Meta et TikTok ont convenu avec l’Union européenne de renforcer la vérification des contenus liés aux passages frontaliers vers l’Espagne, après l’entrée massive enregistrée du Maroc à Ceuta et la diffusion de faux messages encourageant les migrants potentiels à tenter d’atteindre le territoire espagnol.
La vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, Henna Virkkunen, a expliqué que les deux plateformes ont activé leurs protocoles de crise et établi un « mécanisme ad hoc d’escalade et de coopération avec les vérificateurs ». L’objectif est de détecter et de réagir plus rapidement aux fausses informations susceptibles d’être utilisées par les réseaux criminels pour favoriser de nouvelles tentatives d’entrée.
L’accord va au-delà de la modération ordinaire. Meta et TikTok ont mis en place une procédure de crise spécifique afin que certains contenus puissent être rapidement remontés vers les équipes de vérification lorsqu’il existe un risque que la désinformation contribue à de nouveaux mouvements migratoires dangereux.
La Commission européenne a également indiqué que les plateformes se sont engagées à interdire les contenus liés au trafic illicite d’êtres humains. Bruxelles précise toutefois que la décision de bloquer ou de réduire la visibilité des publications appartient aux entreprises elles-mêmes. La Commission ne leur ordonne pas d’éliminer certains contenus, mais entretient plutôt un dialogue avec eux afin qu’ils agissent conformément à leurs responsabilités.
L’armée et la police nationale gardent le commissariat de la police nationale de Ceuta où viennent se joindre des dizaines de mineurs ce lundi. / Gabriela Sardá Núñez / Europa Press
L’Exécutif communautaire et Europol entretiennent des contacts quotidiens avec Meta et TikTok pour suivre l’évolution de la situation, comme l’explique Virkkunen.
Cette décision représente une nouvelle étape par rapport aux négociations entamées la semaine dernière. Le 7 août, la Commission européenne a rencontré Meta et TikTok pour exiger une réponse plus ferme à la désinformation liée à la crise de Ceuta et renforcer la collaboration avec des vérificateurs indépendants.
Bruxelles s’est alors concentrée sur l’utilisation de plateformes pour diffuser des messages sur la prétendue facilité du passage des frontières et sur le risque que ce type de contenus encourage de nouvelles concentrations.
Virkkunen s’est également entretenu avec le ministre de la Transformation numérique et de la Fonction publique, Óscar López, des mesures visant à empêcher les nouveaux passages encouragés par de fausses informations et à réduire le risque de nouvelles victimes.
L’inquiétude européenne vise surtout à empêcher les réseaux dédiés au trafic d’êtres humains d’utiliser les réseaux sociaux comme outil de recrutement, en diffusant des messages présentant certains itinéraires comme sûrs ou prétendant faussement que les contrôles aux frontières ont disparu.
Le rôle des réseaux sociaux ne se limite pas à ce qui s’est passé lors de l’entrée massive fin juillet. Le gouvernement de Ceuta a déjà mis en garde contre un nouvel appel diffusé sur des plateformes telles que TikTok et WhatsApp pour tenter une autre traversée collective depuis le Maroc le 15 août.
Les messages, transmis aux autorités compétentes, placent Castillejos —Fnideq—, une ville marocaine située à côté de la frontière, comme point de rendez-vous, et invitent les gens à rejoindre les groupes de messagerie créés pour coordonner la tentative.
Des plateformes comme intervenants à migrer
L’inquiétude répond au précédent immédiat. Avant les événements des 30 et 31 juillet, circulaient également des vidéos et des publications présentant la frontière de Ceuta comme accessible ou diffusant des informations trompeuses sur les possibilités d’entrée en Espagne. Les plateformes sont ainsi devenues un canal pour amplifier les appels, échanger des informations sur les itinéraires et concentrer les participants potentiels en certains points de la frontière.
Ce n’est pas un phénomène nouveau. En 2024, un appel à tenter une entrée collective à Ceuta le 15 septembre s’était déjà répandu sur les réseaux sociaux, provoquant un rassemblement de centaines de personnes aux abords de la frontière. La coordination des autorités espagnoles et marocaines a alors empêché que cela débouche sur une entrée massive.
Le nouvel appel du 15 août renforce désormais l’inquiétude de Bruxelles et des autorités espagnoles quant à l’utilisation des plateformes comme outil de mobilisation. C’est précisément dans ce contexte que Meta et TikTok ont convenu de renforcer la vérification des contenus lors des passages vers l’Espagne, en accordant une attention particulière aux fausses informations qui pourraient être utilisées par les réseaux criminels pour encourager les personnes à entreprendre des voyages dangereux.