La progression des paiements par carte, téléphone mobile et applications bancaires transforme la façon dont nous achetons et gérons l’argent. Plusieurs économistes estiment toutefois que cette transition ne doit pas se faire au détriment de ceux qui ont le plus de difficulté à s’adapter à l’environnement numérique. Un mois seulement après le lancement de Bizum Pay, et à l’heure de l’euro numérique, le débat ne tourne pas seulement autour de la technologie, mais aussi de l’inclusion financière, de la vie privée et de l’autonomie personnelle.
Les données montrent que le changement des habitudes est évident. Selon la Banque d’Espagne, l’année dernière, l’argent liquide est resté le principal moyen de paiement dans les magasins physiques pour 57 % de la population, même si son utilisation continue de diminuer d’année en année. En 2025, 55 % des Espagnols déclaraient utiliser quotidiennement des espèces, contre 57 % un an plus tôt et 65 % en 2023.
Malgré cette tendance, l’argent physique conserve une présence particulièrement importante auprès des personnes âgées. La Banque centrale européenne note également que les tranches d’âge plus âgées continuent d’utiliser les espèces plus fréquemment que les jeunes, même si la numérisation progresse dans tous les segments de la population.
La fracture numérique va au-delà des banques
Pour Pablo Escobar Fior, économiste et directeur financier, l’exclusion numérique touche de nombreuses personnes âgées dans des domaines quotidiens qui vont bien au-delà des services financiers.
« Nous pouvons le constater dans des actions quotidiennes telles que les lettres numériques utilisant des codes QR, les certificats électroniques ou les caisses automatiques dans les supermarchés », explique Escobar Fior. Selon lui, le défi est de trouver un équilibre qui permette de progresser dans la digitalisation sans laisser de côté ceux qui ont plus de difficulté à utiliser certains outils technologiques.
Une vision similaire est défendue par Víctor Alvargonzález, PDG de la société indépendante de conseil financier Nextep Finance. L’expert considère que la numérisation génère déjà une exclusion financière dans certains groupes et rappelle que de nombreuses personnes continuent d’avoir besoin d’une attention personnelle pour gérer leur patrimoine, leur épargne ou leurs investissements.
Payer par carte vous aide-t-il à mieux contrôler vos dépenses ?
Concernant l’une des idées les plus répétées ces dernières années, les deux experts apportent des nuances.
Alvargonzález soutient qu’il ne connaît pas de preuves concluantes démontrant que ceux qui utilisent davantage les médias numériques gèrent mieux leur budget. Selon lui, la capacité d’épargner et de planifier dépend davantage des habitudes et de la personnalité de chacun que du mode de paiement utilisé.
Escobar Fior, pour sa part, souligne que l’argent liquide continue d’offrir des avantages que de nombreux utilisateurs apprécient, notamment en termes de confidentialité et de contrôle des dépenses. « Les deux systèmes se complètent parfaitement », résume-t-il.
Le débat coïncide également avec une époque où les institutions européennes étudient le développement de l’euro numérique tout en maintenant leur engagement à préserver l’accès au cash. En fait, la dernière étude de la BCE sur ce sujet révèle que, même si les paiements numériques continuent de croître, la majorité des citoyens de la zone euro considèrent qu’il est important de conserver la possibilité de payer en espèces.
La conclusion partagée par les experts est claire : l’avenir des paiements sera de plus en plus numérique, mais la transition peut difficilement être considérée comme achevée si une partie de la population en est exclue. Plutôt que de choisir entre l’argent liquide ou la technologie, le défi est de faire en sorte que les deux systèmes puissent coexister dans les années à venir.