Le Parlement a refusé hier d’évaluer si le président de la Generalitat, Salvador Illa, devrait comparaître cette semaine pour les affaires de corruption qui affectent le PSOE, parmi lesquelles les rapports de police qui font état d’une prétendue relation illicite entre l’ancien président José Luis Rodríguez Zapatero et le géant chinois de la technologie Huawei. Néanmoins, les liens directs ou indirects qu’entretient l’administration catalane avec l’entreprise de Shenzhen, que la Commission européenne a qualifiée de fournisseur « à haut risque » ouvrant la porte au cyberespionnage, ont un impact sur le débat politique en Catalogne.
Junts, PP et Vox accusent le gouvernement PSC d’avoir conclu un contrat de 127 millions d’euros avec Huawei pour XCAT Connecta, un projet « stratégique » ambitieux avec lequel l’exécutif veut éclairer un réseau public de fibre optique de plus de 8 000 km auquel seront connectés plus de 6 000 institutions et services nationaux. « De notre point de vue en tant que pays, nous souhaitons disposer de notre propre réseau de contrôle public qui nous donne une plus grande résilience », explique Albert Tort, secrétaire aux Télécommunications et à la Transformation numérique, dans des déclarations à EL PERIÓDICO.
Le gouvernement n’abandonnera pas ce projet car il s’agit d’un projet national
Ci-dessous, nous résolvons certains des principaux problèmes entourant cette affaire.
Il n’y a pas de contrat avec Huawei
Au-delà de ces accusations, la réalité contractuelle de ce projet montre un scénario différent. La Generalitat n’a pas de contrat direct avec Huawei. L’appel d’offres pour le projet XCAT Connecta a été attribué à un UTE (union temporaire d’entreprises) dirigé par Sirt, une entreprise catalane spécialisée dans les infrastructures de connectivité et de cybersécurité qui gère actuellement le premier pôle de télécommunications de la Generalitat, expliquent des sources internes.
L’offre qui a remporté le contrat avec la Generalitat comprend du matériel conçu par Huawei, ce qui s’est également produit dans deux des trois autres offres soumises à l’appel d’offres, mené par Vodafone et Orange. Et la société chinoise et la société finlandaise Nokia sont les seules fournisseurs de solutions compétitives et de qualité pour le déploiement de la fibre optique.
La Generalitat présente ses prévisions pour le déploiement du réseau public de fibre optique dans le CTTI, dans une image de 2025. / JORDI OTIX / EPC
Le matériel utilisé par Huawei est un routeur qui conditionne les informations des organismes publics afin qu’elles transitent par leur réseau, toujours de manière cryptée et sécurisée, assure le gouvernement. Ces équipements, qui représentent moins de 20 % de l’infrastructure totale, ont une durée d’utilité comprise entre cinq et six ans.
Y a-t-il un risque pour la sécurité ?
Une partie de l’opposition demande à l’exécutif d’Illa d’adhérer aux recommandations de Bruxelles, qui appelle à exclure Huawei et le également chinois ZTE des projets de connectivité stratégique tels que XCAT Connecta, considérant que les deux fournisseurs pourraient fonctionner comme un cheval de Troie ouvrant la porte à l’ingérence étrangère de Pékin. Cependant, l’avertissement de la Commission n’est pas une loi impérative, mais plutôt une suggestion « qui n’explique pas quel type de projets elle affecte », regrette le gouvernement. Ce manque de précision laisse peu de marge aux autorités.
Interrogé par EL PERIÓDICO, l’Exécutif souligne que « toutes les entreprises » ayant des marchés publics respectent le Programme National de Cybersécurité et qu’en l’absence de changements législatifs dans l’Union européenne, « nous ne pouvons pas faire plus que cela ». « Le droit des contrats du secteur public nous empêche d’opposer notre veto à une entreprise et de la discriminer en fonction de son pays d’origine ou d’intentions hypothétiques », précise Tort. « Ce serait une décision politique. »
La loi nous empêche d’opposer notre veto à une entreprise et de la discriminer en fonction de son pays d’origine ou d’intentions hypothétiques. Ce serait une décision politique.
Que se passerait-il si Bruxelles concluait un accord des 27 pour interdire par écrit l’utilisation des technologies Huawei ? Le secrétaire souligne que « nous devrons nous adapter », mais que cela affecterait l’adjudicataire, Sirt, ainsi que les « télécos » privées qui dépendent de l’entreprise chinoise, qui seraient obligées de changer les équipements concernés. Quoi qu’il en soit, Tort exprime clairement son intention : « Le gouvernement n’abandonnera pas ce projet parce qu’il s’agit d’un projet national ».
Appel judiciaire de Telefónica
Le seul candidat au contrat de 127 millions d’euros qui n’incluait pas Huawei était celui présenté par Telefónica et Tradia (du groupe Cellnex), qui sont arrivés en deuxième position. Sa proposition a été rejetée par les experts du Centre des télécommunications et des technologies de l’information (CTTI) qui ont évalué et déterminé le gagnant.
Certains médias ont accusé le CTTI d’opérer de manière autonome et ont souligné que son directeur général, Demetri Rico, a été vice-président de Huawei Business Services en Europe occidentale entre 2017 et 2020. Le gouvernement souligne que cette entreprise publique est rattachée au département présidentiel d’Albert Dalmau, que ses techniciens analysent les propositions sans savoir qui est le fournisseur (« comme le prévoit la loi sur les marchés publics ») et que le directeur de l’entité ne participe pas au processus d’évaluation « pour éviter toute influence ».

Le président de Telefónica, Marc Murtra. / Téléphone
Les deux entreprises ont déposé un recours devant le Tribunal catalan des contrats du secteur public pour annuler la sentence dans laquelle elles mentionnent des aspects de solvabilité technique et économique, mais pas l’utilisation de matériel de l’entreprise chinoise. « Il est légal pour Telefónica de recourir aux tribunaux, car nous remplaçons leurs réseaux par des réseaux publics et, avec cela, ils perdent des parts de marché; plus le processus se prolonge, plus ils continueront à fournir leurs services à la Generalitat », souligne Tort.
Le secrétaire assure à ce journal que la lutte « ne porte pas atteinte » aux relations de l’administration avec l’entreprise présidée par Marc Murtra, un homme historique du PSC, qui « continuera à être l’un de nos plus grands fournisseurs ».