Les Espagnols passent de plus en plus de temps devant les écrans. Selon un rapport publié par la Fondation Gasol, les jeunes ont augmenté leur exposition aux téléphones portables, ordinateurs et tablettes ces dernières années (de 2022 à 2025) : au total, ils passent désormais « 25 jours pleins supplémentaires par an devant un écran ».
De plus, cette dépendance aux écrans, implantée dans la société depuis des années, est liée à la dégradation d’autres habitudes liées à la santé : moins d’activité physique, une alimentation moins saine et moins de sommeil.
Mais le problème ne se limite pas au temps passé devant un écran. Une part de plus en plus importante de ce temps est consacrée aux réseaux sociaux, et la communauté scientifique étudie depuis des années les conséquences possibles d’une forte consommation sur la santé mentale.
11 ans de recherche
Désormais, une nouvelle recherche, publiée le 22 août 2026 dans la revue scientifique « NPJ Mental Health Research », s’est concentrée sur un chiffre précis. L’étude a analysé les données de 183 000 adultes âgés de 18 à 70 ans provenant de 11 enquêtes menées aux États-Unis entre 2014 et 2024. L’objectif était de vérifier si la relation entre l’utilisation des réseaux sociaux et la dépression restait cohérente dans le temps.
Les résultats montrent que la contribution de l’utilisation des médias sociaux à la classification de la dépression est passée de neutre à positive environ après 150 minutes par jour, soit 2,5 heures. Cette tendance s’est répétée dans les différents ensembles de données correspondant aux 11 années analysées.
Ce résultat est particulièrement pertinent car il ne provient pas d’une seule photographie de la population, mais de données collectées sur plus d’une décennie et auprès d’un large échantillon. Les auteurs considèrent que les résultats montrent une association stable entre une plus grande utilisation des réseaux sociaux et la dépression.
Pour chaque heure, 13% de plus
Cette étude coïncide avec des recherches antérieures, notamment auprès de la population adolescente. Une méta-analyse publiée en 2022 a regroupé 26 études totalisant 55 340 participants. Les chercheurs ont découvert que plus de temps passé sur les réseaux sociaux était associé à une plus grande probabilité de ressentir des symptômes dépressifs. L’analyse a établi que chaque heure supplémentaire d’utilisation était associée à une augmentation de 13 % du risque de symptômes dépressifs chez les adolescents.
La relation présentait également des différences selon le sexe. L’effet observé était plus fort chez les adolescentes, bien qu’il soit également significatif chez les garçons.
Toutefois, les scientifiques soulignent que le temps n’est pas le seul facteur à prendre en compte. La motivation à utiliser les plateformes, les contenus consommés, la manière d’interagir et le contexte dans lequel les réseaux sont utilisés peuvent également modifier leurs effets.
Troubles du sommeil
La relation entre les réseaux sociaux et la santé mentale ne se limite pas à la dépression. Une revue systématique publiée en 2024 a analysé 6 108 articles avec un total de 1 169 396 participants. Les résultats ont révélé des associations statistiquement significatives entre l’utilisation des réseaux et l’anxiété, mais aussi avec les problèmes de sommeil.
Le repos est précisément un autre domaine dans lequel la science a trouvé des associations avec l’utilisation des réseaux sociaux. Une étude portant sur 2 354 jeunes adultes a examiné la relation entre les expériences positives et négatives sur les réseaux sociaux et les troubles du sommeil. Les participants avaient un âge médian de 27 ans et utilisaient les réseaux en moyenne 2,5 heures par jour.
Les chercheurs ont observé que ceux qui rapportaient des niveaux élevés d’expériences négatives sur les réseaux étaient 49 % plus susceptibles d’avoir des niveaux élevés de troubles du sommeil, même après avoir pris en compte le volume d’heures d’utilisation des plateformes.
Un garçon regarde son téléphone portable dans son lit. / Archive
Le résultat est particulièrement intéressant car il suggère que le temps qu’une personne passe connectée est non seulement important, mais aussi ce qu’elle vit pendant ce temps. Les interactions négatives peuvent avoir un effet différent des expériences positives ou neutres.
Utilisation problématique des réseaux
Les préoccupations concernant l’utilisation des réseaux sociaux sont particulièrement pertinentes chez les adolescents. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a analysé les habitudes numériques de près de 280 000 jeunes de 44 pays et régions différents.
Les résultats publiés en 2024 ont montré que le pourcentage d’adolescents présentant des signes d’utilisation problématique des médias sociaux est passé de 7 % en 2018 à 11 % en 2022. Ce chiffre atteint 13 % chez les filles et 9 % chez les garçons.
L’OMS considère la consommation problématique comme un schéma caractérisé par des difficultés à contrôler la consommation, un inconfort lorsque les plateformes ne peuvent pas être utilisées, un abandon d’autres activités pour rester connecté et des conséquences négatives dans la vie quotidienne.
C’est une relation à double sens
Malgré toutes ces données, la communauté scientifique insiste sur le fait que ce serait une erreur de réduire le problème à une simple question d’heures. L’OMS elle-même prévient que la relation entre technologie et santé mentale est bidirectionnelle : une plus grande utilisation des réseaux peut coïncider avec une détérioration de la santé mentale, mais les personnes qui ont déjà des problèmes psychologiques peuvent également recourir plus fréquemment aux plateformes numériques.
Le chiffre de 2,5 heures sert donc de signal d’alarme dans une recherche qui remet sur la table une question de plus en plus étudiée : le problème n’est pas seulement d’avoir des réseaux sociaux, mais aussi lorsque leur utilisation commence à prendre trop de place dans la vie quotidienne et est liée à un pire bien-être psychologique.