L’Italie a arrêté trois personnes et en a renvoyé 21 autres vers l’Espagne depuis que les contrôles sur les passagers en provenance des ports et aéroports espagnols sont entrés en vigueur en raison de la crise migratoire à Ceuta. Ces chiffres ont été confirmés par le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, lors d’une apparition ce jeudi au Parlement et avec lesquels il a tenté de justifier la décision de son gouvernement, qui a provoqué des frictions dans les relations bilatérales et l’imposition de mesures réciproques de la part de l’Espagne.
« Ce qui s’est passé à Ceuta ne peut pas être considéré comme quelque chose qui ne nous concerne pas. Chaque entrée irrégulière par ces côtes représente une vulnérabilité pour tout l’espace Schengen, qui transfère le risque directement à l’intérieur de notre Maison commune », a assuré Piantedosi. Le gouvernement d’extrême droite Giorgia Meloni estime que, malgré le fait que la grande majorité des personnes entrées irrégulièrement dans l’enclave espagnole ont été renvoyées au Maroc, il reste un risque élevé pour la sécurité nationale de l’Italie.
Entrée de masse
« Les autorités espagnoles elles-mêmes, dans les jours qui ont immédiatement suivi le déclenchement de la crise, ont indiqué dans des sources ouvertes la possibilité d’une nouvelle tentative d’entrée massive pour le 15 août prochain, une circonstance qui confirme pleinement la persistance de l’alerte », a déclaré le ministre italien, qui a exclu la levée des contrôles avant cette date, comme l’a annoncé la semaine dernière le gouvernement du pays transalpin malgré l’ultimatum lancé par l’Espagne.
L’exécutif italien affirme que certaines régions du Maroc, dont celles proches de Ceuta, ont historiquement fait l’objet de « recrutement et de radicalisation » de la part des jihadistes et a rappelé qu’il reste quelque 6 000 immigrés à Ceuta (5 000, selon les autorités espagnoles). Quelque chose qui, selon lui, justifie le maintien des contrôles malgré le fait que l’enclave espagnole dispose déjà d’un régime spécifique au sein de l’espace Schengen qui établit des contrôles d’identité aux départs vers la péninsule.
Mesure « proportionnée »
Le ministre Piantedosi a insisté sur le fait que ces contrôles aux frontières intérieures de l’UE étaient conformes à la loi et a rappelé qu’ils ont été imposés « des centaines de fois » par des pays européens, dont l’Espagne, qui aurait eu recours à ce mécanisme « entre 21 et 22 fois ». L’Exécutif Meloni a nié que la mesure soit « une simple spéculation politique » contre l’Espagne et a souligné que le seul objectif est la « protection de la sécurité nationale ».
Au contraire, l’Italie considère que la décision du gouvernement espagnol d’appliquer les mêmes contrôles aux voyageurs en provenance du pays transalpin répond à « une logique substantielle et exclusivement de représailles qui contraste avec la raison d’être même » du principe européen de solidarité. Cependant, Piantedosi a rappelé que les contrôles de passeports concernent exclusivement les citoyens de pays tiers et n’affectent pas le flux touristique, à une époque d’afflux maximum de visiteurs.