La sextech, les nouvelles technologies sont en passe de bouleverser les rapports entre les individus et plus particulièrement les rapports entre hommes et femmes dans les couples. sexhightech.com a demandé à Nathalie Giraud Desforges*, sexothérapeute, quelles conséquences, positives ou pas, tout cela peut avoir sur la sexualité des couples.

SexHighTech : Avec l’évolution de la technologie, on voit de plus en plus d’objets connectés. Cela vous surprend-il ?

Nathalie Giraud Desforges présente un clitoris en 3D. La technologie au service de l'éducation.
Nathalie Giraud Desforges présente un clitoris en 3D. La technologie au service de l’éducation.

Nathalie Giraud Desforges : Les sextoys ne datent pas d’aujourd’hui. L’objet a toujours été un lien pour permettre une relation avec l’autre. On donne quelque chose de soi pour garder un contact. Quand les marins partaient en mer, ils offraient à leurs femmes quelque chose d’eux qui, à l’époque, n’était pas relié, connecté à la high tech. C’était un objet qui était poli dans du bois d’Olivier et cela s’appelait un olisbos, pas un sextoy. C’était une manière pour eux de dire à leur chérie « Je suis avec toi même si je suis éloigné« . Ils étaient ainsi présents psychiquement à travers une représentation d’eux dans un objet. De même, les femmes pouvaient donner leur petite culotte, un mouchoir, quelque chose d’elles pour les mêmes raisons. En cela, l’objet était connecté. Avec l’utilisation de la high tech, cet objet est devenu plus performant, plus vibrant et fonctionne quelque soit la distance entre les personnes.

Mais la fonction première est toujours la même. C’est un support d’excitation. « J’ai le doudou de mon chéri ou de ma chérie avec moi ou en moi. C’est mon fantasme à moi et je le tiens dans mes mains ou contre moi. » Pour moi l’objet a toujours été connecté.

Mais aujourd’hui quand on parle d’objet connecté, on fait plus référence à de la technologie, à internet, aux applications.

Cela apporte une dimension supplémentaire à un objet qui, avant, ne faisait appel qu’à l’imagination ou à l’odeur. C’était quelque chose de très fort, de sublimé. Maintenant, on ajoute aussi une dimension surtout visuelle. Un rapprochement qui n’existait pas avant. On avait des petites figurines, des photos, maintenant, c’est vivant.

Pour les couples, c’est une manière d’être en lien direct et de s’assurer que l’on peut se garder pour soi. Si on peut s’appeler tous les jours, se faire vibrer tous
les jours, s’exciter mutuellement tous les jours, c’est un lien très fort qui s’établit entre les personnes. Pour certains, ce sera considéré comme un fil à la patte, pour d’autres ce sera rassurant. On pense que si on partage quelque chose. Si on peut se faire plaisir mutuellement en se voyant, peut-être que l’autre ira moins chercher ailleurs.

Cela calme l’inquiétude sous-jacente que l’autre puisse lui échapper quand on n’est pas là.kiiroo sextoy connecte

Un autre intérêt de ces objets connectés se trouve dans la recherche médicale. Les recherches ont conduit à la création de combinaisons synaptiques, des combinaisons qui permettent de ressentir. Elles permettent à des hommes et des femmes qui souffrent d’un handicap de pouvoir à nouveau avoir des sensations. Des personnes qui n’ont plus le lien entre le cerveau et le corps, qui ont des difficultés à ce que le corps ressente des choses pourront faire un rewirering, un recablage, une reconnexion. Ce sera extrêmement bénéfique pour elles. Alors associé à une thérapie, ça peut être fantastique.

Quand vous dites que ces objets connectés peuvent être rassurants pour les couples , vous pensez qu’ils peuvent favoriser la fidélité chez les couples ?

La formule « loin des yeux loin du coeur » n’a plus la même résonance, il faudra inventer quelque chose d’autre. C’est vrai que la proximité devenue possible avec ces nouvelles technologies peut rassurer mais être aussi très pernicieuse pour les couples. Etre connecté en permanence, cela peut entraîner une sorte de flicage entre les deux personnes. Une fonction un peu policière qui pour certaines personnes sera totalement rassurante. Elles ont besoin de ce contact, de ce lien constant. S’il y a une excitation à se voir, à se masturber ensemble à distance, voire à utiliser des moulages du sexe de son partenaire, on pourra mettre son casque de réalité virtuelle et on pourra y ajoutera son propre vécu. Oui cela va assurer une sorte de fidélité, une sorte de choix de rester avec l’autre parce qu’on aura ses besoins satisfaits.

« On va être dans une attente permanente de retrouver son casque virtuel qui ne sera pas sa maîtresse et on se préparera à une forme d’infidélité »

Quel peut être l’apport de la réalité virtuelle pour les couples ? Est ce que là aussi cela peut avoir des inconvénients ?

La réalité virtuelle peut avoir un intérêt à condition de débriefer après. On peut partir dans un voyage virtuel avec nos fantasmes dans lequel on ajoutera notre vécu, indépendamment des autres. On peut partir en voyage à deux mais on ne voyagera pas de la même manière. D’où l’importance du débriefing après. Cela peut accentuer la complicité dans les couples. Mais il ne faut pas oublier que, ce qui se passe quand l’un va se coucher et que l’autre reste sur le net pour mater du porno ou tchater, ne va qu’accentuer les difficultés qu’il peut y avoir dans le couple. On aura lunettes réalité virtuelleune satisfaction mais on sera en déni d’infidélité. Pourtant on ne sera plus présent dans la relation. On se dit qu’on est fidèle puisqu’on ne va pas « niquer » ailleurs mais cette infidélité est pire parce que psychiquement, physiquement, on n’est plus du tout présent dans la relation avec l’autre. On est désinvesti de la relation, on est sur skype ou sur des messageries.

Il ne faut pas se mystifier dans l’illusion qu’on est fidèle parce qu’on est ensemble, alors qu’on met un casque, on se masturbe dans le film ou dans la réalité virtuelle avec le sentiment d’être avec quelqu’un. On n’est plus spectateur, on est avec, on est dans l’environnement. Cela vient renforcer le fait qu’on peut être dans la réalité d’un couple, mais on est dans une infidélité totale. On va être dans une attente permanente de retrouver son casque virtuel, qui ne sera pas sa maîtresse – au moins il n’y a pas de risques d’attraper une maladie – et on se préparera à une forme d’infidélité, en s’échappant de son couple pour entrer dans une autre forme de satisfaction.

On se dira qu’on est ensemble mais en réalité, on se leurre complètement.

A ces personnes, j’ai envie de leur demander : « Etes vous vraiment là, attentif à l’autre, vous caressez vous mutuellement, quelle est la dernière fois que vous vous êtes embrassés ? Partagez vous encore une sphère fantasmagorique ? »

Une fois encore, avec la réalité virtuelle, le leurre va être de se dire qu’on est en couple alors qu’on ne l’est pas ou qu’on ne l’est plus. Cela va permettre de trouver un refuge ailleurs en se prétendant fidèle parce qu’on reste avec la personne et qu’on n’a plus de relations sexuelles ailleurs. Pas de penis dans le vagin. Sauf qu’on n’aura plus besoin de cela pour trouver son plaisir. Alors attention à ne pas se fourvoyer dans une fidélité qui n’existe pas ou qui n’est plus.

Certains évoquent aussi des risques d’addiction à ces objets connectés. Qu’en pensez vous ?

couples homme poupée
Ce businessman japonais a abandonné sa famille pour vivre avec une poupée

Comme dans toute avancée, il y a des extrêmes, des débordements. Est ce qu’on peut devenir accro à la fonction orgasmique ces objets ? Oui bien sûr !Tout comme on devient accro au chocolat, au tabac, à l’alcool ou à tout ce qu’on peut faire.

On va devenir dépendant et s’enfermer dans un isolement dans lequel on aura de la dopamine et de l’endorphine. Ce sera un cercle vertueux pour soi mais dans lequel on se coupera des autres. C’est un des risques avec les nouvelles technologies.

Mais ce n’est pas la faute de la technologie. Il ne faut pas se tromper de combat. La technologie n’est ni bonne ni mauvaise, elle est ce qu’on en fait. Elle n’est pas responsable.

Quand j’ai lancé les sextoys en France, j’ai eu des objections de la part des hommes.  » Nous en tant qu’homme, on ne va plus servir à rien.« , « Les femmes n’auront plus besoin de nous.« , « Elles vont se satisfaire elles-mêmes. »

On en revient aux croyances que l’objet nous détourne de la relation. Mais ce n’est pas cela. C’est l’injonction, l’éducation, le désespoir qui nous poussent vers une solution qui peut être la technologie. C’est tout ce qu’il va y avoir autour de la technologie dans l’éducation, tout ce que cela va nous permettre de faire. Par exemple maintenant il y a des sextoys pour couples. En 2003 cela n’existaient pas. Le développement des toys a permis de développer ces objets qui fonctionnent exclusivement en couples.

« Tous les principes tantriques, les robots auront du mal à s’y mettre. Ils peuvent apporter de l’éducation, une forme de sécurité mais pas beaucoup plus. »

La sextech va plus loin que les simples objets connectés avec notamment les robots et plus particulièrement les robots sexuels. Faut il se réjouir ou s’inquiéter ?

Les robots ne sont qu’un produit qui répond à un besoin. Donc il faut se poser la question de savoir à quel besoin cela répond : j’ai peur de la relation, de ce que j’ai entendu, vécu, les trauma de l’enfance… Avant j’aurais été ermite, je me serais coupé du monde, j’aurais été en religion, j’aurais été seul et misérable. Si maintenant, ça permet d’être dans plus de confort pourquoi pas. Mais toujours avec une vigilance de savoir à quel besoin cela répond.

N’oublions jamais que les hommes ont besoin de connexion les uns envers les autres. C’est absolument vital. Un nouveau né, s’il n’est pas pris dans les bras, il meurt. On peut lui donner tout ce qu’on veut dans un environnement sécure, si on ne le touche pas, ne le regarde pas, s’il n’y a pas de connexion avec la mère, avec les autres, cet enfant va se developper avec une carence. La connexion sera toujours nécessaire même dans 500 ans.

Maintenant, cela fait 15 ans que l’on s’inquiète de l’évolution en voyant tous les aspects surtout les négatifs. Mais cela peut aussi apporter un mieux.

A chaque fois qu’il y a une proposition, il y a une contre proposition qui peut être : on va développer des ateliers câlins, des ateliers tantra où la connexion par la respiration, les yeux, le toucher sera plus forte.

C’est la demande qui à créés les robots ou les robots qui créent maintenant la demande ?

Les robots ne sont que des opportunités pour nous aider, pour apprendre. Un robot masculin pourrait apprendre à une jeune femme ce qu’est la sexualité plutôt qu’elle ne se fasse prendre à l’arrière d’une voiture en 5 mn chrono par un type qui la larguera aussitôt après en la laissant totalement abasourdie. Simplement parce qu’elle avait bu et qu’elle devait y passer. Je préfèrerais

sexdoll - poupée sexuelle
« Essayez de plonger vos yeux dans le regard d’un robot »

qu’il y ait de l’éducation sexuelle, de l’apprentissage avec les robots.

Maintenant essayez de plonger vos yeux dans le regard d’un robot, essayez de respirer à l’unisson, d’avoir un orgasme du coeur. Je ne pense pas que ce soit possible.

Ca ressemblera à de l’humain, mais cela n’en sera jamais.

Dans relation sexuelle, il y a relation. C’est le terme même de religion. Religion ça vient de religare qui veut dire se relier. Le principe même de l’humanité est d’essayer de se relier avec l’autre et il va falloir un robot drôlement perceptif de l’humain dans son immensité pour réagir. Ou alors ils seront parfaitement emphatiques et réagiront comme on en aura envie. Et au bout d’un moment, on en aura assez. Il va y avoir une lassitude. Le palper, le toucher, la vibration, cela peut s’apprendre. Mais l’âme, la connexion, l’adaptation aux rythmes de l’autre, tous les principes tantriques, les robots auront du mal à s’y mettre. Ils peuvent apporter de l’éducation, une forme de sécurité mais pas beaucoup plus.

Vous gardez espoir quand même ?

J’ai une grande foi dans l’humain et si on se retrouve avec un robot parce qu’on est trop malheureux à l’intérieur, attaquons nous à l’extérieur. Essayons de comprendre ce qu’il se passe à l’extérieur pour qu’on ait besoin de se réfugier dans les bras d’une être inanimé, d’une machine.

 

Nathalie Giraud Desforges est sexothérapeute, thérapeute de couple. En 2003, elle crée le site pimentrose pour déculpabiliser, décomplexer et dédiaboliser tout ce qui a trait à la sexualité en utilisant un objet médium, un sextoy ou tout accessoire érotique. Des objets qu’elle considère comme des prétextes, des supports à la discussion.
La thérapeute veut montrer une sexualité sous un angle joyeux qui est inventif, créatif et explorateur. « …Donc libre de ses choix et informé ! L’information est capitale, « information is power«  et l’information est la clé pour faire passer des messages. Sinon les gens restent dans l’ignorance qui entraine des préjugés autour de l’inconnu. L’absence d’information crée des peurs, des refus et de l’incompréhension. » explique Nathalie Giraud Desforges.
Un engagement qui lui tient à coeur et la pousse à créer en 2005 un des tout premiers blogs à traiter de sexualité à visage découvert.
La sexothérapeute continue son action en créant des ateliers « éveil des sens« , toujours teintés de tantra.
Toujours pionnière, Nathalie Giraud Desforges sera la première en France à donner une conférence TED autour de la sexualité intitulée : « Nous ne sommes jamais uniquement deux sous la couette » (A revoir ici). « J’aime ce côté novateur qui m’entraîne là où les autres n’osent pas aller. » Avec son moto :

« Connaissance personnelle pour un plaisir mutuel »
Le twitter et le blog de Nathalie Giraud Desforges

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