En février dernier l’incubateur marseillais Belle de Mai organisait une conférence intitulée « La sextech à l’heure de la blockchain ». Si cette conférence n’a pas eu le succès qu’on aurait pu espérer, elle a pourtant été riche d’enseignements sur la manière dont l'industrie du sexe est perçue aujourd’hui, à la fois par le grand public mais aussi par des professionnels.

Vu le nombre d’articles que l’on peut lire sur la sextech et l’industrie du sexe, les nouvelles technologies de l’intime, le développement des sextoys, des poupées et autres robots sexuels, l’annonce d’une conférence intitulée «La sextech à l’heure de la blockchain» laissait présager le meilleur dont une réflexion sur le futur de l’industrie du sexe, son développement, son financement par les cryptomonnaies et la sécurisation des données. Tout cela avait un agréable parfum.

Comme l’explique Manon, Community manager et organisatrice d’événements à Belle de Mai, «Tous les ans, nous recherchons une thématique en rapport avec les nouvelles technologies. La sextech est dans l’actualité, elle nous est apparue comme un bon thème.»

l'industrie du sexe en perspective

Mais à l’arrivée, c’est un tout autre constat qui a été fait. Les organisateur ont été confrontés à des difficultés pour mettre en place la conférence, que l’on pourrait résumer simplement : Problèmes de compréhension et d’association d’image.

Christelle Le Coq, fondatrice de la société B.Sensory et intervenante à la conférence, résume parfaitement cette situation « …dès qu’on parle de sextech, on est tout de suite catalogué dans la pornographie. Du coup l’égo masculin opérant, les hommes ne veulent pas être associés à ce sujet. » Ce que confirme l′organisatrice de cette conférence, « …beaucoup de personnes se disaient très intéressées mais elles se sont désistées, pour ne pas être associées ou simplement vues à notre conférence. De plus quand on dit sextech, beaucoup de personnes entendent sextape, pensant qu’on va tourner un film porno. »

Mais à l’arrivée, c’est un tout autre constat qui a été fait. Les organisateur ont été confrontés à des difficultés pour mettre en place la conférence, que l’on pourrait résumer simplement : Problèmes de compréhension et d’association d’image.

Christelle Le Coq, fondatrice de la société B.Sensory et intervenante à la conférence, résume parfaitement cette situation « …dès qu’on parle de sextech, on est tout de suite catalogué dans la pornographie. Du coup l’égo masculin opérant, les hommes ne veulent pas être associés à ce sujet. » Ce que confirme l′organisatrice de cette conférence, « …beaucoup de personnes se disaient très intéressées mais elles se sont désistées, pour ne pas être associées ou simplement vues à notre conférence. De plus quand on dit sextech, beaucoup de personnes entendent sextape, pensant qu’on va tourner un film porno. »

L′industrie du sexe fait elle peur ?

Cette forme de machisme a aussi eu pour effet que les intervenants étaient tous des… intervenantes. Comme si seules les femmes étaient concernées par les questions de sexualité. « On nous a reproché de n’avoir que des intervenantes femmes » reconnaît Manon « mais c’est simplement parce que ce sont les seules qui ont accepté de venir en parler publiquement. A priori les femmes ont plus envie d’en parler et de se lancer dans ce marché que les hommes. »

Au final, plutôt que penser avenir, beaucoup d’intervenantes venues parler de leur projet, ont abordé les difficultés auxquelles doit faire face l’industrie du sexe. Les investisseurs qui refusent de s’impliquer parce que c’est politiquement incorrect.  Avec des commentaires du genre : « Si je m’associe à votre idée, c’est mon entreprise qui va en pâtir. » ou encore « Si ma femme apprend que je m’associe à votre projet, elle risque de mettre mes valises devant la porte. »

Parler de l'industrie du sexe

De gauche à droite : Morgan Dinkel, Christel Le Cocq, Manoel Deligny, Julia Santi, Iris de Villars, Tatiana Escobar. Photo : © Belle de Mai

Comme certaines intervenantes l’ont fait remarqué, le milieu est resté très macho. La notion de sextech est apparue très récemment. Avant, l’industrie du sexe était dominée par les hommes mais avec l’émergence de la sextech, les femmes s’impliquent beaucoup plus, poussant les hommes à se réfugier derrière des réactions du type « Etant un homme, je ne peux pas tester vos produits pour savoir s’ils sont bons, donc je ne peux pas vous financer. » Une mauvaise foi qui en dit long sur les préjugés dont est toujours victime l′industrie du sexe.

La sextech, c’est bien la manifestation de la prise du pouvoir par les femmes. Comme une sorte de mouvement de libération passant par l’entreprenariat. En s’impliquant, les femmes ont également apporté une approche différente dans la création d’un produit. Dans le passé, les hommes produisaient un article, puis demandaient aux femmes de le tester. Mais le produit était déjà sur le marché. Aujourd’hui, les femmes entrepreneures commencent par faire des tests et s’ils sont positifs, l’objet est produit et mis en vente.

« En matière de santé, l’industrie du sexe est plus rapide que la médecine »

On l’aura compris, les tabous ont la vie dure en France. Durant cette conférence sur la sextech, il était particulièrement intéressant d’écouter Tatiana Escobar, originaire du Venezuela. Installée aujourd’hui à Londres, elle développe avec sa société Elvie, un dispositif de santé sexuelle destiné à la rééducation du planché pelvien. « Dans mon pays, quand on fait l’amour, le meilleur moment c’est quand on le raconte après, avec ses ami(e)s. Mais quand je suis arrivée en Espagne, il était impossible d’en parler, que ce soit publiquement ou en privé. » raconte Tatiana Escobar. Mais qu′importe les tabous et les préjugés, elle veut travailler sur son projets et consacre trois années à le développer avoir de pouvoir ouvrir le premier magasin de sextoys en Espagne.

Pour cette entrepreneure, l’Espagne est comme la France, on parle d’amour, de passion, mais cela ne s′imagine pas dans le marché ou le monde de l’entreprise. Pourtant « Au sein de la femtech, il y a aussi la sextech. On parle toujours de féminin et de santé, mais on oublie toujours que la santé de l’être humain passe aussi par le plaisir ou le bien-être sexuel parce que c’est de l’humain. » Elvie a pu être financé parce qu’il était destiné à être vendu dans les pharmacies, soutenu par des médecins, destinés aux femmes pour leur santé sexuelle. Pas de notion de sextech et surtout toute notion de plaisir a été totalement gommée pour ne parler que de santé. Tatiana Escobar rappelait, néanmoins un point important. « L’industrie du sexe est finalement plus rapide que la médecine, voire plus rapide que tout pour innover, et cela touche le monde entier. »

De son côté Iris de Villars, cofondatrice de 42Entrepreneurs et cofondatrice de La LoveTech expliquait que « Les sextoys, les robots, la réalité virtuelle et augmentée, cela ne sera peut-être pas une généralité. C’est ce qui se développe actuellement mais on ignore si c’est un marché qui va impacter la vie de tout le monde, si tout le monde aimera le cybersex plus tard. Une chose est certaine, à un moment ou un autre, chaque personne touchera de près ou de loin un domaine de la sextech. » Et de faire la transition avec la blockchain, le deuxième aspect de cette conférence. « La blockchain pourrait participer au financement de la sextech parce qu’il est difficile, voire impossible d’avoir un compte en banque quand on monte une entreprise dans le domaine de la sexualité. Pour ces organismes, ce n’est pas sécurisant d’avoir le mot sexe dans l’intitulé d’une entreprise ou dans son activité. Avec la blockchain, liée aux cryptomonnaies, ce serait ou ce sera plus simple pour financer la sextech. » concluait Iris de Villars.

l'industrie du sexe en dessin

L’humoriste Laurent Boghossian a illustré en temps réel sa vision et compréhension de  la conférence

La blockchain est une technologie qui permet de sécuriser des données et qu’il est pratiquement impossible de violer. C’est utilisé pour le moment essentiellement pour les cryptomonnaies. Le but de la conférence était aussi de se demander, pour protéger les utilisateurs, leurs données et leur anonymat, pourquoi ne pas adapter la blockchain à la sextech. On a vu récemment plusieurs affaires de données piratées à partir de sextoys qui ont montré le besoin de protéger les utilisateurs. Beaucoup de consommateurs n’achetant pas ou ne s’inscrivant pas sur des sites internet, de peur de voir leurs données piratées.

Le plus ironique dans l’histoire est que blockchain et sextech ont, certes pour des raisons différentes, la même mauvaise réputation auprès du grand public. Des aprioris, des préjugés qui pourraient rapprocher les deux secteurs, favorisant ainsi leur expansion. L’industrie du sexe a, par exemple, largement participé à la généralisation du paiement en ligne, avec la blockchain et les cryptomonnaies, ce ne serait qu’une suite logique.

On ne peut pas présager de l’avenir et de ce que sera le mariage sextech et blockchain, mais pour toutes les femmes et les hommes (il y en a) travaillant dans la sextech et l′industrie du sexe en général, il reste à faire un énorme travail d’information et d’éducation auprès des consommateurs. Une petite déception pour ces entrepreneurs dont nombre d’entre eux pensaient qu’en 2018, ils pourraient consacrer toute leur énergie à la conception et la diffusion de produits destinés au bien-être sexuel et à l’épanouissement des personnes.

Plus que jamais l’appel lancé par Laetitia Vitaux et Nicolas Colin, les créateurs de l’incubateur « The Family » sous le titre « We want more Sex (Startups) » a besoin d’être entendu et partager au près du grand public pour apporter maintenant tout son soutien à la sextech.

Photos : © Belle de Mai

Conclusion

On pouvait penser qu’aujourd’hui, les préjugés envers l’industrie du sexe auraient diminuer surtout avec l’engagement des femmes dans la sextech. Les femmes qui s’impliquent de plus en plus dans la fabrication de sextoys et tout ce qui concerne la santé sexuelle. Mais la réalité est toute autre. L’industrie du sexe est toujours victime de préjugés comme l’a montré cette conférence à l’Incubateur Belle de Mai. Les participantes ont évoqué la réalité d’une industrie qui va des sextoys aux robots sexuels en passant par une nouvelle approche du porno toujours victime de sa mauvaise réputation et des préjugés inhérents.
De nombreux exemples français et étranges de femmes dont l’engagement dans la sextech n’est plus à démontrer sont venues témoigner des préjugés toujours très fort sur tout ce qui touche au sexe de près ou de loin.
Les hommes ont peur de s’impliquer dans l'industrie du sexe de plus en plus dominée par les femmes. A tel point que peu d’entre eux veulent communiquer ou parler de sexe. Comme effrayés de perdre le contrôle d’une industrie auparavant florissante mais totalement sous leur contrôle. On a découvert quelle était la différence maintenant avec les femmes et leur engagement dans le sexe, des produits pensés et testés pour et par les femmes avant d’être mis sur le marché.
Au final, la sextech gagnera grâce aux femmes et à leur engagement dans l'industrie du sexe et tout ce qui touche au sexe, parce qu’elles veulent de plus en plus être les décideuses de leur sexualité.

2 Comments
Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.