En fait, je ne suis pas venu parler de mon livre, mais de vous. Dans « Contre la saleté numérique », j’aborde une question urgente : qu’est-ce que l’intelligence artificielle transforme en vous, en moi et en nous tous. Ils ont lancé une technologie aux conséquences brutales sans s’arrêter pour les observer.
C’est mon essai le plus personnel, rédigé à partir de mon expérience et à toute vitesse, car il est urgent de prendre conscience de ce que l’IA nous transforme. Depuis plus de deux ans j’explore des modèles de langage – ChatGPT, Claude, Perplexity, NotebookLM-.
J’ai tout de suite remarqué, non sans frissons, ce qui se passait dans ma tête, dans mon langage, dans mes relations avec les autres, dans mon travail, même lors de mes promenades avec mon chien. C’est un essai narratif dans lequel je tisse ma vie avec des réflexions sur la transformation qui nous bouleverse.
Petit à petit, j’ai réalisé que mon cerveau devenait paresseux. Mon travail consiste à penser, parler et écrire, mais face à une question, mon esprit vagabonde et répond : demandez à ChatGPT. J’ai dû la réprimander.
L’intelligence artificielle est une technologie transformatrice : elle nous transforme en autre chose, même si nous ne savons pas quoi. En réfléchissant et en observant, je suis arrivé à quelques conclusions : de la même manière que les réseaux sociaux nous ont rendus plus narcissiques et agressifs dans nos chambres d’écho, l’intelligence artificielle est conçue pour nous valider, elle nous fait du bien donc nous y restons.
Cela accroît l’isolement et nous frustre : les relations humaines authentiques ne se situent pas entre maître et esclave, mais entre deux personnes, chacune avec ses peurs et ses désirs, qui négocient à tout moment. Puisqu’il est conçu pour nous confondre, nous l’anthropomorphisons, mais il ne génère aucun lien de type humain, seulement de la solitude.
Pour l’instant, l’IA a rempli le monde de saletés : des textes et des images sans force, sans intention ni sens. Plus nous disposons de technologies pour produire du contenu, moins nous sommes capables de lui donner du sens. La machine ne connaît pas le silence.
Les modèles linguistiques pourraient en être autrement, mais ils nous laissent croire qu’il n’y a pas d’alternative. Il est entre les mains des mêmes personnes qui ont détourné notre attention. Je les appelle les « illuminati » de la Silicon Valley et nous n’avons qu’une seule certitude à leur sujet : leur priorité, c’est leurs profits, pas nous.
J’ai expérimenté ce qu’on appelle les « robots » compagnons ; aussi avec les « robots » des morts, après avoir perdu ma cousine sœur à la suite d’une crise cardiaque. J’ai découvert que l’IA crée pour nous une réalité sur mesure dans laquelle nous cessons de faire la différence entre être vivant et mort.
C’est une technologie qui lit pour nous, pense pour nous, cherche pour nous, crée pour nous, mais assure qu’elle ne viendra pas nous remplacer. C’est faux, cela se produit déjà. Il faut arrêter et protéger les plus jeunes.
Mon dernier livre plonge au cœur de notre humanité, la vôtre, la mienne. Nous sommes un corps : votre intelligence est dans les pores de votre peau. Je l’ai écrit dans le brouillard car l’incertitude est totale. Et j’ai appris, comme le dit Graham Burnett, que le plus urgent est d’embrasser le monde.
Contre la saleté numérique
Irène Lozano
Péninsule
240pages
18,90 euros