600 millions supplémentaires pour les fabricants et les supermarchés pour stocker les emballages usagés

Certaines chaînes de supermarchés ont déjà commencé à chercher des espaces dans leurs magasins pour installer de futures machines de consigne ou pour aménager des zones de stockage. Et les fabricants de boissons gazeuses, qui seront les premiers concernés par la nouvelle réglementation, travaillent sur de nouveaux labels, sur le développement de matériaux plus durables « et sur des campagnes d’information pour les citoyens, car ce seront eux, les consommateurs, qui devront apprendre que certains contenants pourront être rapportés au supermarché, comme alternative au contenant jaune », explique Beatriz Blasco, directrice générale de l’Association des fabricants de boissons gazeuses (Anfabra). La mise en œuvre en novembre 2026 du nouveau système de reprise, de consigne et de retour des emballages, celui baptisé du sigle SDDR, prend d’assaut le secteur alimentaire, qui estime que, dans un premier temps, cela impliquera un investissement compris entre 400 et 600 millions d’euros.

La mesure, qui dans sa première phase affectera les consommateurs qui achètent des boissons en canettes, en briques et en bouteilles en plastique à usage unique, sera ensuite étendue à d’autres domaines, notamment l’industrie hôtelière. « Nous travaillons avec les entreprises et les organisations concernées pour essayer de concevoir un système commun pour tous, mais cela ne veut pas dire que chaque entreprise, à un niveau individuel, n’a pas déjà commencé à calculer comment elle va faire face à ce changement important dans chaque établissement », explique Amaya Prat, responsable du développement durable du groupe Ametller Origen, qui dispose d’un réseau de plus de 140 points de vente en Catalogne. « Dans notre cas, nous analysons chaque situation, chaque particularité : les mètres carrés des magasins ou s’il s’agit d’un noyau isolé… Tout doit être étudié individuellement », souligne Prat.

Détail de l’une des machines de dépôt d’emballages en plastique utilisées dans un supermarché d’Essen, en Allemagne. /EPC

Le groupe de travail mentionné par la directive Ametller et qui prépare le déploiement du SDDR est composé « d’environ 400 personnes, qui représentent actuellement plus de 90% du secteur et qui évaluent déjà comment agir zone par zone, de la logistique au juridique, en passant par d’autres comme la communication », indique son président, Josep Maria Bonmatí, qui est également directeur général de la grande association de consommateurs Aecoc. Et, rappelle Bonmatí, la démonstration des dimensions qu’aura ce nouveau système « nécessite un développement très important avant de prendre des décisions d’investissement ». « Nous sommes encore dans une phase très initiale, en attendant que le Gouvernement nous accorde l’autorisation de nous reconnaître comme opérateurs et jusqu’à ce que cela soit fait, nous ne serons pas en mesure de fournir un chiffre exact de l’impact économique de la mesure », souligne-t-il.

La conception d’un modèle complexe

Le modèle SDDR espagnol sera l’un des plus complexes qui existent en Europe, expliquent à ce journal des sources du secteur de la distribution. Chaque année, environ 18 milliards de conteneurs sont utilisés en Espagne. « Mais il faut aussi garder à l’esprit que plus de 90 millions de touristes viennent ici chaque année, qui consomment des boissons et dont les emballages restent souvent non recyclés », soulignent les mêmes sources. A cela il faut ajouter le poids important du secteur de la restauration et de l’hôtellerie, avec quelque 264 000 établissements, où prédominent les bars et cafés (62%), suivis des restaurants (31%) et des services de restauration (7%), et enfin la dispersion territoriale, avec plus de 8 100 communes, dont 61,5% comptent moins de 1 000 habitants.

La mise en œuvre de ce modèle, qui fonctionne depuis des années dans d’autres pays européens comme l’Allemagne, était déjà prévue dans la loi sur les emballages commerciaux et industriels de 2022, mais le ministère de la Transition écologique a décidé d’accélérer son déploiement, après avoir été alerté par Bruxelles du succès limité du système de collecte actuel, celui des conteneurs dans lesquels les citoyens déposent volontairement leurs déchets. En 2023, l’Espagne n’a réussi à collecter séparément que 41,3 % des bouteilles de boissons en plastique, un pourcentage encore très loin de l’objectif de 70 % fixé pour la même année dans la loi espagnole sur les déchets.

Ouvrier dans une usine de comptage d’emballages en Rhénanie du Nord-Westphalie.

Ouvrier dans une usine de comptage d’emballages en Rhénanie du Nord-Westphalie. / Retours

Comment ça va fonctionner ?

Le système de retour, tel qu’appliqué dans d’autres pays, consiste à facturer une caution supplémentaire lors de l’achat d’une boisson. Le montant n’a pas encore été décidé, mais diverses sources suggèrent qu’il pourrait varier entre sept centimes d’euro et 40 centimes d’euro. Ce montant est restitué lorsque le client rapporte le contenant vide dans un point de collecte agréé, qui ne coïncide pas toujours avec l’établissement où il l’a acheté.

« Nous nous basons sur ce que dit la loi de 2022, mais le gouvernement travaille entre-temps sur une réglementation qui précisera les aspects du système », affirme Bonmatí, qui craint que « quand ce nouveau document sortira, le secteur constatera qu’il ne lui reste que quelques mois pour tout adapter à l’entrée en vigueur du système, prévue dans un an ». Pour l’instant, « ce que fait chaque entreprise, c’est décider, par exemple, quel type de machines elle installe, si elles sont automatiques ou si elles sont séparables ».

Abonnez-vous pour continuer la lecture