A l’occasion du 8-M, Journée internationale de la femme, le ministère de l’Égalité a soumis au Conseil des ministres une étude qui apporte des preuves scientifiques sur l’ampleur de la violence sexiste sur Internet. Le rapport conclut qu’il ne s’agit pas d’un phénomène « marginal, mais structurel », compte tenu de sa forte prévalence : 80 % des jeunes femmes entre 16 et 24 ans sont victimes de harcèlement sur les réseaux et, à l’échelle internationale, 70 % des femmes ont subi « une forme ou une autre de violence en ligne ». De même, une fille sur cinq dans l’UE est victime d’abus sexuels en ligne.
Dans le même temps, le rapport souligne que le harcèlement et la violence numériques sont dirigés « de manière disproportionnée » contre les femmes ayant une importance publique, telles que les politiciennes, les journalistes ou les militantes. Ainsi, sept journalistes sur dix ont été victimes de violences en ligne – notamment de campagnes de diffamation – et, dans le cas des députées européennes, le pourcentage est de 58,2 %. Parmi eux, 46,9% ont subi des menaces de mort ou de viol.
« Les attaques sont généralement sexistes et axées sur leur apparence et non sur leurs idées, et ont un objectif qui conduit souvent à l’abandon de l’espace numérique, avec pour conséquence un appauvrissement du débat public et une érosion de la qualité démocratique », conclut le rapport.
Formes multiples
La ministre de l’Égalité, Ana Redondo, lors de la conférence de presse après le Conseil des ministres, a expliqué ces conclusions et a souligné que la violence numérique « croissante » adopte un « mode opératoire varié et renforcé dans l’anonymat et l’absence de contrôles et de limites ». Dans ce contexte, il a souligné que le rapport détecte quatre formes d’action au milieu du « far west numérique ». D’une part, les canulars et les campagnes de désinformation, qui peuvent également s’accompagner de révélations de l’identité des femmes, par exemple de celles qui dénoncent des violences de genre ou sexuelles, attaquant leur vie privée.
De même, il existe des violences sexuelles explicites, à travers la pornographie violente envers les femmes, ou avec la diffusion non consensuelle d’images ou de vidéos intimes ou de « deepfakes » via l’IA. Mais aussi la « violence culturelle », avec une « résignation terminologique », puisque désormais les « charos » sont les « sorcières » du XVIe siècle, comme l’illustre le ministre, ou la « romantisation des rôles traditionnels ».
Solutions
L’étude indique que la violence numérique est « articulée » à travers la manosphère, faisant référence à l’ensemble hétérogène de communautés numériques, de forums et de réseaux sociaux où les discours antiféministes et misogynes sont promus, et qu’elle est « amplifiée par des algorithmes qui récompensent la polarisation ».
Pour toutes ces raisons, il propose comment répondre à cette « attaque mondiale », selon les mots du ministre, avec une feuille de route basée sur l’application du Pacte d’État contre les violences de genre, la régulation et un plus grand contrôle des plateformes et l’éducation préventive.
De même, l’étude suggère qu’il y ait une continuité entre le traitement juridique de la violence en ligne par rapport au « hors ligne » et l’harmonisation des mesures et des normes au sein de l’UE. Il propose également la mise en œuvre de systèmes de vérification de l’âge, pour protéger les mineurs des contenus préjudiciables, et de mécanismes agiles pour supprimer les contenus illicites.