seulement pour l’érotisme.

Chez B-Sensory, vous proposez de la lecture augmentée. Comment se passe la sélection des textes ?

Notre exigence éditoriale s’est tournée vers des contenus courts avec une grande intensité érotique. On demande aux auteurs d’écrire au moins deux scènes érotiques par nouvelle. C’est le plus simple pour que nos lectrices qui ont un sextoy puissent profiter pleinement d’une expérience assez intense.

On a laissé pas mal de place à l’inspiration des auteurs pour voir comment ils allaient pouvoir créer et s’emparer du projet.

Par rapport à un texte classique qui ne serait pas connecté à un sextoy, on a des textes au final assez similaires. Cela signifie donc que mon travail est celui d’un éditeur érotique classique.

Olivier Keraval, directeur éditorial et Maud responsable communication et relation clientèle.

Quels sont vos critères de sélection ?

Je regarde la qualité de la narration et la qualité artistique. Il faut que ce soit dans un français correct et plus si possible. Il faut une histoire avec de l’imagination, des personnages crédibles. Ensuite, on est très large en terme de thématique, on essaie de ne pas proposer uniquement de la romance qui est la grande tendance actuelle. Par exemple on a plusieurs séries dont une de style punk qui se passe au XIXe siècle en France, on a de l’Héroïque Fantaisie et des choses plus actuelles. On essaie d’avoir une offre variée, avec une gamme de produits la plus vaste et ouverte possible.

Vous utilisez le terme érotique. Que veut il dire exactement ?

C’est un terme de prudence. L’érotisme est un genre particuliers et il est toujours difficile de se faire accepter comme éditeur. Donc pas question de parler de pornographie. Nous publions de la littérature érotique. Après, un texte peut être plus ou moins explicite tout en restant littéraire. On peut donc aller d’un texte très léger avec du sexe simplement suggéré jusqu’à des offres plus chaudes, voire hard, voire même BDSM. L’éventail est très large.

Au moment de la publication, on règle l’intensité de 1 à 5 donc la lectrice sait exactement ce qu’elle va trouver.

Le hard, ce sont les mots ou les situations ?

Ca peut être les deux. On a des textes qui sont très directs, comme un bon vieux film porno où le réalisateur ne cherche pas à découper l’histoire.

Ce qui m’intéresse, c’est d’avantage de développer l’histoire mais j’ai conscience qu’il faut des textes avec une efficacité maximum donc nous avons aussi des choses très crues.

Il y a une idée qui prétend que les femmes seraient plus attirées par les mots, les suggestions et les hommes par les images directes…

L’écrit peut être très supérieur aux images en créant des situations où tout est dans la suggestion et la sensibilité. On n’a pas l’impression que l’érotisme soit décrit pourtant il est bien présent. C’est toute la qualité des grands auteurs d’avoir cette capacité d’amener le lecteur dans des états d’excitation que d’autres ne pourraient pas créer.

Ensuite il est très difficile de répondre à la question. On ne peut pas généraliser ainsi mais une chose est certaine, il y a de plus en plus de femmes qui écrivent des textes érotiques. Je suis extrêmement surpris de la puissance de l’écriture féminine dans l’érotisme. Cela peut être parfois incroyablement violent quand certains hommes n’arrivent pas à atteindre cette capacité à être cru. Les femmes s’adressent à un public multi-sexe qui peut être très déviant, très violent quand les hommes ont plus de mal à se livrer aussi spontanément.

On dit souvent qu’une bande de copines qui se retrouve parle de sexe à bâtons rompus quand les hommes ont de la peine à aborder le sujet.

Les femmes ont une capacité à exprimer une sexualité débridée, ouverte, multi-amour, pluri-amour voire BDSM, des choses dures dans des contextes violents. On sent qu’elles ont besoin de libérer des années, voire des siècles de frustration. On peut y voir un combat féminin derrière. Et je le retrouve actuellement dans les textes que je reçois.

Vous avez vos auteurs « maison », quelle relation entretenez vous avec les maisons d’éditions historiques? 

On travaille avec elles depuis le départ. Par exemple, La Musardine nous a soutenu au moment de notre campagne de crowdfunding. Nous évoluons dans un écosystème commun ou B-Sensory est uniquement dans l’édition numérique. Peut être que le jour ou nous passerons à l’édition papier, les relations seront différentes. Mais nous sommes un peu en marge parce que nous connectons les textes à un sextoy. On est un peu un OVNI dans l’univers de l’édition, c’est quelque chose qui interpelle. Mais surtout, ils n’ont rien à perdre à nous confier leurs textes pour qu’ils soient connectés au little bird.

 

Les différents chapitres du dossier B-Sensory

1°) B-Sensory, une reférence dans la sextech
2°) Christel Le Coq : Offrir un kiosque de littérature érotique
3°) Olivier Keraval : La puissance de l’écriture féminine
4°) Viviane Faure : Mettre en scène le plaisir féminin
5°) Léon de Griffes : Une belle imagination pour des histoires tordues
6°) Candice Solère : Détourner chaque chose en objet érotique
7°) Anthony Elliott : Les femmes sont plus exigentes
8°) Gaëlle : Little Bird, une forme d’introspection

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