« Notre application européenne de vérification de l’âge est techniquement prête et sera bientôt disponible pour les citoyens », a annoncé la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lors d’une apparition dans les médias, sans préciser si ou quand son utilisation sera obligatoire.
De nombreux gouvernements de l’Union européenne font pression depuis des mois sur Bruxelles pour qu’elle prenne des mesures pour protéger les mineurs sur Internet. Des pays comme l’Autriche, le Danemark, la Grèce, la Pologne, la Slovénie et l’Espagne ont annoncé des restrictions sur l’accès aux réseaux sociaux pour les adolescents et les enfants. Le Portugal, l’Allemagne et l’Italie les ont déjà rendus efficaces et la France est très proche.
« Il est de notre devoir de protéger nos enfants dans le monde numérique, tout comme dans le monde physique », a déclaré Von der Leyen, qui a cité comme principaux risques la cyberintimidation ou l’accès à des contenus préjudiciables, voire illégaux. « Pour y parvenir efficacement, nous avons besoin d’une approche européenne harmonisée », a déclaré le président.
Il est de notre devoir de protéger nos enfants dans le monde numérique, tout comme nous le faisons dans le monde physique.
Un certificat numérique privé ?
L’application fonctionnera comme un certificat numérique qui confirmera l’identité – et donc l’âge – de l’utilisateur lors de l’accès à n’importe quel service en ligne. Pour ce faire, il doit au préalable être validé avec une pièce d’identité ou un passeport. Il sera disponible sur téléphones mobiles, ordinateurs et tablettes. De plus, son code sera public afin que d’autres pays et tiers tels que les plateformes de médias sociaux puissent l’adopter.
Von der Leyen a réitéré que la solution européenne respectera « les normes de confidentialité les plus élevées » et n’exposera aucun type d’informations personnelles. Pour ce faire, il utilisera une technologie basée sur des techniques cryptographiques appelées Preuve de connaissance zéro —dans lequel un tiers confirme la véracité de la déclaration—pour vérifier l’identité de manière anonyme, respectant ainsi la réglementation sur la protection des données.
Des sources communautaires ont expliqué que la seule information enregistrée dans l’application est la confirmation que l’utilisateur a l’âge minimum pour accéder à une certaine plateforme. Informations qui seraient également supprimées si l’utilisateur décide de supprimer les cookies. Néanmoins, la vérification de l’âge en ligne suscite des inquiétudes parmi les organisations de défense des droits numériques telles que l’Electronic Frontier Foundation, qui a averti que « les systèmes de vérification de l’âge sont, par essence, des systèmes de surveillance ».
Application comme dans Covid
La Commission a indiqué que son application « innovante » sera similaire à celle qu’elle a lancée pendant la pandémie de covid pour créer un certificat de vaccination numérique. Bien qu’il ait été reconnu par plus de 70 pays et qu’il ait permis de voyager sur quatre continents, son adoption et son impact ont été limités. La solution adoptée en Espagne, RadarCovid, a atteint une couverture de 20 % de son utilisation potentielle totale, un peu comme ce qui s’est passé dans d’autres pays. Par ailleurs, plusieurs experts avaient alors prévenu que ces applications mobiles n’avaient pas une responsabilité exhaustive.
Un sommet numérique
Jeudi prochain, le président français Emmanuel Macron a convoqué un sommet virtuel précisément pour coordonner l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux pour les mineurs. Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a confirmé sa participation. Également Von der Leyen elle-même, ainsi que des représentants d’Italie, des Pays-Bas et d’Irlande.
La France, avec le Danemark, la Grèce, l’Italie, Chypre, l’Irlande ou encore l’Espagne, sera le premier pays à intégrer l’application de vérification de l’âge dans ses portefeuilles numériques. « J’espère que davantage d’États membres et du secteur privé suivront leur exemple afin que bientôt tous les citoyens puissent l’utiliser », a déclaré le président, qui n’a pas précisé si et quand son utilisation sera obligatoire dans l’UE.
Des sources communautaires ont assuré que l’objectif est en tout cas que tous les pays appliquent le même système. Concernant les réseaux sociaux, Bruxelles a toutefois créé un panel d’experts pour évaluer la situation. « Nous avons besoin d’un rapport », soulignent les mêmes sources. Sur la base de ce rapport, l’Exécutif décidera si une législation est nécessaire ou non.
Législation européenne
Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission pour la souveraineté technologique, a rappelé que l’Exécutif avait déterminé en mars dernier que plusieurs plateformes de contenus pornographiques, Pornhub, Stripchat, XNXX et XVideos, ne disposaient pas d’un système adéquat pour vérifier l’âge des utilisateurs, comme l’exige la législation européenne. « Comme les plateformes ne disposent pas d’outils adéquats pour vérifier l’âge, nous avons trouvé la solution nous-mêmes », a déclaré Virkkunen.
Au-delà de l’âge, la Commission prend des mesures dans d’autres domaines pour protéger les enfants et les adolescents sur Internet. En février, par exemple, Bruxelles a exigé que TikTok change son design « addictif ». L’UE, a déclaré Virkkunen, « ne tolérera pas que les plateformes gagnent de l’argent aux dépens de nos enfants », ajoutant qu’elle « ne fera aucune concession en matière de bien-être » des mineurs.
Par ailleurs, en février dernier, l’Exécutif communautaire a également présenté une stratégie contre le cyberharcèlement, dont un adolescent sur six est victime, selon les chiffres de la Commission elle-même. L’objectif de la stratégie est de promouvoir la sensibilisation, la prévention et la lutte contre le harcèlement auprès des enfants, des enseignants, des parents et des professionnels de la santé mentale.