Dix mois après la mort du fondateur de Mango, Isak Andic, après une chute de plus de cent mètres alors qu’il revenait avec son fils Jonathan d’une excursion sur un sentier de montagne à Collbató, sa famille est confrontée à une procédure judiciaire délicate et à un conflit interne concernant son héritage. L’épouse actuelle d’Isak Andic, Estefania Knuth, n’accepterait pas, comme l’a annoncé EL PAÍS ce vendredi, sa part de l’héritage de l’homme d’affaires milliardaire, qui possédait la plus grande fortune de Catalogne (la cinquième d’Espagne). En effet, comme l’a appris EL PERIÓDICO de sources proches de la famille, la femme aurait passé des semaines à essayer de convenir avec les trois enfants du fondateur de Mango, ses héritiers, d’un montant plus convenable pour elle.
Les enfants d’Andic ont essayé de négocier avec Knuth un chiffre qui la satisferait davantage, mais ils n’y sont pas parvenus et la différence entre les parties est « épouvantable ».
Le testament d’Isak Andic indique que son souhait était que l’héritage soit partagé à parts égales entre ses trois enfants (Jonathan, Sarah et Judith) et que certaines personnes reçoivent une autre partie de l’héritage. Le premier équivaut à l’ensemble de ses biens (Mango, bateaux, œuvres d’art, biens immobiliers… et aussi toutes ses dettes) et le second est une somme déterminée qui est laissée au nom des personnes librement choisies par le défunt. Knuth fait partie de ces personnes.
Le conflit aurait éclaté lorsqu’elle n’était pas d’accord avec ce montant, espérant recevoir bien plus que ce qui était indiqué dans le document. C’est ainsi qu’elle l’a transmis à ses enfants, qui auraient tenté de négocier avec elle un chiffre qui la satisferait davantage. Cela n’a pas été le cas, au point que les sources consultées par ce journal parlent d’une « distance abyssale » entre un parti et l’autre.
Les Andiques ont déjà déposé devant notaire le montant qui correspond à la veuve selon le testament
Ce que sait EL PERIÓDICO, c’est que les Andiques ont déjà déposé devant notaire le montant qui correspond à la veuve selon le testament, donc l’affaire reste en suspens pour qu’elle accepte ou propose une autre alternative, ou s’adresse au tribunal pour judiciariser l’affaire.
Interrogée directement à ce sujet par les sources qui font office de porte-parole officiels de la famille, la réponse reste la même qu’il y a quelques mois : « La famille Andic ne parle pas des questions liées à l’héritage ».
Désaccords personnels
Les mauvaises relations familiales se reflètent également dans l’enquête sur l’affaire. Le tribunal d’instruction numéro 5 de Martorell a ordonné une enquête sur la mauvaise relation entre Isak Andic et son fils, qui, comme l’expliquent des sources judiciaires à ce journal, serait due à des problèmes sans rapport avec l’entreprise.
Les déclarations des témoins, recueillies dans un rapport des Mossos d’Esquadra, reflètent des divergences : tandis que Knuth aurait expliqué à la police que la relation père-fils avait traversé des moments difficiles, notamment il y a dix ans, en raison de problèmes liés à la situation financière de Mango, d’autres proches auraient souligné que ces divergences étaient récentes et que dans les mois précédant la mort d’Andic, le père et le fils avaient eu des désaccords pour des raisons personnelles sans rapport avec la développement de l’entreprise. Leur voyage à Collbató était une tentative d’aplanir ces points difficiles.
Tandis que la veuve évoque d’anciens désaccords, des témoins du milieu familial affirment que les tensions entre père et enfants étaient récentes.
Les Mossos, qui considéraient l’enquête close et estimaient que la mort de l’homme d’affaires était un accident, ont de nouveau concentré leur attention sur Jonathan Andic après avoir reçu l’ordre du tribunal d’examiner son téléphone portable. Il l’a remis le 9 septembre et depuis lors, la police en examine le contenu, aussi bien les derniers messages avec son père, que les appels qu’il a passés juste après l’accident mortel, qui sont allés aux urgences et à Knuth, et les photos qu’il aurait pu prendre de la zone de la chute, même s’il a d’abord déclaré qu’il n’avait pas pris de photos.
Le TSJC assure qu’il n’y a aucun accusé dans cette affaire et que l’enquête « n’est dirigée contre aucune personne en particulier »
C’est sur la base de ces contradictions de Jonathan Andic devant la police que le tribunal a ordonné l’examen du contenu de son téléphone. Dans ce contexte, et pour répondre à ces enquêtes, le statut juridique du fils aîné du fondateur de Mango passe de témoin à mis en examen. Les Mossos veulent savoir si Jonathan a pris plus de photos le jour de la chute, quels appels il a passés et clarifier la relation avec son père. Le juge a pris cette décision après avoir reçu le rapport de police contenant le contenu du téléphone portable d’Isak Andic, qui a été détruit, et après avoir appris que Jonathan avait changé de terminal peu après l’accident, selon plusieurs sources.
Des sources policières assurent à ce journal qu’à aucun moment Jonathan Andic n’est accusé d’homicide. Dans le même sens, le Tribunal Supérieur de Justice de Catalogne (TSJC) a souligné que le tribunal de Martorell n’a inculpé judiciairement personne dans cette affaire. « L’enquête, du point de vue procédural, n’a pas été et n’est pas dirigée contre une personne en particulier », souligne le communiqué.