Il fut un temps où le mouvement indépendantiste plaçait tous ses espoirs sur l’Europe, mais en octobre 2017, la bulle éclata. Neuf ans plus tard, l’idée de voir la Catalogne devenir un nouvel État non seulement a perdu de sa force, mais il n’a même pas été possible que le catalan soit considéré comme une langue officielle de l’UE – le basque ou le galicien non plus – et rien ne semble indiquer que cette situation puisse être inversée à court ou moyen terme. La dernière fois que la question a été inscrite à l’ordre du jour, c’était en mai 2025, et elle n’a même pas été soumise au vote. Jusqu’à 10 États ont exprimé des doutes.
Que le catalan acquière le statut de langue officielle dans l’UE est une exigence historique. Le Parlement et le Gouvernement l’ont demandé à plusieurs reprises, et même dans le Statut – approuvé en 2006 – il est indiqué que les institutions catalanes et étatiques veilleront à ce que cela se concrétise. Il faudra cependant attendre le 17 août 2023 pour que le Gouvernement en fasse la demande formelle aux institutions européennes. C’était après que Junts l’ait imposé comme condition pour donner son vote à Francina Armengol comme présidente du Congrès.
Le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a tenté de convaincre ses partenaires par tous les moyens possibles. Mais une décision ayant un tel impact sur le fonctionnement quotidien de l’UE nécessite l’unanimité. Et pour l’instant, cette unanimité semble irréalisable.
Les réserves des partenaires européens
Les pays qui s’y opposent ont exprimé des réserves quant aux éventuelles implications juridiques et budgétaires de cette décision. D’une part, un rapport des services juridiques du Conseil de l’UE souligne que les traités devraient être modifiés pour reconnaître les langues co-officielles, une question extrêmement sensible parmi les Vingt-Sept.
De plus, si le catalan, le basque et le galicien étaient reconnus, ce serait la première fois que des langues dont l’usage n’est pas national seraient acceptées comme langues officielles de l’UE. Cela génère également des résistances politiques, car cela pourrait créer un précédent pour la reconnaissance d’autres langues minoritaires, comme le breton, le corse ou encore le russe, compte tenu de l’importance de la communauté russophone dans les pays baltes.
En effet, parmi les gouvernements opposés à la reconnaissance des langues co-officielles figurent l’Allemagne, la Finlande, la Suède, la Croatie, la France et l’Autriche. Certains de ces pays ont leurs propres minorités linguistiques et craignent que cette décision n’ouvre la porte à davantage de pétitions.
D’un autre côté, il y a un problème économique. L’Exécutif espagnol a accepté de prendre en charge les frais de traduction et d’interprétation vers ces langues. La Commission européenne estime que la facture pourrait s’élever à 132 millions d’euros par an. Toutefois, étant donné que l’engagement de l’Espagne n’est pas juridiquement contraignant, certains pays craignent qu’un futur changement de gouvernement à la Moncloa ne l’annule.
Personne dans l’UE ne semble s’y opposer catégoriquement, conscient de l’importance de préserver la diversité linguistique du bloc. Mais seule une poignée de pays, dont la Belgique, l’Irlande, le Portugal, la Roumanie et la Slovénie, ont manifesté plus ou moins ouvertement leur soutien à cette décision.
Le rôle du PP
Dans l’une des dernières tentatives pour faire réussir le vote, Santi Rodríguez, alors secrétaire général du PP en Catalogne, a laissé échapper que son parti avait lancé des « appels » aux autres États membres pour qu’ils expriment « son opinion » contraire à la proposition. « S’il y a des appels, c’est parce qu’il y a eu des appels dans la direction opposée. Ceux qui appellent doivent partir du principe que nous pouvons faire exactement la même chose », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse controversée.
Le secrétaire général du PP, Santi Rodríguez. / ACN
Le peuple a rapidement corrigé Rodríguez et a nié avoir effectué un quelconque appel. Même si le parti dirigé par Alberto Núñez Feijóo s’est toujours opposé à la reconnaissance du catalan, qu’il considère comme une concession de Sánchez au mouvement indépendantiste, le parti nie avoir utilisé ses contacts avec les gouvernements conservateurs européens pour stopper cette initiative. Ils n’en avaient pas besoin, prétendent-ils. L’exigence de l’unanimité constitue depuis le début le principal handicap. Cependant, les paroles du numéro deux du Parti populaire de Catalogne ont servi au gouvernement et aux juntes pour attaquer durement le Parti populaire et justifier la nouvelle défaite en Europe.
L’importance de la mesure
Le statut officiel du catalan dans l’Union européenne ne serait pas seulement symbolique. En plus d’assimiler les droits des catalans à ceux des locuteurs des autres langues officielles de l’UE et de donner une visibilité et un prestige international à la langue, le catalan serait automatiquement inclus dans toutes les réglementations européennes faisant référence aux langues officielles. Cela faciliterait, entre autres, la disponibilité de la documentation et des services communautaires en catalan, ainsi que son enseignement dans les écoles européennes et dans les cours d’apprentissage du programme Erasmus.
De plus, à mesure que davantage de documentation officielle sera générée en catalan, la présence de la langue dans les bases terminologiques et les ressources utilisées pour développer des outils d’IA augmentera.
Actuellement, il existe 24 langues officielles reconnues par l’UE : allemand, bulgare, espagnol, tchèque, croate, danois, slovaque, slovène, estonien, finnois, français, grec, hongrois, anglais, irlandais, italien, letton, lituanien, maltais, néerlandais, polonais, portugais, roumain et suédois.