Le directeur du CNI admet que les téléphones portables des dirigeants de l’ANC ont été interceptés avec l’accord de la Cour suprême

La directrice du CNI, Esperanza Casteleiro, a reconnu ce lundi devant le Tribunal d’Instruction numéro 23 de Barcelone que les téléphones portables des anciens présidents de l’ANC Elisenda Paluzie et Jordi Sànchez ont été interceptés avec l’aval de la Cour Suprême, mais seulement au cours des années 2019 et 2020. Cependant, profitant de la loi sur les secrets d’État et de la limitation à la déclassification des documents dans ces cas approuvée par le Conseil des Ministres, le chef du les services de renseignement espagnols n’ont pas précisé si entre 2015 et 2017, comme l’ont certifié les Mossos d’Esquadra, les appels et les messages de Jordi Sànchez ont également été surveillés. Les sources consultées par ce journal ont précisé que le témoin n’a à aucun moment déclaré que le programme israélien Pegasus avait été utilisé, puisque par la loi elle ne peut révéler aucun type d’information. Dans le cadre de cette procédure judiciaire, on enquête également pour savoir si le téléphone de l’ancienne secrétaire nationale de l’Assemblée Sònia Urpí a été intercepté.

C’est la deuxième fois que Casteleiro doit témoigner devant le tribunal dans l’affaire Pegasus. La première fois, il l’a fait devant le tribunal chargé d’enquêter sur l’espionnage présumé du député ERC au Parlement Josep Maria Jové et de l’eurodéputée républicaine Diana Riba, qui fait toujours l’objet d’une enquête. Une troisième comparution est en cours, qui aura lieu le 18 décembre, devant le tribunal d’instruction numéro 24, qui enquête sur l’infection par Pegasus du téléphone portable d’Andreu Van Den Eynde, défenseur d’Oriol Junqueras et d’autres dirigeants indépendantistes, et de celui de l’ancien député européen Jordi Soler.

Casteleiro s’en tient dans sa déclaration de ce lundi aux explications autorisées par le Conseil des ministres et, par conséquent, a seulement admis que la Cour suprême a approuvé l’intervention sur les motivations des dirigeants de l’ANC, sans rien préciser d’autre. La déclassification des documents sur Paluzie et Sànchez est parvenue au tribunal en novembre dernier, mais les avocats en ont été informés ce lundi. Parmi ces documents se trouvent les résolutions émises par la Cour suprême qui ont autorisé la mise sur écoute des téléphones portables, mais de nombreuses parties apparaissent barrées, ce qui signifie que l’on ignore la totalité des raisons utilisées par le juge pour approuver cette pratique.

Les attaques

Les Mossos ont détecté que Jordi Sànchez a subi un total de 19 attaques avec Pegasus depuis le 17 septembre 2015, alors qu’il était déjà président de l’ANC, jusqu’en juin 2020, coïncidant avec une permission de prison après avoir été condamné lors du référendum 1-O dans le cadre de l’arrêt de procédure de la Cour suprême. La police a également confirmé que le programme Pegasus a également fonctionné sur son téléphone portable du 8 septembre 2017 (activité confirmée sur le Diada et dans les jours suivants) jusqu’au 13 octobre, avant son entrée en détention préventive. Deux des premiers messages qui ont permis l’infection ont été : « Nouvelle ingérence du parquet espagnol. Menaces contre Junts pel Sí et le CUP » et « PP catalan : campagne pour le « non » au milieu de Sant Jordi ». Le laboratoire canadien « Citizen Lab » et Amnesty International ont dénombré jusqu’à 26 attaques.

Le téléphone portable de Paluzie, quant à lui, a été intercepté d’août 2019 à juin 2020, selon le rapport remis par les Mossos au tribunal. Dans son cas, deux téléphones portables ont été analysés. Dans l’un d’eux, il a reçu deux messages : l’un en août 2019, avant l’arrêt du procès, et l’autre le 29 octobre de la même année, après l’annonce de l’arrêt de la Cour suprême. Sur l’autre téléphone portable, la police a corroboré deux intrusions dans l’appareil via Pegasus : en mai 2020 et le 10 juin 2020, jour du début des élections de l’ANC et où elle se présentait à sa réélection. Précisément, le message qui permettait d’accéder au contenu privé de son téléphone était « Elections in the ANC » et « New ANC Project ».

Quant à la troisième victime d’espionnage, Urpí, les Mossos ont vérifié deux entrées sur son téléphone portable via Pegasus les 22 et 26 juin 2020, mois au cours duquel elle a été élue secrétaire générale de l’organisation. Les messages malveillants qu’il a reçus semblaient provenir du Trésor de la Sécurité sociale. Son compagnon, Jordi Baylina, résidant en Suisse et membre de l’ANC, est l’une des victimes du Catalangate avec le plus d’attaques.

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