Une vidéo enregistrée au célèbre carrefour du quartier de Shibuya, à Tokyo (Japon), a une fois de plus placé le phénomène connu sous le nom de « butsukari », une forme d’agression par laquelle une personne en pousse délibérément une autre dans des lieux publics bondés, au centre du débat au Japon.
Les images, devenues virales sur les réseaux sociaux et dépassant le million de vues sur Instagram en quelques semaines seulement, montrent une jeune fille posant souriante en faisant le signe de la paix devant la caméra. Quelques secondes plus tard, une femme portant un masque chirurgical la pousse par derrière et la jette au sol, avant de continuer à marcher sans s’arrêter. La vidéo a été enregistrée par la mère du mineur.
L’incident s’est produit le 25 février à l’un des passages pour piétons les plus fréquentés au monde. La plupart des commentaires sur les réseaux sociaux condamnent le comportement de l’agresseur, même si certains utilisateurs remettent en question le fait que la mère et la fille se tiennent au milieu d’un carrefour aussi fréquenté pour prendre des photos.
Un phénomène qui a gagné en visibilité en 2018
Cette affaire est considérée comme l’un des exemples les plus visibles de ce que l’on appelle les « butsukari otoko » – que l’on peut traduire par « les hommes qui poussent » -, une série d’attaques au cours desquelles des personnes s’en prennent délibérément à des piétons sans méfiance dans des gares, des rues ou des espaces très fréquentés.
Bien que le terme ait été popularisé pour désigner les agresseurs masculins, des incidents impliquant des femmes ont également été enregistrés, comme c’est le cas ici.
Le phénomène a commencé à attirer l’attention du public en 2018, lorsqu’une vidéo a été diffusée dans laquelle un homme bousculait délibérément plusieurs femmes à la gare de Shinjuku, également au Japon, la gare la plus fréquentée du monde, selon le journal britannique ‘The Guardian’.
Cas antérieurs
Depuis, différents cas ont été enregistrés. En mai de l’année dernière, un enseignant de 59 ans a été arrêté dans la ville japonaise de Fukuoka, accusé d’avoir agressé plusieurs passants en les frappant avec son sac alors qu’il marchait.
Ce type d’agression peut être puni au Japon de deux ans de prison ou d’une amende maximale de 300 000 yens (un peu plus de 1 600 euros), même si les sanctions augmentent en cas de blessures.
Des incidents ont également été signalés autour de la gare Tamachi à Tokyo. Dans l’un d’eux, une femme a été si durement frappée qu’elle a eu des côtes cassées.
A titre préventif, les autorités ont aménagé des voies délimitées par des bornes pour réguler le flux des piétons aux entrées de la gare.
Une femme portant un masque fait du vélo dans une rue de Tokyo. /James Matsumoto
Un problème sans statistiques officielles
Le manque de données officielles rend difficile la mesure du phénomène, mais, selon ‘The Guardian’, une enquête réalisée en 2024 auprès de 21 000 personnes a révélé que 14% d’entre elles affirmaient avoir été victimes de ‘butsukari’. Par ailleurs, 6% déclarent avoir été témoins d’une agression et 5% déclarent avoir vécu les deux situations.
Dans de nombreux cas, les agresseurs présumés profitent de la densité de la foule pour se fondre parmi les piétons et éviter d’être identifiés. Certaines victimes ne se rendent même pas compte qu’elles ont été délibérément poussées.
Stress social et tensions entre les sexes
Les experts soulignent que le phénomène pourrait être lié aux tensions sociales et aux changements dans la dynamique de genre. Le sociologue Kiryu Masayuki, professeur à l’université japonaise de Toyo et spécialiste en psychologie criminelle, a décrit ce comportement comme « un reflet de la société moderne ».
Selon l’universitaire, certaines personnes utilisent ce type d’agression comme moyen d’évacuer la frustration dans un contexte marqué par l’incertitude du travail et la transformation des rôles traditionnels de la masculinité.
L’essor du tourisme au Japon a également accru la pression sur les zones très visitées de villes telles que Tokyo, Kyoto et Osaka. Des foules de visiteurs s’arrêtent souvent dans des lieux emblématiques pour filmer ou prendre des photos pour les réseaux sociaux, augmentant ainsi la congestion dans des espaces déjà très fréquentés.
L’incident viral de Shibuya
Suite à l’incident de Shibuya, l’ambassade de Chine à Tokyo a recommandé à ses citoyens de se tenir à distance des autres piétons dans les endroits très fréquentés et d’éviter d’utiliser leur téléphone portable en marchant.
La jeune fille qui apparaît dans la vidéo, d’origine taïwanaise, selon le journal britannique, n’a pas été blessée. Sa mère a expliqué plus tard qu’elle avait enregistré par inadvertance une « scène terrifiante ». Il a également affirmé avoir reçu des critiques et des insultes sur internet pour avoir pris des photos de sa fille au milieu du passage piéton.
Photographies au carrefour
La femme a reconnu qu’elle avait peut-être été négligente face au flux de piétons, même si elle a insisté sur le fait qu’elle n’enfreignait pas le code de la route. Comme il l’a expliqué, il a suivi les recommandations publiées en chinois sur le portail touristique « Go Tokyo », géré par l’office du tourisme de la capitale japonaise, qui indique aux visiteurs qu’ils peuvent même s’arrêter à l’intersection pour prendre des photos.
Cependant, le site espagnol du même portail touristique recommande de « photographier la horde de piétons d’en haut ».