Mise à Jour : Pour des questions d’homonymie le projet bot pour répondre aux questions sur l’éducation sexuelle des adolescents a du changer de nom. Il s’appelle désormais « Speach » 

Ils sont 10, ont entre 20 et 25 ans, tous passionnés de nouvelles technologies et le 21 mai dernier ils ont obtenu le premier prix au Sextechlab de Paris avec leur projet de chatbot Ali(x). Un service destiné à apporter toutes les réponses aux questions de sexualité que peuvent se poser des ados de 13  à 18 ans. Rencontre avec la team Ali(X) pour évoquer la philosophie et l’avenir du projet.

Sexhightech : Comment est né le projet de chatbot Ali(x) ?

La Team Ali(x) : Le projet de chatbot Ali(x) est né à l’ECV Digital à Paris. On nous avait demandé de réfléchir à une problématique autour d’un service public et l’un des enjeux était d’imaginer un concept de chatbot. Nous avions des choix comme la CAF ou des services de retraites. Ce qui n’était pas très motivant. Nous avons donc cherché une autre thématique, moins traitée et qui pouvait aussi être un peu plus fun et innovante. C’est comme cela que nous avons choisi le thème de l’éducation sexuelle pour les adolescents. Nous avons regardé le site « on s’exprime » du Ministère de la Santé, son contenu, son arborescence parce que c’était les sujets que nous voulions traiter dans notre chatbot Ali(x).

chatbot Ali(x)
Une équipe jeune derrière le chatbot Ali(x) menée par Sarah Lecoffre en porteuse de projet au sextechlab

Nous avons mis notre projet en ligne, ce qui nous a valu de nombreuses réactions dont celle d’un créateur de chatbot qui a trouvé le projet intéressant. C’est lui qui nous a d’ailleurs conseillé de nous inscrire au sextechlab parce que nous pourrions y rencontrer des développeurs. Notre école nous a également envoyé un lien sur l’événement à l’Ecole 42. Voila comment Sarah Lecoffre y est allée comme porteuse de projet. On a effectivement rencontré une super équipe de développeurs, la suite, c’est le premier prix.

Il y a 5 millions d’adolescents entre 13 et 18 ans en France. 70% d’entre eux ne parlent jamais de sexe avec leurs parents

Quelle est la partie la plus compliquée de votre projet ?

La partie la plus compliquée va être le financement. Nous ne sommes pas financés par la publicité ou la vente de données comme cela se fait beaucoup aujourd’hui. Le but du chatbot Ali(x) est beaucoup plus social, donc le financement viendra plutôt de l’Etat, des assurances et des mutuelles. Et c’est un financement qui se débloque plus difficilement et qui prend du temps. Autant l’Etat a envie de voir de nouveaux projets se développer autant il est assez frileux pour les financer. De plus, la santé, la sexualité des ados c’est un sujet un peu sensible. Le sexe en France est une vraie problématique au niveau des instances publiques.

Et pourtant c’est un sujet qui touche un grand nombre d’utilisateurs en France

Il y a 5 millions d’adolescents entre 13 et 18 ans en France, donc c’est une cible très importante. 70% d’entre eux ne parlent jamais de sexe avec leurs parents, donc ils ont un manque de repère évident et un manque de sources d’informations fiables sur le sujet. Nous pensons que notre projet peut les séduire parce que c’est un format inédit. Il y a aussi beaucoup de parents qui ne veulent pas parler de sexe avec leurs enfants. Eux aussi sont contents de trouver un relais sur ce thème. Le chatbot Ali(x) proposera une relation personnelle, de 1 à 1, au lieu de se retrouver à parcourir des tas forums, lire les histoires de tout le monde en tombant 7 fois sur le fait que vous avez le VIH alors que vous ne l’avez pas. Il y aura un côté moins alarmiste.

L’autre avantage c’est de parler le même langage que les 13-18 ans. Quand ils posent un question à leurs parents, ils n’ont pas toujours le retour qu’ils veulent. Nous allons beaucoup travailler sur le langage, pour que la conversation soit la plus naturelle possible, comme si c’était quelqu’un de la même génération qui répondait.

C’est la manière de penser ou de s’exprimer qui est différente ?

Les jeunes de 13 à 18 ans ont leur propre langage, leur manière de s’exprimer. Ils ne poseront jamais une question comme le ferait un adulte. Mais nous n’allons pas calquer leur expressions non plus. L’idée de cerner le langage des 13-18 ans, c’est aussi pour permettre au bot d’interpréter leurs questions, comprendre de quoi ils parlent pour apporter la réponse la plus précise et la mieux adaptée possible. C’est aussi une manière de créer une confiance avec l’utilisateur.

Nous savons qu’on ne peut pas se rapprocher à 100% du langage du jeune qui nous parle parce qu’on doit aussi être compris par tout le monde. En tenant compte des différences suivant les régions. Nous ne voulons pas tomber dans la dérision non plus ou dans l’imitation du jeune au point que ce soit lui qui se mette à imiter le bot à la fin. C’est un aspect très important. Nous devons nous placer comme une référence de vérité, un point de repère. Le but ce n’est pas faire dériver les jeunes mais au contraire de les ramener là où nous aimerions qu’ils soient.

En cas de danger, le relais peut être pris par un humain qui donnera toujours le sentiment d’être le chatbot. Mais ce sera bien un humain qui interviendra dans les cas difficiles.

La sexualité est un thème sensible surtout chez les adolescents. Le chatbot garanti l’anonymat. Mais que se passe-t-il si l’adolescent est en danger ?

Si on repère qu’un adolescent est en danger, on aura la possibilité d’alerter les autorités compétentes. Cela peut facilement se détecter à travers les mots-clés. Surtout dans ce cas là, le relais peut être pris par un humain qui donnera toujours le sentiment d’être le chatbot. Mais ce sera bien un humain qui interviendra dans les cas difficiles. C’est tout cet aspect juridique sur lequel nous devons travailler assez vite. Nous devons trouver quel est le minimum obligatoire à fournir pour définir notre positionnement, compte tenu qu’on essaiera toujours doffrir plus. Nous devrons également définir notre éthique.

Proposer à des jeunes de poser des question à une intelligence artificielle plutôt qu’à une personne réelle, qu’est ce que cela dit de notre société ?

Le bot, c’est une présence 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, cela demande moins de ressources pour les entreprises et c’est quelque chose qui est plus en phase avec les jeunes. Il est plus simple de parler à un bot que de parler à quelqu’un, de prendre le numéro d’une personne, psychologue ou autre, ou même avec les personnes qui sont en charge de la psychologie à l’école. C’est plus sécurisant et il n’y a pas de jugement de valeur de la part du bot.

Nous ne pensons pas que cela coupera les adolescents du monde, au contraire. En fait, ce sont les messages postés sur Facebook, Twitter, qui font réagir les jeunes. Ils en discutent dans les groupes et le soir en rentrant chez eux ils pourront venir en discuter plus sérieusement avec le chatbot Ali(x). On ne coupe pas l’ado du monde, au contraire, on le rapproche plus d’une vérité qu’il va finir par partager. C’est comme un dynamique de groupe.

Chatbot Ali(x)
Le chatbot Ali(x) remporte le premier du Sextechlab. Le début d’une aventure pour toute la team.

Vous allez également travailler avec des sexologues ?

Des sexologues sont venus vers nous pendant le hackathon en nous proposant de participer au projet. L’un nous a conseillé de nous tourner vers les étudiants en sexologie dans les universités. Ils auront sans doute un langage plus adapté aux jeunes. Ces étudiants pourront aussi apprendre pour leurs études, leurs projets personnels tout en apportant leur expertise. Ils seront plus proches de la tranche d’âge qu’on vise, que des personnes qui ont terminé leurs études. Ils seront sans doute de meilleurs intermédiaires pour pouvoir nous aider à developper tout le discours et la manière de répondre aux questions. Sans oublier qu’ils coûteront moins chers, ce qui n’est pas négligeable dans un projet en plein développement.

Pourquoi avez vous appelé votre chabot Ali(x) avec le X entre parenthèses ?

Nous voulions un prénom qui soit mixte. Alix est un prénom mixte qui est porté à 82 % par des femmes donc cela contrebalançait le fait qu’on dise UN chatbot qui sera définit avec un vocabulaire masculin. Le X entre parenthèses permet de faire ressortir la thématique sous-jacente de la sexualité. De plus, on se retrouve avec le prénom Ali qui lui est clairement masculin.

Il était important que le prénom soit neutre parce qu’on veut s’adresser autant aux garçons qu’aux filles. Nous allons aussi travailler le langage pour qu’il soit le moins « genrer » possible, pour pouvoir s’adapter à l’ado qu’on aura en face, que ce soit un garçon ou une fille ou un ado qui pense être homosexuel(le). S’adapter en fonction de l’interlocuteur est très important.

Nous pensons aussi « genrer » le bot en fonction de la personne pendant la conversation. S’il est face à une fille, il peut devenir une femme mais au départ, nous voulons vraiment avoir une entité neutre.

C’est aussi avec cette idée de neutralité que nous avons pensé le logo. Quelle tête pouvait avoir le chatbot Ali(x) ? On s’est dit que les garçons ont un pénis, les filles ont des seins mais le point commun entre les deux, ce sont les fesses. On est arrivé assez naturellement à l’abricot, c’est évocateur sans être agressif.

Quelles sont les prochaines étapes maintenant ?

Nous allons bientôt pitcher à Futur en Seine, il y aura ensuite le hackathon vivatech auquel on espère participer. Enfin nous avons plusieurs axes sur lesquels travailler. Pousser le concept pour pouvoir le présenter aux personnes afin d’attirer des investisseurs. Travailler tout l’aspect juridique. L’éducation sexuelle des ados et tout ce qui touche aux violences sont très encadrés en France. Il faut qu’on s’intéresse de près à la législation pour voir notre périmètre d’action. Il va aussi falloir monter un structure juridique pour porter de projet à terme.

Qu’est ce que ça fait de passer du statut d’étudiant à celui d’entrepreneur ?

Si nous ne le faisons pas maintenant, nous ne savons pas quand nous pourrons le faire. Nous avons réuni des compétences en design, en développement, en marketing. Nous n’avons pas de responsabilités extérieures donc c’est le bon moment pour se lancer dans quelque chose. De plus nous avons pas mal de soutiens, notamment de l’Ecole 42 qui soutien l’entreprenariat. Ils vont pouvoir nous apporter des ressources. Au niveau de ECV Digital, il y a une équipe administrative derrière nous capable de répondre aux questions qu’on pourrait se poser et nous donner des contacts. Nous avons donc un bon accompagnement.

Combien de temps avant que le chatbot Ali(x) soit opérationnel ?

Durant le sextechlab, les coaches parlaient d’un an pour pouvoir nourrir en scénarios l’intelligence artificielle, pour qu’elle puisse devenir opérationnelle et capable de répondre aux questions. Si on va trop vite et qu’on n’a pas le temps de la nourrir ça va être juste un peu bête et méchant et tous les scénarios qu’on n’aura pas prévus, n’auront pas de réponses. Il faut mieux prendre son temps et sortir un produit qui soit propre et abouti sinon le projet perd toute crédibilité et il ne s’en remet pas.

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