L’espace politique vaste et atomisé à gauche du PSOE est agité depuis des mois après la proposition défendue par le porte-parole de l’ERC au Congrès, Gabriel Rufián, de former un front unitaire qui augmente les possibilités électorales pour éviter une majorité absolue du PP et de Vox aux prochaines élections générales. Après avoir défendu cette formule lors d’un événement à Madrid, le leader républicain présentera ce jeudi à Barcelone, avec l’eurodéputée de Podemos Irene Montero, une idée qui n’a pas le soutien de la direction de son parti. Mais que pensent les Espagnols de cette proposition ? Une « enquête flash » réalisée par le Gabinet d’Estudis Socials i Opinió Pública (GESOP) pour EL PERIÓDICO conclut que l’initiative a suscité un intérêt notable, en particulier de la part de l’électorat progressiste, mais qu’une hypothétique direction de Rufián pourrait être contre-productive.
Près de la moitié des Espagnols, soit 45,9%, apprécient positivement la proposition de Rufián selon laquelle tous les partis à gauche du PSOE parviennent à un accord pour affronter l’extrême droite. Ce pourcentage dépasse 75 % parmi les électeurs du PSOE et 85 % parmi les électeurs de l’ERC et de Sumar, le Pays basque et la Catalogne étant les autonomies où il attire le plus de soutien, au-dessus de 60 %. Dans le cas de la Catalogne, il y a plus de partisans parmi les catalans (65%) que parmi les hispanophones (58,3%). Et selon l’âge, le soutien se situe autour de la moyenne de l’État dans tous les groupes, sauf chez les plus jeunes (18 à 29 ans), où il est réduit à 37,3 %.
Or, interrogés sur la probabilité de voter pour une candidature dirigée par Rufián qui permettrait d’ajouter tous les votes de gauche, seuls 10% des personnes interrogées affirment qu’ils pourraient voter en toute certitude pour cette liste, tandis que trois sur dix (29,3%) n’envisageraient en aucun cas de choisir ce scrutin. Environ 10 % était le pourcentage de voix des candidats à gauche du PSOE aux élections générales de 2023. Toutefois, trois nuances doivent être prises en compte. La première est que la question a été posée sur une échelle de 0 à 10 et qu’aux 10% de répondants précités qui se placent en probabilité 10, il faut ajouter les 10% qui se placent en probabilité 9 et les 9,3% situés en probabilité 8.
La deuxième nuance est que la question soulève l’hypothèse que Rufián était en tête de liste, le résultat pourrait donc varier en fonction du candidat. Et la troisième nuance est qu’une partie de l’électorat, les électeurs de droite, n’envisagerait jamais de soutenir une liste présentant ces caractéristiques. Quoi qu’il en soit, le pourcentage d’électeurs sûrs de cette hypothétique candidature augmente parmi les électeurs de l’ERC (30,1%), Sumar (24,3%) et du PSOE (20,1%). Quatre autonomies se situent au-dessus de la moyenne de l’État : les îles Canaries (29,5 %), la Comunitat Valenciana (15,2 %), la Catalogne (13,4 %) et Castilla y León (12,1 %). En Catalogne, le projet suscite plus de sympathie chez les catalans (17%) que chez les hispanophones (9,3%).
En tout cas, l’intérêt pour Rufián et sa proposition se reflète dans le suivi de l’événement organisé à Madrid le 18 février. Les deux tiers des Espagnols (65,5%) ont entendu parler de l’événement par fragments sur les réseaux sociaux ou à travers les médias, et la moitié des personnes interrogées (50,7%) considèrent les messages transmis lors de l’événement comme positifs, contre 20% qui les évaluent négativement et 29,3% qui se déclarent neutres. Parmi les réflexions et propositions lancées par Rufián, 84,5% conviennent que la gauche doit aborder des questions telles que la sécurité et l’immigration, et 63,7% sont favorables à l’interdiction de la burqa en Espagne.
Deux Espagnols sur trois (63,7%) pensent également que l’union de la gauche pourrait arrêter l’avancée de l’extrême droite, et 52,7% craignent que Vox entre au gouvernement, mais quatre sur dix (39,3%) n’ont pas du tout peur que l’extrême droite arrive au gouvernement. 43% sont favorables à ce que dans chaque province soit présenté uniquement le parti à gauche du PSOE qui a le plus de soutien, dans le but d’obtenir le maximum de voix, ce que rejettent 35% des Espagnols.
Fiche technique de l’enquête
-Entreprise responsable : GESOP.
-Technique de recherche : Entretien en ligne.
-Champ d’étude : Espagne.
-Population cible : 18 ans et plus ayant le droit de vote.
-Nombre d’entretiens : 700 entretiens (dont 300 en Catalogne).
-Échantillon : Répartition proportionnelle par communautés autonomes (avec suréchantillonnage en Catalogne), sexe, âge et taille de la commune. Pondération finale pour équilibrer la répartition des données de la population cible de l’étude.
-Marge d’erreur : ± 3,77% dans l’hypothèse de plus pour un niveau de confiance de 95% et p=q=0,5.
-Travaux de terrain : 23 et 27 février 2026.