La « stupeur » du juge qui laisse pantois

L’existence de ce que l’on appelle les « juges étoiles » n’est pas une exception espagnole puisque Baltasar Garzón a donné un sens à cette expression. Dans les pays où l’instruction revient également aux juges, des profils similaires ont émergé, portés par la médiatisation des affaires sur lesquelles ils instruisaient. En Italie, le groupe de juges anti-corruption connu sous le nom de « pool anti-mafia » de Palerme est devenu une icône nationale dans les années 1980 et 1990, avec Giovanni Falcone et Paolo Borsellino – tous deux assassinés – comme figures de proue. En France, Renaud Van Ruymbeke, chargé des enquêtes sur l’homme d’affaires Bernard Tapie ou le géant pétrolier Elf, a été surnommé le « juge incorruptible » et a joué dans des couvertures et des documentaires.

La principale différence entre ces cas et ceux que l’on trouve en Espagne réside dans le désir non dissimulé de notoriété de certains magistrats espagnols. Une minorité, il est vrai, parmi les 5 416 juges qui composent la carrière judiciaire, mais très bruyante. Le dernier exemple en date est celui de Leopoldo Puente, qui a montré dans une voiture sa « stupeur » face à la continuité de José Luis Ábalos comme député au Congrès.

Les juges ont la responsabilité d’agir avec impartialité, objectivité et dans le strict respect de la légalité, sans porter de jugements de valeur. Cette séparation des fonctions n’est pas seulement un mandat constitutionnel, mais une garantie essentielle pour préserver la confiance des citoyens dans les institutions et garantir l’équilibre de l’État de droit.

Quelle que soit la gravité des actes reprochés à Ábalos, et bien qu’il puisse être obscène qu’il continue à percevoir un salaire public et que la chose éthique à faire aurait été de démissionner, il n’y a pas de conviction ferme et il n’a pas été disqualifié. Semer l’idée qu’il devrait être démis de ses fonctions avant d’être condamné porte atteinte à sa présomption d’innocence de la part de celui qui doit la préserver. Lorsqu’un juge déclare sa « stupeur » face à une décision politique, il franchit une ligne dangereuse et érode son indépendance.

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