Pas sans autorisation espagnole. Les bases militaires espagnoles à usage conjoint avec les forces nord-américaines sont « de pleins espaces de souveraineté espagnole » et ne peuvent être utilisées pour aucun objectif sans l’approbation du pays hôte », expliquent des sources militaires espagnoles à ce journal après avoir révélé la déclaration du président nord-américain Donald Trump, faite ce mardi, selon laquelle il peut ordonner à ses forces en Europe d’utiliser Rota et Morón s’il le souhaite.
« L’Espagne dit désormais que nous ne pouvons pas utiliser les bases », a expliqué Trump à un groupe de journalistes à la Maison Blanche. « Nous n’en avons pas besoin. En gros, nous pourrions les utiliser, nous pourrions voler là-bas et les utiliser. Personne ne nous dira de ne pas les utiliser », a-t-il ajouté. Mais sa déclaration n’est pas étayée par le texte de l’accord entre l’Espagne et les États-Unis qui régit l’utilisation conjointe des quais et pistes de Rota (Cadix) et de l’aérodrome militaire de Morón (Séville).
Elle n’est pas exprimée dans une disposition supplémentaire de l’accord, ni dans un ajout ultérieur, mais dans l’article 2 du traité qui est le résultat de la renégociation conclue en 1989. Le texte, officiel après sa publication au BOE le 6 mai de cette année-là, établit dans le deuxième alinéa de l’article 2 que « l’Espagne accorde aux États-Unis d’Amérique (…) des autorisations d’utilisation sur le territoire, la mer territoriale et l’espace aérien espagnols pour des objectifs entrant dans le champ d’application bilatéral ou multilatéral du présent accord » et ajoute : « Toute utilisation qui va au-delà de ces objectifs nécessitera une autorisation préalable du gouvernement espagnol.
Une autorisation espagnole préalable est essentielle. Et le « champ d’application bilatéral et multilatéral » est défini dans le préambule du traité. Au fond, des opérations communes dues à l’appartenance commune des deux pays à l’OTAN et à « l’idéal commun de respect des principes de démocratie, des libertés individuelles et de l’État de droit » ainsi qu’à la « foi » des deux États signataires dans « les buts et principes de la Charte des Nations Unies ».
Attaque sans soutien juridique
Ce mardi, il n’y a pas de réaction officielle du ministère de la Défense. Des sources de la Moncloa ont commenté, après les propos mécontents de Trump qualifiant l’Espagne de « terrible allié », que « l’Espagne est un membre clé de l’OTAN, qui respecte ses engagements et contribue de manière significative à la défense du territoire européen ».
Margarita Robles, ce lundi à la base aérienne d’Armilla (Grenade) /M Défense
Le département gouvernemental dirigé par Margarita Robles fait référence aux déclarations faites hier par le ministre après avoir visité l’école de pilotage d’hélicoptère de la base d’Armilla (Grenade). Après avoir « catégoriquement » nié que les États-Unis n’aient reçu « absolument aucun soutien » à Rota ou à Morón pour leurs attaques contre l’Iran, le ministre de la Défense a expliqué la position du gouvernement espagnol : « Nous comprenons qu’à l’heure actuelle, le traité n’est pas applicable à ces actions spécifiques ».
Il faisait référence au fait qu' »en ce moment, dans l’opération qu’elles mènent, les armées d’Israël et des États-Unis agissent unilatéralement, sans le soutien d’une résolution internationale ». Robles a soutenu que l’attaque israélo-américaine contre l’Iran « doit s’opérer dans le cadre de la légalité internationale, une protection internationale, quelle que soit sa portée, pour que ces opérations puissent être menées ».
Question de souveraineté
L’accord signé par l’Espagne et les États-Unis consacre un article entier à la réaffirmation de la souveraineté espagnole sur les bases. L’article 24 dit : « Les parties réaffirment que cet accord de coopération en matière de défense a été conclu en reconnaissant la pleine souveraineté et le contrôle de l’Espagne sur son territoire et son espace aérien. »
L’article 24 établit également que toutes les autorisations de vols et de navigation sur le territoire espagnol par des plates-formes militaires nord-américaines seront délivrées en vertu d’autorisations qui « seront appliquées conformément à ces principes de souveraineté et de contrôle ».

Le contre-amiral Brad Rosen, chef du Commandement naval nord-américain pour l’Europe et l’Afrique centrale, s’adresse aux marins stationnés à la base lors d’une intervention en septembre dernier. / Jett Morgan – Marine américaine
Ce week-end, le Pentagone a entamé un retrait – achevé lundi – de 14 gros avions ravitailleurs de l’armée de l’air nord-américaine, qui participent à des tâches de ravitaillement des chasseurs participant à la guerre. Les avions mis à la retraite, provenant pour la plupart de la base allemande de Rammstein, ne sont pas des avions de combat, mais plutôt des avions de transport. L’article 25 de l’accord prévoit l’utilisation des bases à des fins de soutien logistique, mais « aux forces des États-Unis d’Amérique déployées en Espagne, ou aux avions dépendant de ces forces ». À cette fin, l’accord établit la nécessité de « notifier le commandement de la base du type et du but de la mission ».
Si cet objectif n’est pas conforme à l’article 2 de l’accord, le cercle obligatoire du refus espagnol est à nouveau fermé.
Trump a déclaré cet après-midi que les États-Unis n’ont pas besoin des bases espagnoles, et sa déclaration de dépit contraste avec la description officielle des installations de Rota faite par la marine américaine et le Commandement naval nord-américain pour l’Europe et l’Afrique centrale (EURAFCENT) : Rota « joue un rôle crucial dans le soutien des objectifs et de la défense de notre nation, en fournissant un soutien logistique inégalé et une présence stratégique à toutes nos forces armées et alliés », disent-ils sur le portail d’accueil du personnel militaire nord-américain stationné dans la base de Cadix.
Le 4 septembre, le contre-amiral nord-américain et chef d’EURAFCENT, Brad Rosen, s’est rendu à Rota. Le haut responsable naval nord-américain, devant un auditoire composé de militaires stationnés à la base de Cadix, a décrit Rota comme une « porte d’entrée vers la Méditerranée », un « multiplicateur de force capable de déployer et de soutenir rapidement des forces prêtes au combat sur terre, dans les airs et sur mer ».