Dans une société marquée par l’hyperconnectivité, trouver des moments de silence est de plus en plus difficile. Les écrans accompagnent une bonne partie de la journée, les réseaux sociaux génèrent un flux constant d’informations et les notifications interrompent la routine à tout moment de la journée.
Dans ce contexte, passer quelques minutes – voire quelques secondes – sans stimuli extérieurs peut devenir un grand défi pour de nombreuses personnes.
Cependant, la manière dont le silence est vécu n’est pas la même à toutes les étapes de la vie. Cela se reflète dans une étude publiée en 2021 dans la revue scientifique « Frontiers in Psychology », qui analysait comment les adolescents (13-16 ans), les personnes âgées (35-55 ans) et les personnes de plus de 65 ans décrivaient leur expérience de la solitude.
La recherche a été menée au cours des trois premiers mois de l’épidémie de Covid-19, une période au cours de laquelle les restrictions sociales ont amené de nombreuses personnes à passer plus de temps seules que d’habitude.
Sentiment de paix et de tranquillité
La recherche a conclu que les personnes âgées avaient tendance à associer ces moments à un plus grand sentiment de paix, de repos et de réflexion, tandis que les participants plus jeunes montraient une relation plus ambivalente avec la solitude.
Pendant une grande partie de leur enfance et de leur jeunesse, les personnes nées au milieu du XXe siècle ont grandi dans un environnement beaucoup moins saturé d’informations qu’aujourd’hui : la télévision disposait de chaînes limitées, la communication était plus lente et moins immédiate et les loisirs n’étaient pas dominés par les appareils électroniques. Ainsi, le silence et les périodes sans stimulation constante faisaient partie du quotidien.
Ce contexte peut aider à comprendre pourquoi de nombreuses personnes âgées ont une relation plus naturelle avec le calme et le temps passé seules. En fait, l’étude indique que la solitude n’est pas toujours vécue comme quelque chose de négatif : lorsqu’elle est perçue comme un choix et non comme une imposition, elle peut devenir un espace de repos mental, d’autonomie personnelle et de réflexion.
L’environnement conditionne la manière dont le silence est vécu
Les chercheurs ont découvert que chez les personnes âgées, les rapports passés seuls étaient plus fréquemment liés à des sentiments de calme et à moins d’inconfort social.
En revanche, chez les adolescents, la solitude apparaît plus souvent liée à des problèmes sociaux, à une déconnexion ou à une ambivalence émotionnelle.
Autrement dit, la façon dont nous vivons ces moments change avec l’âge, et la capacité à y trouver du bien-être peut se renforcer avec le temps.
Interpréter la tranquillité
Les psychologues expliquent que l’environnement dans lequel une personne évolue influence ses habitudes d’attention, sa tolérance à l’absence de stimuli et la façon dont elle interprète les moments de tranquillité. Ceux qui ont grandi dans des environnements plus lents sont peut-être plus familiers avec le silence comme élément normal de la vie quotidienne.
Au contraire, ceux qui ont vécu dès leur plus jeune âge entourés de stimuli audiovisuels constants peuvent ressentir un plus grand besoin de combler les lacunes avec du divertissement, de la musique, des écrans ou des activités.
Pour de nombreuses personnes âgées, les périodes de silence représentent une opportunité de se reposer mentalement, de rassembler des idées ou simplement de se déconnecter de l’environnement : il n’existe pas de besoin aussi urgent de remplir chaque instant d’un certain type de contenu ou de distraction.
Une pause qui n’est pas toujours vécue de la même manière
L’étude susmentionnée suggère que la solitude peut être vécue positivement lorsqu’elle est perçue comme un choix et qu’elle est associée à des sentiments de calme, d’autonomie et de réflexion. Plus qu’une simple absence de bruit, ces instants peuvent devenir un espace de pause et de bien-être.
Aujourd’hui, une grande partie du divertissement est conçue pour capter l’attention immédiate. De courtes vidéos – comme les reels Instagram -, les réseaux sociaux comme TikTok et de nombreuses applications mobiles fournissent des stimuli continus qui maintiennent l’utilisateur connecté pendant de longues périodes.
Lorsque ces sources de divertissement disparaissent, certaines personnes ressentent le besoin de trouver rapidement une autre activité pour occuper cet espace. Vérifier son téléphone, allumer la télévision, écouter de la musique ou mettre un podcast sont des réponses courantes au manque de stimulation.
L’expérience de ceux qui ont grandi dans une réalité moins accélérée nous rappelle que le silence n’est pas toujours une absence, mais aussi une forme de repos nécessaire pour l’esprit.