Le fondateur du journal fermé pro-démocratie Apple Daily, Jimmy Lai, 78 ans et de nationalité britannique, a décidé de ne pas faire appel de la peine de 20 ans de prison qui lui a été infligée en février dernier par la Haute Cour de Hong Kong dans le cadre de la loi sur la sécurité nationale.
Comme l’ont rapporté vendredi des sources juridiques citées par le journal local South China Morning Post, Lai ne présentera aucune requête à la Cour d’appel avant l’expiration du délai de 28 jours ouvrables pour les affaires pénales, lundi prochain.
Une fois ce délai expiré, la réglementation actuelle n’autorise les recours tardifs que pour des raisons « exceptionnelles et convaincantes », une possibilité que les juristes considèrent comme lointaine.
La sentence a été prononcée par un collège de trois juges spécialement nommés par le chef de l’exécutif pour résoudre les affaires de sécurité nationale, après un processus qui a duré 156 jours.
Le tribunal a déclaré Lai coupable de deux chefs de complot en vue de collusion avec des forces étrangères et d’un chef de complot en vue d’imprimer et de distribuer des documents séditieux.
Dans leur verdict de culpabilité rendu en décembre, les magistrats ont conclu que le magnat avait agi comme le « cerveau » d’un stratagème utilisant le journal et son réseau de contacts internationaux pour promouvoir des sanctions contre les gouvernements de Hong Kong et de Chine.
Les juges ont souligné que Lai avait utilisé sa plateforme médiatique pour saper la stabilité du territoire après les manifestations massives de 2019.
Autres sanctions pour les personnes impliquées
Aux côtés de Lai, six anciens directeurs du journal ont été condamnés à des peines allant jusqu’à dix ans de prison.
Deux militants liés à cette affaire ont été condamnés à des peines allant jusqu’à sept ans et trois mois, tandis que trois sociétés liées au journal ont été condamnées à une amende de plus d’un million de dollars.
Le chef de l’exécutif de Hong Kong, John Lee, a qualifié cette décision de « jalon » dans la sauvegarde de la sécurité nationale et a qualifié les actions de l’accusé d’« atroces ». Pour sa part, le gouvernement chinois a soutenu la sévérité de la sanction, soulignant que Lai « mérite une sanction sévère » pour avoir mis en danger la souveraineté de l’État.
À l’échelle internationale, cette condamnation a suscité une vague de critiques. La ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper, a assimilé cela à une « peine à perpétuité » compte tenu de l’âge avancé de Lai et a annoncé des négociations avec Pékin pour explorer une libération pour des raisons humanitaires.
De même, l’Union européenne et les ONG ont dénoncé cette cause comme étant « politiquement motivée ».
Le 26 février, la Cour d’appel a acquitté Lai d’une précédente accusation de fraude liée à la location des bureaux d’Apple Daily, alors qu’il est toujours incarcéré dans une prison à sécurité maximale. S’il n’y a pas de réduction de peine, sa libération n’interviendra qu’en 2044.
Ce litige est devenu un symbole de la transformation politique et juridique vécue par l’ancienne colonie ces dernières années, marquée par une érosion progressive des droits et libertés et illustrée par la dissolution des organisations civiles, des partis d’opposition et des changements dans les systèmes judiciaire et électoral.