Un aphorisme bien connu dit que l’histoire ne se répète pas, mais qu’elle rime. La Catalogne a prolongé cette Journée de Septembre avec les images encore dans les rétines des coups de matraque des Mossos et de l’escalade de la tension au Fossar de les Moreres entre manifestants antifascistes et militants de l’Aliança Catalana. L’ambiance s’échauffe en pleine montée de l’extrême droite. Et face à cette réalité, le catalanisme, de gauche à droite, a dépoussiéré à l’unisson la devise « Catalunya, un sol poble », forgée dans l’antifranquisme. Aucun d’entre eux n’a la recette pour arrêter l’ultra-boom, qui attire également leurs électorats respectifs, mais une préoccupation commune gagne du terrain qui les a motivés à défendre une identité catalane inclusive face aux discours discriminatoires et exclusifs.
Le conflit entre la Catalogne et l’Espagne a été relégué dans les slogans politiques pour se concentrer sur la dichotomie entre démocratie et autoritarisme. Le président de la Generalitat lui-même, Salvador Illa, a prévenu que c’est l’axe le long duquel se dérouleront les prochaines élections, tant municipales que générales. C’est pourquoi il appelle depuis des jours à faire appel à « l’unité d’action » du catalanisme pour faire face à des défis majeurs comme le conflit éducatif, les infrastructures comme le réseau Rodalies, le financement ou le logement en partant du principe que l’extrême droite se nourrit du malaise généré par ces dossiers non résolus et que ces troubles finissent par mettre en échec la coexistence.
Le même fil conducteur
La batterie de déclarations du jour a eu le même fil conducteur. De l’appel de la porte-parole du gouvernement, Sílvia Paneque, à défendre une « Catalogne inclusive » et avec la « capacité de forger des alliances » face à ceux qui cherchent la confrontation avec « l’unité interne » des partis catalans que le président du Parlement, Josep Rull, a demandé, face à « la peur, les accusations et la haine » attisées par les partis d’extrême droite. Cette harmonie institutionnelle n’a pas empêché l’opposition de tenter de ne pas accorder de trêve à l’Exécutif du CPS. Tant le secrétaire général de Junts, Jordi Turull, que celui d’ERC, Elisenda Alamany, ont souligné que précisément les problèmes de gestion du gouvernement et son « manque d’ambition » constituent un terrain fertile pour les partis réactionnaires.
Le président de la Generalitat, Salvador Illa, accompagné de ses conseillers, lors de l’offrande florale au monument à Rafael Casanova /MANU MITRU
Plus les élections municipales approchent, plus il sera difficile, même pour les partenaires du gouvernement, d’y participer. Mais ce que tout le monde a proclamé, du PSC aux Junts, en passant par l’ERC, les Comuns et le CUP, c’est une identité catalane tissée dans la pluralité et la diversité, sans discrimination d’origine. Tout le monde a averti qu’il existe un risque de régression et de régression des droits et libertés, même si ce qu’il faut faire pour l’empêcher est une autre histoire. Des entités comme Òmnium Cultural ont déjà commencé à souligner l’urgence de configurer un « front civique », non seulement pour agir comme un barrage de confinement, mais pour mettre sur la table un projet qui mette fin à l’apathie et à la désaffection.
« Une nouvelle attaque »
La grande question est de savoir comment galvaniser une majorité sociale pour stopper l’extrême droite et si cela est possible entre indépendantistes et non-indépendantistes. Cela semble une unité difficile, d’autant plus qu’une partie du mouvement indépendantiste, avec l’ANC en tête, a décidé de faire de la priorité pour 2027 de parrainer une « nouvelle attaque forte » pour obtenir l’indépendance. La date n’est pas une coïncidence. L’année prochaine marquera le dixième anniversaire du référendum 1-O et de la déclaration unilatérale d’indépendance, moment où la tension entre la Generalitat et l’État s’est encore intensifiée. Ce que veut l’ANC, c’est utiliser cet anniversaire comme un stimulant pour unir à nouveau les forces et créer un autre scénario de rupture. « Il est nécessaire que le mouvement indépendantiste civil marque un tournant », a défendu le président de l’entité, Josep Vila.

Image de la manifestation indépendantiste de Diada. /Jordi Otix/EPC
La grande question est de savoir si, cette fois, il y aura une majorité dans la rue prête à ramer dans cette direction. La manifestation Diada de cette année a été une fois de plus massive, mais loin du grand nombre de la décennie précédente. La Garde Urbaine estime la fréquentation à 45.000 personnes, soit 17.000 de plus que l’année dernière, lorsqu’elle avait enregistré son pire chiffre depuis l’apparition du « procés ». L’ANC a porté ce nombre à 100 000. Quel que soit le chiffre le plus proche de la réalité, la conclusion est que le mouvement indépendantiste n’a pas disparu, loin de là, mais il est loin d’avoir montré sa meilleure forme, celle qui a réussi à mettre dans les cordes le gouvernement de Mariano Rajoy.
La manifestation indépendantiste enregistre une augmentation du nombre de participants, mais reste encore loin des chiffres de la dernière décennie
Par ailleurs, il y a un autre élément qui tourmente la souveraineté : que faire de l’Aliança Catalana. Une partie du mouvement considère qu’il devrait être considéré comme un autre acteur indépendantiste. Une autre partie, pour l’instant majoritaire, oppose son veto à toute possibilité de rapprochement. Le président d’Òmnium Cultural, Xavier Antich, a même déclaré dans cette Diada qu’Aliança est une « option politique abominable ». Le débat est ouvert et la seule preuve jusqu’à présent est que la division empêche le mouvement indépendantiste de reprendre de la vigueur.

La présidente de l’Aliança Catalana, Sílvia Orriols, à son arrivée jeudi au Fossar de les Moreres. / David Zorrakino / Europa Press
Pendant ce temps, Aliança Catalana a vécu une Diada placide, consciente que, malgré les critiques qu’elle reçoit de plusieurs côtés, elle surfe sur une bonne vague portée par la montée de l’autoritarisme au niveau mondial. Sílvia Orriols n’a même pas eu besoin d’un grand événement pour attirer une grande partie de l’attention politique. La Diada de l’année prochaine sera célébrée avec les élections municipales qui viennent de se tenir. La Catalogne saura alors si l’extrême droite est une mode passagère ou une réalité.