Aucune entreprise n’éveille autant de suspicion à Bruxelles que Huawei. Depuis 2020, la Commission européenne s’entête à accuser le géant chinois des télécommunications de présenter un « risque élevé » pour la cybersécurité et à demander aux 27 d’exclure sa technologie de leurs réseaux 5G. Certains pays l’ont fait. Cependant, l’Espagne mène l’opposition aux recommandations qui pourraient bientôt devenir une obligation qui mettrait à rude épreuve les relations déjà complexes avec la Chine.
Prise dans une guerre commerciale et technologique entre les États-Unis et le géant asiatique, l’Union européenne tente de pivoter pour trouver sa place. Cependant, les différents intérêts nationaux qui résident au sein du club communautaire rendent le consensus difficile. Cela explique la division interne autour de la polémique avec Huawei, accusé d’être un cheval de Troie au service du régime de Xi Jinping. La société a nié à plusieurs reprises cette qualification.
Aujourd’hui, l’exécutif communautaire présidé par Ursula von der Leyen cherche à recoudre cette blessure en révisant la loi sur la cybersécurité afin d’y inclure les risques d’influence de nations étrangères qui placeraient Pékin dans la cible et ouvriraient la porte aux avertissements de la Commission pour qu’ils soient juridiquement contraignants dans toute l’UE.
La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen. / Archive
Opposition au veto
Aucun grand pays européen ne présente actuellement une plus grande harmonie avec la Chine que l’Espagne. Le gouvernement de Pedro Sánchez a intensifié ses démarches auprès de Pékin, ouvrant de plus en plus les portes de son pays aux investissements chinois. Actuellement, le pays dispose de deux contrats publics qui incluent indirectement du matériel de l’entreprise Szhenzen, l’un d’eux en Catalogne. Un troisième, d’une valeur de 10 millions d’euros et attribué à Telefónica, a été révoqué l’été dernier en raison de « critères de souveraineté espagnole ».
L’Espagne n’est pas le seul pays à préconiser que ce soit les États membres qui décident de leur infrastructure et si un fournisseur comme Huawei ou le également chinois ZTE présente des risques. Selon BloombergL’Allemagne co-dirige cette opposition aux intentions de Bruxelles, malgré des désaccords au sein de la coalition dirigée par le chancelier Friedrich Merz. Berlin a néanmoins accepté en 2024 d’exclure les composants critiques des deux marques du cœur de ses réseaux 5G avant la fin de l’année et des autres réseaux d’accès et de transport avant la fin 2029.
D’autres États membres ignorent les recommandations de la Commission : seuls 13 des 27 ont pris des mesures en ce sens, selon des sources communautaires citées par Poste du matin de la Chine du Sud. Parmi eux, la Hongrie. Ce refus peut être dû à diverses raisons, notamment économiques. Et pour remplacer les composants Huawei, les opérateurs de téléphonie mobile devront consacrer un investissement compris entre 3 400 et 4 300 millions d’euros au cours des trois prochaines années, selon les calculs de Bruxelles.
Disponibilité des vetos
Certains pays ont pris des mesures explicites pour interdire l’utilisation de la technologie Huawei. C’est le cas de la Suède, déjà en 2020, ou de la Roumanie et de l’Estonie, qui ont introduit des modifications dans leur législation nationale en 2021. D’autres, comme la France, la Lituanie ou le Portugal, ont appliqué des restrictions moins directes qui peuvent produire le même effet, en établissant des licences ou des conditions qui, en pratique, obligent le retrait progressif des composants de l’entreprise chinoise. L’Italie n’a pas institué d’interdiction générale, mais se réserve un droit de veto au cas par cas. La Finlande a l’intention d’étendre prochainement le veto réduit qu’elle a adopté il y a cinq ans.
Les partisans d’une interdiction générale ont des raisons d’être optimistes. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a jugé en mars que la Commission pouvait contourner les États membres pour adopter une telle interdiction sans avoir à indemniser les opérateurs de télécommunications pour le coût de remplacement des équipements Huawei.