Conrado Estol, neurologue, prévient que s’endormir en moins de cinq minutes peut indiquer un déficit chronique de sommeil

Dormir est l’une des habitudes naturelles les plus importantes de l’espèce humaine. Il est essentiel de pouvoir rester en bonne santé et faire fonctionner correctement son corps. Mais combien d’heures devons-nous dormir ? Le neurologue Conrado Estol a suscité le débat en analysant la manière dont la société interprète actuellement ses habitudes de sommeil.

Selon le spécialiste, de nombreuses personnes croient bien dormir uniquement parce qu’elles s’endorment rapidement ou parce qu’elles utilisent des applications qui promettent de mesurer avec précision chaque minute de repos. Cependant, ces perceptions sont trompeuses et, dans certains cas, peuvent même aggraver les problèmes de sommeil.

La vitesse d’endormissement… Est-ce sain ?

L’un des principaux avertissements d’Estol est que s’endormir en quelques minutes n’est pas un signe d’efficacité, mais plutôt un indicateur possible d’un manque de repos accumulé. Lorsqu’une personne s’endort presque immédiatement, explique-t-il, le corps réagit à l’épuisement plutôt qu’à un comportement sain. C’est pourquoi il insiste sur le fait qu’une vitesse extrême n’est pas une réussite, mais un signal d’alarme.

Un autre phénomène auquel Estol accorde une importance particulière est l’orthosomnie, un type d’insomnie associé à un contrôle excessif du sommeil. La popularisation des appareils qui enregistrent chaque mouvement nocturne a généré un état de surveillance permanente chez de nombreuses personnes. Au lieu d’améliorer le repos, cette obsession d’obtenir des « données parfaites » produit de l’anxiété et diminue la qualité du sommeil.

Le neurologue rappelle également qu’un pourcentage élevé de la population, soit près de quatre personnes sur dix, ne dort pas suffisamment. Une partie de ce problème réside dans le manque de connaissances sur le fonctionnement réel du sommeil. Il ne s’agit pas d’un état uniforme : il est composé de phases légères, d’étapes profondes et de périodes REM, chacune essentielle au traitement des émotions, à la fixation des souvenirs et à la récupération du corps.

Sept heures, le nécessaire et optimal

Des études à grande échelle, comme celles menées auprès de centaines de milliers de participants au Royaume-Uni, soutiennent l’idée selon laquelle la durée optimale du sommeil est d’environ sept heures. Dormir moins de six ou plus de neuf réduit non seulement les performances quotidiennes, mais augmente également le risque de maladie cardiaque, de déclin cognitif et de troubles neurologiques. Le nombre d’heures est donc un facteur de santé crucial.

Au fil des années, le sommeil profond a tendance à diminuer. Cette réduction favorise l’accumulation de substances que le cerveau devrait éliminer pendant la nuit, dont des protéines liées à des troubles comme la maladie d’Alzheimer. Estol met en avant le rôle du système glymphatique dont le fonctionnement dépend presque entièrement d’un repos adéquat et régulier.

Le spécialiste énumère également plusieurs facteurs du quotidien qui nuisent au sommeil : stress persistant, consommation élevée de caféine, alcool avant le coucher et repas copieux de dernière minute. Il recommande plutôt de maintenir des routines stables, de respecter des horaires fixes et de prêter attention aux troubles comme l’apnée du sommeil. Pour ce dernier problème, il souligne que l’utilisation d’appareils CPAP peut faire une différence notable sur la santé. Quant aux siestes, il suggère qu’elles n’excèdent pas 30 minutes.