L’homme d’affaires vénézuélien Leopoldo Alejandro Betancourt, détenu pendant quelques heures en septembre dernier sur ordre du juge Santiago Pedraz, qui enquête sur lui dans une affaire secrète, a suivi le magnat vénézuélien de la communication Raúl Antonio Gorrín et a soutenu devant le Tribunal national que la justice du pays gouverné par Nicolás Maduro l’avait déjà disculpé pour les mêmes faits.
Cette défense de Gorrín a convaincu la juge du Tribunal national María Tardón, même si elle a été sévèrement critiquée par le Bureau du Procureur Anti-Corruption, car elle a révélé « le manque d’indépendance du système judiciaire au Venezuela », une situation qui « a été largement documentée et dénoncée par les organisations internationales », « tant les Nations Unies que le système interaméricain ».
Malgré ces doutes sur l’indépendance du système judiciaire vénézuélien, la Chambre pénale du Tribunal national, dans le cas de Raúl Gorrín, a confirmé le 15 septembre, comme le rapporte La Razón, la décision prise par le juge Tardón d’archiver le procès contre ce magnat de la communication.
« Pertinence » pour la décision bolivarienne
Le juge a donné « pertinence au rejet émis par le XIe Tribunal de première instance agissant en tant que contrôle judiciaire pénal de la zone métropolitaine de Caracas, en date du 16/09/2020, en relation avec des opérations de crédit qui, selon le rapport de la police espagnole, constituaient le délit antérieur à une activité ultérieure de blanchiment d’argent commise en Espagne », rappelle le jugement, auquel cette rédaction a eu accès.
En ce sens, les magistrats soulignent que l’appel de la défense de Gorrín dans lequel il a demandé le non-lieu « est accompagné du témoignage d’une résolution émise par le XIe Tribunal de première instance agissant comme contrôle judiciaire pénal de la zone métropolitaine de Caracas, en date du 16/09/2020, qui décrète le non-lieu du dossier concernant lui et deux autres personnes impliquées ».
La Chambre pénale du Tribunal national souligne également que ce document n’est pas une « simple copie informelle fournie par une partie, mais plutôt une copie dûment certifiée et revêtue de l’Apostille de la Convention de La Haye, qui certifie son existence.
La justice de Caracas a donné son aval à Maduro
Mais la preuve du manque d’indépendance de la justice vénézuélienne, expliquent les sources consultées, est qu’en août 2024 la plus haute instance judiciaire, une extension politique du palais de Miraflores vêtue de toges, a ratifié sa « compétence » pour certifier « de manière illimitée et sans équivoque » les résultats diffusés par le régime bolivarien.
La Cour suprême de justice du Venezuela (TSJ) a approuvé le prononcé du Conseil national électoral (CNE) du pays sud-américain qui, sans présenter le procès-verbal, a donné la victoire à Nicolas Maduro aux élections du 28 juillet 2024.
Dans le cas de Gorrín, le Parquet a regretté que la décision d’archivage soit intervenue alors que « l’achèvement de la Commission rogatoire internationale délivrée au Venezuela était encore en attente, la réception des rapports de police déjà convenus (…) et l’évaluation des renseignements financiers déjà demandés et qui a été achevée concernant les ordonnances d’enquête européennes envoyées à l’Estonie, à la Lettonie, au Luxembourg et à la République tchèque ».
Un château à Tolède
Parmi les propriétés de Betancourt qui ont été enregistrées en Espagne par des agents de l’Unité de délinquance économique et fiscale (UDEF) de la police nationale, dans la pièce secrète que Pedraz instruit, se distingue le Château d’Alamín, à Tolède, qui appartenait à l’ancien président de l’association patronale Gerardo Díaz Ferrán. Selon le journal numérique vénézuélien en exil El Pitazo, Betancourt ferait partie des hommes d’affaires connus dans le pays sud-américain sous le nom de « bolichicos », qui « sans expérience dans le domaine électrique ont fondé Derwick Associates il y a dix ans et ont obtenu des milliards de dollars en contrats gouvernementaux pour la construction de nouvelles centrales de production d’électricité ».
Les calculs de l’ONG Transparency Venezuela in Exile estiment que les contrats payés par le gouvernement de Hugo Chávez auraient dépassé « 2,9 milliards de dollars », soit environ 2,5 milliards d’euros.
Nervis G. Villalobos
Parallèlement, le juge Pedraz a ordonné la perquisition, suite à une commission rogatoire du parquet suisse, des propriétés de l’ancien vice-ministre vénézuélien de l’énergie Nervis G. Villalobos.
Selon un rapport de police, Villalobos aurait remis à une banque d’Andorre « un contrat signé par son épouse, par lequel la société Ingespre aiderait Derwick (Alejandro Betancourt) à obtenir des contrats avec des entreprises publiques vénézuéliennes du secteur de l’énergie. Un fait qui s’est finalement produit, puisque Derwick a obtenu plusieurs contrats avec l’entreprise publique vénézuélienne EDC pendant la période de ces transferts », affirme le document.
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