Facebook compare les visages, par Matías Vallés

La nouvelle ère de l’extrême droite ne se définit pas par la multiplication des scandales, mais parce qu’il est de plus en plus difficile de localiser la source de l’étonnement horrifié. L’Italie est scandalisée après la fermeture du groupe Facebook intitulé « Mia moglie », où « Ma femme » a pour but de partager des photographies capturées dans l’intimité des couples de plus de 30 000 canailles, afin de les juger physiquement. En effet, la surprise n’est pas dans l’initiative mais dans son bouclage, qui dénonce aussi l’impuissance des femmes agressées.

Il est difficile de parler de scandale, lorsque le groupe en question a été activé en 2019. En effet, l’intervention de la police italienne, pressée par près de trois mille plaintes citoyennes, a été nécessaire pour que le tout-puissant Meta/Facebook procède à la fermeture de ce monument des réseaux sociaux. Si un média classique publiait une seule image dans les circonstances citées et accompagnée de commentaires, il aurait de très sérieux problèmes avec la loi. Le secret est donc d’accumuler des milliers de cas pour se sentir impuni face à la pression des personnes concernées. À l’heure actuelle, la page s’avère si rentable pour l’entreprise qu’aucune sanction financière ne peut égaler les bénéfices obtenus.

Pourquoi une plateforme qui héberge en masse et non par erreur des propositions comme « Ma femme » n’est-elle pas fermée directement ? D’abord parce que le monde ne peut plus exister sans les réseaux sociaux. Deuxièmement, parce que les autorités en charge de la fermeture sont suffisamment graissées pour chercher ailleurs. Troisièmement et surtout, parce que l’essence de Facebook consiste à comparer les corps des femmes depuis sa genèse. Étymologiquement, le primitif TheFacebook signifie « Le livre des visages ». Historiquement, le réseau le plus répandu sur la planète est issu d’une précédente initiative de Mark Zuckerberg. Sur leur « Facemash », des photos d’étudiants de Harvard ont été comparées pour voter pour déterminer lesquelles étaient « les plus chaudes ». « My Woman » s’inscrit donc dans la glorieuse tradition fondatrice d’une plateforme à laquelle contribuent tous ses abonnés, pas seulement les accros de « Mia moglie ».

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