La crise à Ceuta provoque déjà, entre autres dérivés, une nouvelle polémique sur la répartition des mineurs encore présents dans la ville autonome. Quelque chose de très similaire à ce qui s’est passé en 2024 avec les mineurs qui devaient être redistribués à cette occasion depuis les îles Canaries. Santiago Abascal a ensuite rompu unilatéralement toutes les coalitions Vox avec le Parti populaire (PP) en raison de son refus radical de les accepter là où il avait la responsabilité gouvernementale. Alors venait de se terminer un cycle électoral, qui s’étendait des élections de 2022 en Castille-et-León et en Andalousie aux élections basques, galiciennes et catalanes de 2024, avec l’étape préalable importante des élections municipales et régionales puis des élections générales de 2023, et le leader de l’extrême droite a décidé d’opérer un tournant radical dans sa stratégie politique.
Aujourd’hui, le scénario semble différent, à entendre ceux du PP et de Vox qui en viennent à conclure, exprimés en termes familiers, que le sang n’atteindra pas la rivière cette fois. Entre autres parce que le nouveau cycle électoral est en cours, après les élections organisées successivement depuis décembre 2025 en Estrémadure, Aragon, Castille-et-León et Andalousie, un moment qui ne semble pas propice aux ruptures. Ce qui ne veut pas dire, loin de là, et selon les sources consultées dans les deux formations, que la répartition, ou plutôt la négociation de celui-ci avec l’Exécutif central et les autonomies que la droite ne gouverne pas (une minorité, cinq sur dix-sept) va être pacifique. Au contraire, le PP se lèvera pour rendre aussi difficile que possible l’impact d’une répartition que ceux d’Alberto Núñez Feijóo continuent de considérer comme injuste dans les termes ou dans les proportions dans lesquelles elle a été proposée il y a deux ans.
Tout d’abord, ils le feront en revendiquant la soi-disant filiation des mineurs, pour vérifier s’ils sont effectivement majeurs ou non. C’est d’ailleurs traditionnellement l’un des points forts de la position de Vox, qui dénonce une prétendue fraude récurrente sur l’âge réel de ces personnes. Et deuxièmement, le PP, avec ou sans Vox, a l’outil des ressources à portée de main. L’année dernière, la Junta de Andalucía, lorsque Moreno présidait seul, a porté la répartition des mineurs devant la Cour Constitutionnelle (TC) pour une question d’invasion des pouvoirs mais aussi pour manque de ressources pour l’accueil. En plus de tout cela, les gouvernements du PP évoquent le respect de ce qui a été signé avec Vox, ce qui inclut la non-acceptation des « menas », comme les appelle l’extrême droite.
La secrétaire générale adjointe du PP, Alma Ezcurra, leader avec un poids spécifique dans le noyau dur du premier parti d’opposition, a été claire à ce sujet mercredi dans une interview à Onda Cero, où, même si elle s’est distanciée de la position de Vox et a reconnu que la distribution est exigée par la loi, elle a émis des objections à ce sujet. « Le gouvernement espagnol, lors de la distribution précédente, a exclu pour des raisons strictement politiques et par nécessité du président du gouvernement deux communautés autonomes, que sont la Catalogne et le Pays basque », a accusé Pedro Sánchez, pour exiger qu’à cette occasion une distribution soit faite « équitable, avec des données, bien équipée, planifiée et avec le gouvernement espagnol assumant la responsabilité de ses propres actions ».
Mais le fait qu’il ne s’agisse pas exactement d’un terrain politiquement confortable pour le premier parti d’opposition a été clairement démontré peu après à Saint-Sébastien, où le secrétaire général du Parti populaire, Miguel Tellado, dans un large discours dans lequel il a développé ses critiques à l’égard du gouvernement – également à propos de la crise à Ceuta, car selon lui il n’est pas vrai que la normalité y soit retrouvée – a évité de dire un mot sur l’éventuelle redistribution des mineurs.
Pas seulement les gouvernements de coalition
Naturellement, le futur conflit ne concerne pas seulement María Guardiola (Estrémadure), Jorge Azcón (Aragon), Alfonso Fernández Mañueco (Castilla y León) et Juan Manuel Moreno (Andalousie), les barons du PP qui gouvernent avec Vox, puisque ni leurs homologues et coreligionnaires qui gouvernent seuls actuellement, par exemple la présidente de la Communauté de Madrid, Isabel Díaz Ayuso, n’ont ignoré en 2024 l’opposition. à la répartition des mineurs. Mais les regards sont désormais tournés vers eux, chacun profitant de ses vacances mais attentif aux grands enjeux comme ceux-là.
De ces dirigeants, il est transmis qu’ils ne céderont pas d’un pouce sur la réponse donnée à l’été 2024, où, par exemple, la Junta de Castilla y León disait déjà qu’elle était saturée et qu’elle avait largement dépassé sa capacité d’accueil, lorsque Mañueco présidait seul ce gouvernement autonome. « Nous n’avons pas changé notre position », précisent-ils du Conseil d’Administration. Bien que dans ces gouvernements, conformément à ce qu’a déclaré le secrétaire adjoint Ezcurra, il est admis que la loi sur l’immigration, modifiée l’année dernière, qui exige la distribution, ne peut être contournée.
Le conflit qui a conduit il y a deux ans à la rupture unilatérale de plusieurs accords de coalition par Vox a eu pour origine quelque 400 mineurs bloqués aux îles Canaries. Or à Ceuta, selon les premiers calculs, ce chiffre est double, sur un territoire nettement plus petit que celui des îles.