La Commission européenne a annoncé hier que son application très attendue et controversée pour vérifier l’âge des internautes « est techniquement prête et sera bientôt disponible pour que les citoyens puissent l’utiliser » sur leurs téléphones mobiles, ordinateurs et tablettes.
La solution technologique proposée par Bruxelles répond à la pression croissante d’une douzaine de pays européens qui, comme l’Espagne, réclament depuis des mois des mesures pour garantir la protection des mineurs dans le monde numérique. C’est cette mission qui les a amenés à annoncer des restrictions d’accès aux réseaux sociaux pour les adolescents et les enfants.
La réponse de l’Exécutif Communautaire à cette préoccupation n’est pas une application unique et fermée, mais une logiciel base open source que chaque État membre peut adapter à ses besoins pour lancer une application générique. Sa conception, promettent-ils, sera « facile à utiliser ».
Limiter l’accès aux réseaux sociaux est une « mission ratée » si les plateformes ne s’impliquent pas, selon un expert / Le journal
Une fois déployé par les pays, il fonctionnera comme un certificat numérique – similaire à celui activé pendant la pandémie de Covid – qui permettra de prouver que les utilisateurs sont suffisamment âgés pour accéder légalement à des contenus en ligne réservés aux adultes comme la pornographie ou les jeux de hasard.
Comment ça va marcher ?
Pour des raisons pratiques, l’internaute doit télécharger l’application activée par son pays, créer un profil local et authentifier son identité en deux étapes : scanner la puce intégrée à sa pièce d’identité ou son passeport et enregistrer une vidéo pour comparer son visage avec celui qui apparaît sur le document. Après avoir vérifié que vous êtes bien celui que vous dites utiliser la technologie d’analyse biométrique, le programme générera une preuve d’âge. Cette méthode d’identification sera utilisée pour autoriser votre accès à des services soumis à une limite d’âge tels que ceux mentionnés ci-dessus.
La solution européenne sera conçue et développée par la société suédoise logiciel Scytáles et la multinationale allemande T-Systems et seront interopérables avec les futurs portefeuilles d’identité numérique de l’UE (EUDI Wallet), qui seront lancés à la fin de cette année. Cette application mobile permettra de stocker et de partager des documents numériques tels que le DNI ou le permis de conduire, rationalisant ainsi leur utilisation dans les 27 États membres.
L’application de vérification de l’âge sera interopérable avec le portefeuille d’identité numérique de l’UE, prévu pour fin 2026.
Qu’arrive-t-il à ma vie privée ?
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a réitéré que la solution européenne respectera « les normes de confidentialité les plus élevées », un véritable défi. Selon le portail technique activé par l’Union européenne, le certificat ne stockera pas les données personnelles des utilisateurs (nom, date de naissance ou âge exact), mais uniquement l’attestation qu’ils ont dépassé un certain âge. L’application pourrait être adaptée pour tester d’autres tranches d’âge, par exemple pour limiter l’accès aux plateformes numériques aux plus de 16 ans, comme le prévoit l’interdiction espagnole annoncée par Pedro Sánchez.
Pour ce faire, l’application utilisera un protocole cryptographique appelé Preuve de connaissance zéro (preuve de connaissance nulle) — dans laquelle un tiers confirme que la déclaration est vraie — pour vérifier l’identité de manière anonyme, respectant ainsi les réglementations en matière de protection des données. Cela garantirait que l’internaute qui choisit d’accéder légalement à des sites de paris ou à des contenus pornographiques puisse le faire sans que son anonymat ne soit compromis.

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, lors de sa comparution ce lundi. /NICOLAS TUCAT /AFP
Néanmoins, le projet de l’UE comporte encore des détails techniques incomplets ou non résolus, car ils ne seront déterminés que lorsque chaque État membre décidera de la manière dont il déploiera et adaptera la solution à son cadre juridique. En outre, la vérification de l’âge en ligne éveille les soupçons des organisations de défense des droits numériques telles que l’Electronic Frontier Foundation, qui a averti que « les systèmes de vérification de l’âge sont, par essence, des systèmes de surveillance ».